La revue du projet

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Travail, travailleurs et ouvriers d’Europe au XXe siècle, Dir. Nicolas Hatzfeld, Michel Pigenet et Xavier Vigna

Éditions universitaires de Dijon

Par Jean-Philippe Gillet

Revendiquant une approche polyphonique, cet ouvrage collectif a pris sa source dans une rencontre organisée à Dijon en 2013 par le centre Georges-Chevrier avec l’appui du Centre d’histoire sociale du XXe siècle de l’université Paris 1 et de l’équipe d’Évry d’Institutions et dynamiques historiques de l’économie et de la société (IDHES).

Une ambition s’est très vite affirmée : retrouver l’esprit et la dynamique prévalant au milieu des années 1970 dans les travaux de la Maison des sciences de l’homme qui voyaient se confronter et s’enrichir mutuellement des spécialistes français, britanniques, allemands ou américains autour de l’histoire sociale des mondes du travail.

Décidés à rompre avec une période de « dépression de l’histoire ouvrière » qui a vu, depuis les années 1980, une certaine historiographie privilégier les marges, les minorités au détriment des ouvriers dans les recherches universitaires, une vingtaine d’historiens originaires de huit pays répondent à une interrogation provocatrice d’Antoine Prost qui demandait en 1995 : « Cela aura-t-il encore un sens dans vingt ans de faire de l’histoire ouvrière ? »

Les contributions au colloque de Dijon, dont ce livre est issu, par leurs approches protéiformes sont une réponse et une réponse positive. Multipliant les angles d’attaque, les intervenants font ainsi, et entre autres, voisiner l’histoire des artisans en Italie de 1880 à 1940 (Anna Pellegrino) et les limites du mouvement ouvrier à la Fiat entre 1945 et 1970 (Stefano Musso), relatent les grandes grèves des années 1930 en Belgique et s’interrogent sur la place singulière du mouvement de l’hiver 1960-1961 dans le réveil de la conscience « wallonne » face à une Flandre conservatrice et cléricale (Francine Bolle et Samia Beziou), pointent les difficultés objectives à construire une histoire de la classe ouvrière espagnole, le franquisme stérilisant pour longtemps la constitution de fonds et d’archives (Père Gabriel).

D’autres contributions ouvrent des pistes pour l’avenir. Nicolas Hatzfeld, en proposant une esquisse historique de la santé au travail pendant le XXe siècle, construit un socle pour repenser cet enjeu majeur dans les institutions européennes ou dans l’espace mondial que représente l’Organisation internationale du travail (OIT) et Michel Pigenet insiste sur les difficultés à dépasser le cadre de l’État-nation pour les travailleurs et leurs organisations.

Extrêmement documentés, ces regards multiples sur l’histoire ouvrière du siècle passé mettent paradoxalement en lumière quelques-unes des raisons qui ont affaibli et presque asséché les recherches universitaires en ce domaine : l’abandon du paradigme des classes sociales et l’affadissement de la représentation que s’en faisaient les intellectuels, le recul de l’histoire économique et sociale au profit d’une approche strictement culturelle, et le délaissement par la sociologie de la question du travail pour celle de l’emploi. 
 

La Revue du projet, n°66/67 avril-mai 2017

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