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Les paradoxes de l’oligarchie

Aux membres de La Revue du projet,

 

Avant toute chose, je voudrais vous remercier. Quel plaisir de vous lire chaque mois!
La lecture des derniers numéros de l’année 2016 et du premier numéro de l’année 2017 est en ceci riche qu’ils s’inscrivent dans un contexte d’accélération de la décomposition de notre système politique:

– Après le renoncement de l’actuel Président à se présenter, son (ancien) Premier ministre pourrait ne pas être investi par le Parti socialiste. Pis encore, l’explosion du principal parti de gauche du pays pourrait avoir lieu, quel que soit le vainqueur qui ressort des primaires.

– Pendant ce temps, le candidat de la droite va peut-être rejoindre la longue litanie des responsables politiques des « Républicains » mis en examen et condamnés.

 

Pour l’instant, et de manière assez ironique, ce sont les deux (purs) représentants des maux de la scène politique française qui semblent tirer les marrons du feu :

– d’une part la candidate de l’extrême droite (qui pourtant elle aussi salarie son compagnon comme assistant parlementaire, hérite de la dynastie familiale et gère un parti de corrompus notoires, si l’on s’en tient au casting et non au fond politique, qu’il n’est évidemment pas nécessaire de rappeler ici) ;

– d’autre part le candidat « En marche ». Et là se noue toute la contradiction de la période. Ce dernier apparaît (trop ?) souvent comme le candidat « indépendant des partis » et comme le candidat « disruptif » de notre modèle politique si suranné. Jugeons sur pièce :

 

 • À peine sorti de l’ENA, à peine nommé inspecteur général des Finances, à peine terminé son pantouflage dans une grande banque, que le futur candidat travaille un temps pour la droite, un temps pour la gauche. Comme si choisir un bord politique constituait « un plan de carrière » qu’il faudrait bien jauger. Travailler pour la gauche ou la droite serait comme choisir de travailler pour Airbus ou Boeing. Est-ce si inhabituel ? Poser la question c’est déjà y répondre. Rappelons-nous la vidéo de Bourdieu à propos de Ségolène Royal. Si le cumul dans le temps des mandats et des responsabilités est un vrai sujet en France, la principale caractéristique du personnel politique traditionnel de notre pays est en fait son « apolitisme » de rigueur. Certes le candidat en marche est jeune, on ne pourrait le nier, mais aurions-nous été surpris de le retrouver bon apparatchik du Parti socialiste (ou du Parti radical) dans une époque plus clémente ?

• Un candidat disruptif ? Pour le moment, on ne connaît du programme du candidat en marche que des poncifs traditionnels. Est-ce surprenant ? Poser la question, c’est une nouvelle fois déjà y répondre.

 

Quel lien avec la Revue ? Peut-être que cette drôle d’ironie (ou ce triste paradoxe) pourrait faire l’objet d’une étude croisée, et la revue dispose des outils en ce sens :

– comprendre comment et pourquoi les purs représentants de l’oligarchie se renforcent quand tout va à vau-l’eau,

– proposer une prise de recul historique et pointer les similarités.

 

En tout état de cause, encore merci pour vos articles de qualité et au plaisir de vous lire le mois prochain! 

 

Ana Meinex, 26 janvier 2017.

La Revue du projet, n° 64, février 2017

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