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Témoignage d’un kinésithérapeute espagnol installé en banlieue lyonnaise, Entretien avec Paulino Marín

Comment se déroulent les études de kinésithérapie en Espagne ?

À l’heure actuelle, elles durent quatre ans. L’inscription est libre, il n’y a pas de numerus clausus. On peut les suivre dans des établissements publics ou privés. Dans ma région (Murcie), dans le public, c’est environ 1 000 euros par an et, dans le privé, en moyenne 7 000 euros, mais il y a des écarts importants. Ensuite, des formations complémentaires existent pour diverses spécialités ; elles sont toutes payantes.
 

Que gagne un kiné en Espagne ?

C’est très variable, mais en général assez peu. Dans ma promotion (j’ai 23 ans), au début la plupart gagnent 800 euros par mois à temps plein (au mieux 1 100 euros), mais c’est plus souvent 300-400 euros à temps partiel (plus parfois 200 euros au noir) ou des contrats et des stages sous-payés. Quand je faisais mes études, j’ai travaillé l’été comme manœuvre en usine, je gagnais davantage qu’un kiné. Bien sûr, certains obtiennent des places (rares) en hôpital par concours et s’en sortent mieux, mais elles exigent de l’expérience et sont presque impossibles à décrocher pour les jeunes.
 

Comment se passe l’activité ?

Les séances durent trois quarts d’heure (voire une heure) par patient, en moyenne pour 25 euros. Mais ce n’est pas remboursé, sauf partiellement par quelques mutuelles d’entreprise. Donc les médecins n’en prescrivent pas. Et les kinés ne peuvent pas faire de diagnostic.
 

La situation a-t-elle changé ces dernières années ?

Dans la santé, comme ailleurs, après la crise de 2008, les recortes, c’est-à-dire les coupures de crédits (de santé, d’éducation, de services publics), ont conduit soit à des baisses d’activité, soit à des privatisations. Depuis 2013,  dans toutes les régions, le mouvement « Marea Blanca » lutte contre ces dérives et pour établir un système sanitaire public de qualité. Tous les acteurs (personnels de santé, patients, associations, syndicats, partis progressistes) ont participé à ce mouvement qu’on a présenté comme « la fille aînée du 15 de mayo » (le mouvement des Indignés).
 

Comment s’installe-t-on kiné en France ?

Pour un Espagnol, il faut d’abord envoyer un dossier et éventuellement suivre un stage afin d’obtenir l’équivalence du diplôme. Des Français suivrent une formation en Espagne, ou en Belgique, ou dans d’autres pays n’appliquant pas le numerus clausus. Puisqu’en France, les actes sont remboursés, les médecins les prescrivent. Ces soins sont très variés et efficaces, ils permettent de soulager les douleurs ou de guérir vraiment, d’éviter des médicaments pas toujours anodins (mais lucratifs pour les compagnies pharmaceutiques). On peut donc s’installer en libéral et gagner honnêtement sa vie. Mais diverses menaces existent contre la Sécurité sociale et la santé est progressivement privatisée par petites touches, donc il convient de se méfier, d’analyser les projets en cours ici et ailleurs en Europe, de s’unir et d’agir.
 

*Paulino Marín est kinésithérapeute à Vaulx-en-Velin.
Entretien réalisé par Pierre Crépel.

La Revue du projet, n°66/67 avril-mai 2017

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