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Pour une école de l'exigence intellectuelle Changer de paradigme pédagogique, Jean-Pierre Terrail

La Dispute, 2016

Par Marie-Pierre et Philippe Ducrot

Sociologue de l'éducation, Jean-Pierre Terrail propose dans cet ouvrage un vibrant plaidoyer pour une école réellement démocratique, donnant à tous des outils intellectuels de haut niveau, nécessaires à la construction du citoyen dans une société en perpétuelle mutation. Il nous explique que les deux principales abstractions, celle du langage écrit et celle des mathématiques, devraient être enseignées sans renoncement dans une école commune, avec pour seul objectif l'entrée normale de tous dans la culture écrite.

Il remet d'abord en cause le présupposé du déficit intellectuel des enfants de milieu populaire, au nom duquel sont mises en place depuis près de cinquante ans les pédagogies d'« adaptation au manque », qui pour lui sont plutôt des pédagogies du renoncement. Son constat est sévère : les dispositifs visant soi-disant à aider les élèves en difficulté seraient, selon lui, la cause même de leur échec, en interdisant l'entrée de ces élèves dans les processus d'abstraction nécessaires à toute poursuite d'étude. Étayant son propos de nombreux exemples, de la maternelle au lycée, Jean-Pierre Terrail s'attache à démonter ce qu'il appelle « le paradigme déficitariste », principale cause des inégalités scolaires.

Il développe ensuite les conditions dans lesquelles un enseignement véritablement démocratique pourrait se mettre en place : de l'entrée au CP jusqu'à la fin des études secondaires, il est nécessaire de proposer le même enseignement à tous les élèves, le maître prenant à sa charge tous les moments de compréhension et de conceptualisation des notions et proposant, ensuite, une mise en activité efficace, pertinente et méthodique. Il prône, pour les jeunes élèves, une entrée dans la culture écrite par le biais d'une méthode syllabique assurant ainsi à chacun la capacité de déchiffrer, condition première de toute compréhension de l'écrit.

Jean-Pierre Terrail affirme que des enseignants respectueux des élèves, bienveillants, dépourvus d'arbitraire et d'autoritarisme, sauront mettre à la disposition des jeunes, les ressources intellectuelles, les richesses culturelles et les techniques de pensées nécessaires à tout apprentissage sensé. L'auteur, par ailleurs, doute de l'intérêt des « phases de découverte » dans les enseignements, arguant que ce moment de recherche ne doit pas empiéter sur les apprentissages (leçons) et la mise en exercices. Le maître doit être aidant, « l'allié dans la place », les ratés d'apprentissage étant un processus intellectuel normal, il doit veiller à ce que l'élève ne se décourage pas. Il affirme que les enseignants qui ont le moins de problèmes de discipline sont ceux qui imposent des exigences cognitives élevées, et qui ont clarifié a priori les règles et les sanctions. Il s'appuie sur les différentes expériences accumulées dans les écoles alternatives (Montessori et Freinet) pour proposer la mise en œuvre d'un parcours commun, qu'il appelle « école commune ».

L'auteur propose enfin ses pistes pour la mise en place effective de cette réforme démocratique de l'école. Pour les jeunes, il préconise l'organisation d'un parcours commun des élèves, débarrassé des notes, des redoublements, des classes d'adaptation… et sans concurrence avant l'âge de 18 ans (obligation scolaire reportée). Porteur d'une pédagogie de l'exigence, l'enseignement de haut niveau sera commun jusqu'à son terme : « L'échec des uns n'assurera plus la réussite des autres. »

Pour les enseignants, plus de notation, de classement, d'orientation, ils se consacreront à leur enseignement. L'auteur plaide pour laisser les enseignants libres de gérer leur propre travail, d'expérimenter, d'innover, les « experts » et chercheurs leur proposant un débat permanent, d'égal à égal.

Un livre utile pour tous ceux qui s'intéressent aux débats sur l'école, quand approchent des échéances qui scelleront probablement, dans un sens ou dans l'autre, le destin de l'institution scolaire.

 

La Revue du projet, n° 65, mars 2017

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