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Un autre crédit, élément clé d’une stratégie cohérente de transformation sociale, Denis Durand*

La dépendance accrue des entreprises et des États vis-à-vis de la finance (la « dictature des actionnaires ») a permis de relever les taux de profit (en faisant baisser la part des salaires dans la valeur ajoutée) mais ce cancer financier a créé les conditions de crises de plus en plus incontrôlables.

Déjà mises en accusation, à juste titre, depuis la crise des subprimes et la faillite de Lehman Brothers, les banques essuient aujourd’hui un feu de critiques pour leur rôle dans la crise de l’euro, mais aussi pour leur comportement en matière de financement des entreprises (Pétroplus…) et des collectivités territoriales.

 

Le crédit bancaire au cœur de la crise

 

Les banques, qui sont aujourd’hui la cible de spéculations boursières, ont une responsabilité énorme dans la crise. Depuis trente ans, le crédit bancaire a eu de moins en moins pour contrepartie le développement de l’emploi, de la formation et la création de richesses réelles qui en résulteraient, mais au contraire le gonflement des prix des actifs financiers négociés sur les marchés, et des prix immobiliers. En d’autres termes, beaucoup d’entreprises ou de riches particuliers qui empruntent aux banques ne se servent pas de cet argent pour financer des investissements qui créent des emplois, mais pour acheter en Bourse des titres financiers, par exemple des actions. Ces titres font donc l’objet d’une forte demande, ce qui fait monter leur prix, bien au-delà de la valeur des biens qu’ils sont censés représenter. Les exigences de leurs détenteurs en termes de dividendes distribués croissent dans les mêmes proportions. La dépendance accrue des entreprises et des États vis-à-vis de la finance (la « dictature des actionnaires ») a permis de relever les taux de profit (en faisant baisser la part des salaires dans la valeur ajoutée) mais ce cancer financier a créé les conditions de crises de plus en plus incontrôlables.

 

En retour, les difficultés des banques les conduisent à restreindre le financement des entreprises et des collectivités publiques, ce qui freine les investissements et l’activité, transmettant les effets de la crise financière à l’économie « réelle ».Les citoyens doivent donc demander des comptes aux banques, et aller jusqu’à conquérir des pouvoirs nouveaux sur leur activité de mise en circulation de l’argent, parce qu’elles ont joué et continuent de jouer de plus en plus dangereusement avec un argent qui est notre argent ; si la confiance dans les banques s’effondre, c’est la confiance dans la monnaie qui s’effondrera, c’est-à-dire une des bases essentielles de la vie en société ; à l’inverse, sortir de la crise exigera une réorientation radicale de l’action des banques et des critères d’attribution des crédits.

 

La réorientation du crédit

 

Elle n’a de sens que dans ses relations  avec la logique de l’ensemble des autres propositions.Le fil conducteur, c’est la sécurisation de l’emploi et de la formation, qui est en quelque sorte la traduction économique et sociale du slogan « l’humain d’abord ». Des emplois plus nombreux, plus sûrs, plus qualifiés, mieux rémunérés, c’est à la fois un moyen de relancer la demande mais c’est aussi un facteur d’efficacité économique dans le contexte de la révolution informationnelle. C’est donc le moyen de créer davantage de richesses en économisant sur les moyens matériels de production (matières premières, énergie). Cette valeur ajoutée supplémentaire élargit l’assiette des prélèvements publics et sociaux, base d’un financement sain des services publics et de la protection sociale.  C’est enfin une source de dépôts stables des salariés dans les banques.

 

Le cœur de nos propositions économiques, c’est donc la lutte pour imposer d’autres critères de gestion des entreprises et d’attribution des crédits bancaires, « du local au mondial » :

 

• dans les entreprises et les bassins d’emplois, avec le soutien de fonds régionaux pour abaisser le coût des crédits aux investissements qui sécurisent l’emploi et la formation (la puissance publique ne finance pas ces investissements, elle intervient à l’appui des luttes sociales pour obliger les banques à les financer) ;

 

• au niveau national avec un Fonds national pour l’emploi et la formation et avec un pôle financier public mettant en réseau des banques et compagnies d’assurances publiques (la question de la nationalisation des banques est  à l’ordre du jour, à juste titre) pour peser sur le comportement d’ensemble du système financier, dans le cadre d’un service public du crédit au service de l’emploi et de la formation ; 

 

• au niveau européen avec une autre utilisation de l’euro à travers une nouvelle politique monétaire : la BCE doit cesser de soutenir les banques qui financent la spéculation ; elle doit refinancer à taux zéro les crédits qui financent les investissements favorables à l’emploi, ainsi que les dépenses qui contribuent au développement des services publics. C’est, en particulier, l’objet de la campagne du Parti de la gauche européenne pour la création d’un Fonds de développement social et écologique européen ; au niveau mondial avec le débat sur la remise en cause de l’hégémonie du dollar et la nécessité d’une alliance avec les pays émergents et en développement pour la création d’une monnaie commune mondiale qui pourrait, techniquement, être développée à partir des droits de tirage spéciaux du FMI, et qui servirait à financer les dépenses pour les êtres humains et les services publics sur toute la planète.

 

*Denis Durand est économiste, syndicaliste, membre du conseil national du PCF.

La Revue du Projet, n° 14, février 2012

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