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La Légèreté, Catherine Meurisse

Dargaud, 2016

Par Céline Juillard

Le livre de Catherine Meurisse est introduit par la préface émouvante de Philippe Lançon, chroniqueur à Charlie Hebdo et rescapé de l’attentat. Ses mots résument à eux seuls le pouvoir de La Légèreté : « Catherine enlève à la beauté tout le poids qui nous empêche si souvent d’en profiter ».

Catherine Meurisse est dessinatrice de presse depuis dix ans à Charlie Hebdo. Le matin du 7 janvier 2015, parce qu’une peine amoureuse, parce qu’une panne de réveil, parce que la chance, parce que le hasard d’un réveil et d’un bus raté… elle évite de justesse le massacre de ses confrères, amis, mentors, journalistes dessinateurs avec qui elle avait rendez-vous. Survivante de la tuerie, commence alors pour elle un combat contre l’horreur et l’indicible, un combat pour reprendre goût à vie et retrouver la légèreté. Catherine Meurisse raconte avec pudeur le choc psychologique et la chute qu’il va entraîner ; elle raconte avec intimisme sa perte de mémoire, mais aussi et surtout sa peur de perdre le goût de rire, le goût de l’art, le goût du beau. Sans jamais se départir de cet humour si délicat, elle entraîne le lecteur dans son cheminement, dans sa quête de survie. Guidée par cette pensée de Nietzsche « Nous avons l’art pour ne pas mourir de la vérité », Catherine Meurisse va tenter de retrouver les souvenirs tout d’abord, puis l’émotion, face au beau de la nature et de l’art. Persuadée que le choc esthétique annulera le choc de l’horreur, elle part à la rencontre de Proust, son « auxiliaire de vie », de Gontcharov, de Baudelaire, jusqu’à la Villa Médicis, à Rome, où elle renaîtra grâce à Stendhal, à Bach, au Caravage. La Légèreté, c’est parler de l’innommable avec dérision, c’est raconter sa rage avec poésie, c’est entremêler la peur et l’espoir, le texte et les dessins. Les couleurs y sont distillées avec douceur et parcimonie. Le trait est délicat. Quelques belles doubles pages viennent ponctuer l’histoire de ce retour à la vie. Le lecteur ressortira ému de sa lecture mais aussi grandi et fort d’un espoir nouveau : celui de la victoire de la légèreté sur l’absurdité de l’horreur. n

 

La Revue du projet, n° 65, mars 2017

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