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Pas d’alternative à gauche sans démocratisation des médias, Jean-François Téaldi*

Le débat à la Fête de L’Humanité, entre les « responsables médias » du Front de Gauche (PCF, PF, GU) et du PS, a montré le fossé séparant les différentes propositions.

Aussi loin que remonte le pouvoir médiatique, la question de sa démocratisation a régulièrement fait l’objet d’envolées politiques avant chaque élection, tant il est vrai que de l’ORTF à aujourd’hui, de la « télévision voix de la France » à la décision de Sarkozy de nommer les PDG de l’audiovisuel public, la droite a toujours eu la main mise sur les contenus des journaux radios ou télévisés. Le pluralisme n’a jamais été respecté et les positions communistes sont quasiment exclues des reportages. Il en va de même pour la presse écrite dominante, où jamais comme aujourd’hui, la constitution de groupes multimedias autour de quelques grand oligopoles, les attaques contre la distribution coopérative et la faiblesse des aides aux journaux à faibles ressources publicitaires, posent un grave problème démocratique. Malheureusement, après la parenthèse de liberté amorcée entre 1981 et 1983, la gauche au pouvoir n’a jamais pris les mesures permettant cette démocratisation ; le débat à la fête de L’Humanité, entre les « responsables médias » du Front de Gauche (PCF, PF, GU) et du PS, a montré le fossé séparant les différentes propositions. Au-delà des luttes des personnels pour le développement industriel, les emplois ou les contenus, grèves de plus en plus défensives, la question d’une alternative permettant le respect du pluralisme est posée à l’ensemble de la gauche. En cas de victoire législative, la gauche majoritaire au parlement devra sans attendre abroger la nomination des PDG de l’audiovisuel public par le président de la République et inscrire le Droit à l’information et à la culture dans la Constitution, tant pour les médias publics que privés.

Redonner vie au pluralisme

 

La loi devra renforcer les dispositifs anti-concentration par abaissement des seuils et interdire, pour les groupes financiers, industriels et de services, les situations de monopole national ou régional ; interdire aux groupes tributaires de commandes de l’Etat de posséder des médias. Il faudra créer une structure de régulation de la presse écrite. Nous conforterons les principes coopératifs mis en place à la Libération par un soutien accru au réseau de distribution et de vente, l’aide aux journaux à faible ressource publicitaire, l’aide postale et l’aide aux transports. Nous renforcerons le droit d’auteur mis à mal par la loi Hadopi et par la Commission européenne. T F 1 ne respectant pas le cahier des charges, nous relancerons un appel d’offre pour l’exploitation de sa concession. L’AFP conservera son statut.

Pour remplacer un Conseil supérieur de l’audiovisuel déliquescent, nous créerons un Conseil supérieur des Médias qui contrôlera le respect des obligations. Il élaborera un statut des médias publics, privés et associatifs, en relation avec les syndicats. Sa composition sera tripartite : parlementaires, professionnels et citoyens dans les représentations qu’ils se donnent (syndicats, associations) ; son président(e) sera élu(e) par le CSM. Il rendra compte de son travail devant les États généraux des médias et sollicitera le Parlement.Pour assurer la souveraineté populaire nous créerons des États généraux des Médias, constitués de professionnels, de parlementaires, de syndicats, d’associations. Les ÉGM pourront interpeller le CSM ou les Conseils d’administration des entreprises du pôle public.

Le droit des salariés et leur représentation dans les Conseils d’Administration seront accrus dans toutes les entreprises. Dans le secteur public, leur représentation sera portée à 50% ; un collège des usagers sera institué. Les PDG seront élus par les Conseils d’administration sur proposition du CSM et sur un projet d’entreprise. Dans toutes les entreprises de presse nous permettrons aux rédactions de s’opposer aux nominations des responsables éditoriaux par saisine des Comités d’entreprises. Les groupes privés de communication seront imposés en fonction de leur politique de l’emploi en CDI et de leur respect des Conventions collectives. Nous donnerons un statut légal aux entités rédactionnelles comme le réclament les syndicats de journalistes et légiféreront pour assurer une étanchéité entre les actionnaires et les rédactions.

Malheureusement force est de constater que les propositions pour la presse, adoptées par le PS, sont très loin de toutes ces mesures indispensables. Certaines sont même inquiétantes pour l’audiovisuel public ; rien n’est dit sur les industries, les aides à la presse, le statut de l’AFP, peu sur l’intervention des salariés, les concentrations.

Oui c’est bien de ruptures dont le pluralisme a besoin, du type de celles proposées par la commission médias du PCF et que nous allons travailler dans les prochaines semaines avec nos partenaires du Front de gauche, afin de les décliner avec les citoyens dans les ateliers législatifs du programme partagé.

*Jean-François Téaldi est responsable du secteur médias du PCF.

 

La Revue du Projet, n° 11, octobre-novembre 2011

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