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Une campagne européenne, entretien avec Maïté Mola

Le Ve congrès du Parti de la gauche européenne a eu lieu à Berlin du 16 au 18 décembre 2016. À cette occasion, une motion pour une grande campagne contre la traite des femmes a été adoptée.

 

Le PGE a mis la parité comme principe d’organisation, peux-tu nous dire comment ça se concrétise (statuts et campagnes précédentes) ?

Pour le Parti de la gauche européenne, la parité a toujours été une question fondamentale et ce, depuis sa création. Dans les statuts du PGE, il est clairement inscrit qu’il doit y avoir au moins 50 % de femmes au sein du comité exécutif, qui est l’organisme le plus important entre les congrès qui se tiennent tous les trois ans. Ce désir d’égalité de genre se reflète également dans la composition de la présidence et du secrétariat. Actuellement nous avons un président homme, quatre vice-présidences à parité, une trésorière et parmi les dix membres du secrétariat, on compte sept femmes et trois hommes. Même ainsi, avec notre conception des plus réaliste de la parité, je pense que nous devons lutter pour une double présidence, avec un homme et une femme.

En ce qui concerne l’action politique du PGE, en rapport à sa politique d’égalité, il est nécessaire de dire que, ces dernières années, il y a toujours eu parmi les principaux axes de travail annuels celui consacré à l’égalité entre femmes et hommes, avec des campagnes spécifiques. Nous avons mené une importante bataille européenne pour la défense du droit à l’avortement en Espagne, quand il fut menacé en 2014 ; et l'année dernière également, en Pologne, car si nous n’avons pas de parti polonais au sein du PGE, nous avons de bonnes relations avec les féministes polonaises.

Je veux également mentionner la campagne pour un travail digne, que nous avons menée en 2015, en nous focalisant sur la situation de précarisation et le travail temporaire des femmes dans l’ensemble de l’Union européenne, avec des actions dans différentes parties de l’Europe, surtout au sud où le problème est particulièrement grave. Bien entendu, durant toute cette campagne, nous avons mis en avant la revendication à travail égal, salaire égal, en consacrant aussi un espace à la question de la garde des enfants et des personnes âgées et handicapées qui presque toujours incombe aux femmes.

La question de l’éradication de la violence de genre a été, bien entendu, un élément de travail ces dernières années, tout comme celle de l’éducation dans l’égalité sans laquelle nous ne pourrons dépasser l’inégalité entre les hommes et les femmes.

 

Vous avez voté une motion pour une campagne du PGE contre la traite des femmes ; peux-tu nous dire les raisons du choix de cette thématique en lien avec les enjeux féministes ?

Le trafic de personnes concerne le transfert d’une personne vers un lieu où elle ne réside pas et l’obtention pour un tel franchissement des frontières d’avantages financiers ou d’un autre type ; tandis que la traite implique l’obtention d’un gain financier en échange de travail forcé, de prostitution ou d’exploitation sexuelle, d'esclavage, de servitude ou de prélèvement d’organes.

La traite d’êtres humains et surtout de celle des femmes et des jeunes filles pour les soumettre, dans la plupart des cas, à l’esclavage sexuel est l’affaire la plus lucrative dans le monde. Le trafic d’armes ou de drogues est beaucoup plus dangereux, du point de vue de la loi, c’est pourquoi les mafias sont plus à l’aise avec le trafic des personnes.

Il est important de signaler que tant que la prostitution existera il y aura de la traite. La prostitution est un phénomène qu’il faut abolir et éradiquer de la société, parce que c’est une vision de la femme comme un objet que les hommes peuvent acheter et vendre pour leur satisfaction personnelle et qui justifierait donc la traite des femmes comme un fait naturel.

Le PGE affirme que la traite est une des formes les plus brutales d’inégalité due au genre, de même que la prostitution ; nous avons décidé de lutter de toutes nos forces contre ces deux phénomènes qui sont liés entre eux. Je voudrais également ajouter que ce sont les femmes les plus pauvres et provenant de zones de conflits armés qui sont soumises à la traite, de sorte que la lutte pour une société en paix et libérée du système capitaliste est vitale pour parvenir à notre objectif final d’une société entre égaux.

 

Quelle est l’ampleur de la traite des êtres humains en Espagne et quelle est la législation ? Que demande ton parti ?

Mon parti, le Parti communiste d'Espagne (PCE), de même que IU (Gauche unie), sont radicalement pour l’abolition de la prostitution et contre la traite. Pour nous, la lutte contre le patriarcat est liée à l’impossibilité d’acheter le corps des femmes. Nous ne comprenons pas un féminisme qui parle de liberté de décision alors que les femmes sont victimes du trafic ou de la pauvreté et ne se voient dans le monde de la prostitution que par nécessité de subsistance et non par choix. Comparer la prostitution à un travail est la version patriarcale et capitaliste du « tout est à acheter et à vendre ».

L’Espagne est un pays de transit et de destination pour les femmes victimes de la traite à des fins d’exploitation sexuelle ; ce sont des femmes en provenance, majoritairement, d’Amérique centrale et du Sud, de l’Est européen et de l’Afrique subsaharienne. Les femmes victimes de la traite sont criminalisées et rendues responsables d’être prostituées par d’autres, ce qui les met dans une situation de grande vulnérabilité. En Espagne, il est nécessaire que le débat concernant la traite soit visible et soit dénoncé comme une situation de violence, d’esclavage et de violation de droits qui affecte plus de 300 000 femmes. Le PCE et IU sont en lutte tant dans la rue que dans les institutions.

 

Avec quels partis va s’organiser la campagne ?

J’espère qu’elle pourra être organisée dans la plupart des pays où le PGE dispose de partis organisés et surtout dans ceux où il y a le plus de sensibilité concernant cette thématique. Je crois que l’Espagne avec IU et le PCE, la France avec le PCF, ou la Grèce avec Syriza, seront probablement les pays pionniers dans cette bataille féministe que nous devons entreprendre pour faire prendre conscience à la société que l’égalité est inséparable de la dignité des femmes, ce qui implique leur autodétermination sexuelle, au travail, et dans tous les domaines de la vie. n

 

*Maïté Mola est vice-présidente

du Parti de la gauche européenne (PGE).

 

Propos recueillis par Nadhia Kacel.

La Revue du projet, n° 64, février 2017

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