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Penser les forces de sécurité

Le terrorisme pose des questions sécuritaires évidentes que les progressistes soulèvent rarement par crainte de jouer le jeu de la droite. La Revue du projet a rencontré Alexandre Langlois, gardien de la paix dans le renseignement territorial et secrétaire général de la CGT-Police, qui montre les enjeux et l’action qui pourrait être celle d’un gouvernement de gauche.

 

Quelles évolutions majeures ont connues les services de renseignement dans leur organisation ?

Avant la réforme de Nicolas Sarkozy en 2008, il y avait deux directions du renseignement : les RG (Renseignements généraux) et la DST (Direction de la surveillance du territoire). Il y en avait également une troisième qui est spécifique à la préfecture de Paris : la DRGP (Direction des renseignements généraux parisiens). Nicolas Sarkozy avait annoncé la fusion de la DST avec les RG. Selon lui, ces deux directions réalisaient du travail en doublon et c’était une perte d’énergie et de moyens. Pourtant, les méthodes de la DST et des RG étaient complètement différentes.

Les RG font du renseignement humain. Leurs agents voient les responsables associatifs, religieux, les élus, les chefs d’entreprise et les syndicalistes. 99 % des gens en France veulent vivre paisiblement. Quand un individu a un comportement qui peut mettre en péril la communauté à laquelle ils appartiennent, ils peuvent le signaler. Le rôle des RG était de vérifier si cette personne restait dans les limites républicaines de la liberté. Les agents de la DST, en caricaturant, restent cloisonnés dans leur métier. Par exemple, ils portent une valise d’un point A à un point B, sans poser de questions et sans connaître le sens de leur acte.

D’abord, pour faire simple, concernant l’information générale, Nicolas Sarkozy a laissé 90 % des missions avec 10 % des effectifs. Ensuite, le renseignement humain des RG était un travail de très longue haleine, c’était un réseau de contacts important. Malheureusement, les contacts ne se livrent plus à ceux qu’ils ne connaissent pas. Nous avons donc perdu en efficacité sur ce plan. Enfin, le fichier des RG était soumis à la CNIL, il était consultable en fonction des besoins de l’agent. Dans le cadre de la DCRI la protection des libertés individuelles est plus légère.

Puis la DCRI a été transformée en DGSI sous l’impulsion de Manuel Valls. Cette direction est directement rattachée au Premier ministre. La loi Urvoas (2016) a transformé l’information générale en renseignement territorial, ce qui implique plus de prévision et d’anticipation.

 

D’après vous, de quelle réforme du renseignement aurions-nous besoin ?

La technologie ne remplace pas les hommes. Elle ne remplace pas le contact humain, la connaissance de terrain, dans les quartiers, par exemple. Il faut remettre en place une vraie police de proximité en contact avec les populations. Les patrouilles de police devraient pouvoir rentrer dans tous les quartiers et discuter avec les gens. La police de proximité de Jean-Pierre Chevènement, c’était bien mais elle ne faisait que de la prévention. Si,  par exemple, un policier de proximité voyait un jeune à moto sans casque, il n’y avait pas de course-poursuite. Il allait voir les parents et il leur disait de resserrer la vis. En général, cela suffisait pour recadrer les enfants. Et si les parents étaient dépassés, les services sociaux pouvaient intervenir. Par ailleurs, ces gens pouvaient passer des informations aux services sur la vie du quartier. Aujourd’hui, c’est impossible. L’organisation est plus centralisée autour de commissariats d’agglomération qui sont de plus en plus éloignés des populations avec des traitements en ligne et des contraventions informatisées. Le contact humain est coupé.

Le modèle de Paris est intéressant. Le service comprend à la fois du renseignement du type DGSI et du type RG dans une seule et même direction. De fait, les agents se connaissent, cela fluidifie le travail. Si j’ai besoin d’une information, il suffit que j’aille dans le bureau concerné, je n’ai pas besoin de formuler une demande et d’attendre une hypothétique réponse.

 

Que pensez-vous de l’état d’urgence ? Était-ce un mal nécessaire ou inutile et dangereux ?

Éventuellement, dans les premiers temps qui ont suivi l’attentat du 13 novembre, l’état d’urgence pouvait présenter une utilité. Les services ont pu faire des vérifications sur certains individus. Après, cela n’a fait qu’envenimer la situation. Les services agissent par instruction interposée, vous devez tenir un plan, avoir effectué un certain nombre de perquisitions par semaine pour présenter à la presse des résultats. Cette méthode peut être contre-productive. Des personnes injustement traitées peuvent vouloir se venger. D’autant plus qu’au bout d’une semaine l’effet de surprise est diminué. Ceux qui préparent un coup continuent à se préparer avec encore plus de discrétion. Ensuite, je pense que les écoutes globales ne servent à rien, les écoutes ciblées selon l’appréciation du juge suffisent. n

 

La Revue du projet, n° 64, février 2017

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