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ÉGALITÉ FEMMES/HOMMES : DES DIFFéRENCES À L’INDIFFéRENCE ! Laurence Cohen, Elisabeth Ackermann, Francine Perrot*

Le mouvement féministe a, en quelque sorte, obligé nos sociétés à s’interroger sur les questions de domination. L’histoire, la sociologie, l’anthropologie ainsi que les sciences politiques se sont alors penchées sur la question de genre.

Que recouvre cette terminologie de genre ? N’est-ce pas une traduction un peu hâtive de gender qui nous vient des pays anglo-saxons ? Apparu à la moitié du XXe siècle, ce concept a été employé par des médecins américains qui voulaient témoigner d’un « hiatus » entre corps et identité.

Gender renvoyant à la dimension culturelle de la sexuation du monde, ne faut-il pas plutôt parler « des genres » ce qui englobe à la fois la notion « de sexe biologique » et celle « de sexe culturel, social » ? D’après, l'historienne Joan W. Scott, l'une des pionnières de la théorie du genre : « le genre est un élément constitutif de rapports sociaux fondés sur des différences perçues entre les sexes, et le genre est une façon première de signifier des rapports de pouvoir ».Le mouvement féministe a, en quelque sorte, obligé nos sociétés à s’interroger sur les questions de domination. L’histoire, la sociologie, l’anthropologie ainsi que les sciences politiques se sont alors penchées sur la question de genre.

La main d’œuvre féminine au cœur de l’exploitationPourtant, on a l’impression, quand on mène des batailles féministes et qu’on s’adresse aux progressistes, militant-e-s syndicaux/ales et politiques, d’être plongé-e-s dans une sorte de schizophrénie ! La tendance consiste, en effet, à diluer les luttes spécifiques des femmes dans les exigences globales du mouvement social avec une exacerbation en période de crise.

 

Le patronat, lui, a bien intégré la notion de genre, et il utilise le travail féminin comme une sorte de laboratoire d’expérimentation lui permettant de généraliser précarité et flexibilité à l’ensemble du monde du travail. La main-d’œuvre féminine est une des catégories de main-d’œuvre qui modèle depuis 20 ans l’évolution du marché du travail et son aliénation est au cœur du rapport salarial d’exploitation. Prenons l’exemple des femmes immigrées, très représentées dans les entreprises de nettoyage, mais aussi de services à la personne, elles ont en quelque sorte, été les expérimentatrices involontaires de normes d’insertion voulues par les patrons : il s’agit d’une insertion « individuelle », avec mise en concurrence féroce des individus sur des critères de plus en plus subjectifs, entraînant une fragilisation sociale et psychique accrue. Mais ne perdons pas de vue ce paradoxe : le travail, même difficile et dévalorisé, constitue une émancipation pour les femmes, le rejet d’un ordre social qui réduit l’activité féminine à l’espace domestique. Si les femmes sont en première ligne des attaques, elles le sont aussi dans les luttes : ouvrières de Lejaby contre la fermeture de leur entreprise, salariées de ED à Créteil ou de DIA (ex ED) en Isère contre le travail dominical…

 

Aux pratiques patronales discriminatoires, s’ajoutent les politiques publiques longtemps pro-familiales et pro-natalistes, qui ont renforcé les inégalités de sexe et conforté les mentalités en confinant les femmes dans un rôle exclusif de procréation.

Le féminisme, vecteur de toute émancipation humaine

 

L’égalité pleine et entière est loin d’être gagnée, l’obscurantisme veille et pas seulement loin de chez nous. Rappelons-nous, récemment, la montée en première ligne de Christine Boutin, contre le nouveau programme des classes de Première L et ES en Sciences de la vie et de la terre. La présidente du Parti chrétien démocrate, relayant la position du Vatican, préconisait ni plus ni moins de censurer les travaux scientifiques sur « le genre », les accusant de parti pris idéologique. Démonstration supplémentaire que le féminisme reste une lutte sulfureuse et subversive, confortant notre analyse, à savoir qu’il n’est pas possible de transformer la société sans placer le féminisme comme vecteur de toute émancipation humaine.

L’exemple du travail ou des programmes scolaires résume bien la façon dont les institutions, au sens large, traitent des questions de genre et de sexualité, dans un schéma de référence unique : patriarcal et hétéronormé. Les média pourraient jouer un rôle dans la vulgarisation des recherches sur ces questions, au lieu de reproduire à l’envi des stéréotypes sexistes. Quant à la représentation des femmes en politique, il est inquiétant de constater que les progrès sont très lents et que la loi sur la parité ne peut être utilisée dans les scrutins uninominaux !

Soyons de celles et de ceux qui révolutionnent toutes ces pratiques d’un autre âge et qui imposent le respect de la dignité des femmes dans tous les domaines. Luttons contre les préjugés, déconstruisons les représentations qui enferment dans un modèle. à quelques semaines du premier tour de la présidentielle, notre discours ne doit pas être globalisant mais « sexué». Il doit prendre réellement en compte les femmes/citoyennes dans leur quête d’égalité, 70 ans après leur conquête du  droit de vote. C’est la seule façon de changer la donne, de modifier le rapport de forces et de gagner. Comme Jean-Luc Mélenchon le fait dans les meetings ou encore face à Marine Le Pen pour dénoncer la réalité de son programme réactionnaire et xénophobe, les candidates et les candidats aux législatives du Front de Gauche auront à cœur de porter haut et fort les exigences des femmes.Ce sont elles qui façonnent  le projet de société que nous voulons bâtir ensemble pour une société de progrès, de justice sociale, de respect mutuel, du mieux vivre ensemble, de l’égalité.

  Les exigences des femmes

• l’autonomie financière, pour laquelle no us proposons la publication des bilans d’égalité des entreprises précisant les résultats réels en matière d’égalité dans  l’embauche, les  salaires,  la formation, la reconnaissance des équivalences des métiers ; la formation d’un corps d’inspecteurs pour veiller à l’application réelle de l’égalité professionnelle ; l’attribution de fonds publics aux entreprises qui respectent l’égalité  salariale. Le temps de travail partiel imposé ne sera plus la norme. Le SMIC sera  porté à 1 700 euros et les droits à la retraite  rétablis à 60 ans à taux plein. Des politiques pour déconstruire les représentations sexuées des métiers seront menées. Un  pacte pour le développement des services publics sera signé ainsi que la création d’un service public de la petite enfance.

• la liberté de pouvoir disposer de son corps. Dans cet esprit, seront organisées des campagnes d’information  et de prévention concernant  la contraception et  l’avortement avec prise en charge à 100%. La loi HPST sera abrogée, les ARS supprimées. Les centres IVG seront maintenus et développés en milieu hospitalier.

 

La Revue du Projet, n° 15, mars 2012

 

• le partage des pouvoirs par l’exercice de toutes les responsabilités politiques et électives à égalité. Et enfin pour veiller à l’application réelle de cette politique, nous remettrons en place un ministère « droits des femmes » dont le rôle sera transversal avec des pouvoirs et des moyens réels. 

*Laurence Cohen, Elisabeth Ackermann, Francine Perrot sont membres du secteur Droits des femmes/féminisme du PCF

 

La Revue du Projet, n° 15, mars 2012

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