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Outre-mer : le développement dans la responsabilité, Jean-Louis Le Moing*

Une reconnaissance de l'ensemble de valeurs culturelles des populations issues de l'esclavage est un des éléments de la dynamique populaire, de la prise en main de son destin par le peuple lui-même.

Les cinq départements (DOM) et les autre collectivités d'outre-mer (COM) cumulent – avec quelques variations selon les régions concernées – deux à trois fois plus de chômeurs que la métropole, jusqu'à six fois plus d'allocataires du RMI, des prix des denrées de première nécessité insupportables, une pauvreté massive, une jeunesse sévèrement frappée par l'insuffisance de débouchés en matière d'emploi... À Mayotte, quelques mois après la départementalisation imposée à marche forcée par Sarkozy, des mouvements contre la vie chère marquent l'actualité. La Nouvelle-Calédonie connaît, quant à elle, une situation sociale des plus tendues sur fond d'évolution institutionnelle.

Les mouvements sociaux dans les DOM portent l'exigence d'une remise en cause profonde du mode de développement des territoires d’outre-mer, du dépassement de la situation de dépendance dans laquelle ils ont été placés. L'outre-mer a un urgent besoin d'outils nouveaux de développement. Le statut politique des Dom, tout droit issu de la départementalisation, a certes généré des progrès – chèrement acquis par les luttes des populations, souvent même au prix du sang – mais il est aujourd'hui à bout de souffle. Il doit évoluer sans attendre.

 

Un développement endogène

Pour lutter contre la dépendance absolue aux transferts sociaux, il faut favoriser le développement endogène. C'est la seule voie permettant de sortir progressivement du « tout transfert de marchandises » – un véritable couloir de consommation – entre la métropole et les Dom. Cela implique une politique de substitution à cette dépendance dans la production agricole et industrielle. Cela appelle aussi la possibilité de nouer des accords commerciaux et d'échange et des coopérations régionales. Il faut de même travailler à la reconnaissance et à la transmission de l'histoire et de l'identité des populations, et extirper les relents colonialistes et les discriminations raciales qui perdurent. Cette reconnaissance de l'ensemble de valeurs culturelles des populations issues de l'esclavage est un des éléments de la dynamique populaire, de la prise en main de son destin par le peuple lui-même.

Il est impératif de travailler la question de l'accession aux postes de responsabilités de la population issue des territoires concernés, de favoriser la diffusion de la culture issue du métissage et de l'histoire singulière de chaque territoire. Les communistes proposent de faire évoluer les institutions pour permettre aux ultra-marins de formuler et mettre en œuvre eux-mêmes leurs projets de développement. Aucun modèle ne peut prévaloir en ce domaine, comme le montrent la variété de situation et le niveau très divers d'exigence des populations et des nombreux mouvements politiques. Il reste que sous toutes les latitudes, en toutes circonstances, les communistes soutiennent tout processus visant à développer la responsabilité et la maîtrise par les populations concernées des questions liées à leur devenir. La responsabilité est une question de justice, de respect, mais aussi d'efficacité.

*Jean-Louis Le Moing est délégué national outre-mer du PCF.

La Revue du Projet, n° 11, octobre-novembre 2011

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