La revue du projet

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Des propositions médiatiques pour les jeunes, Pierric Annoot*

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Présenté comme la mesure phare du projet PS pour les jeunes, le dispositif des 300 000 « emplois d'avenir » construit sur le modèle des emplois-jeunes pose bien des questions.  

 

Face à la situation de plus en plus intenable des jeunes de ce pays – résumée par ce chiffre implacable : près d’un jeune actif sur quatre est au chômage ! –, le PS a intégré fortement la dimension « jeunesse » dans son programme. Il semble avoir pris conscience de l’acuité de ces enjeux et propose même d’en faire une « grande cause nationale ». Hélas, entre les flous et les silences, on peut douter que ces déclarations dépassent le statut des bonnes intentions…

 

 

La précarité

Pourquoi des contrats de travail à temps plein, mais pour une durée maximale de cinq ans et dont le salaire, financé à 75 % du SMIC par l’État, serait complété par la collectivité ou l’association employant le jeune ? Pourquoi, si le poste correspond à un besoin réel, notamment dans les quartiers populaires, où un grand nombre de postes devraient être créés dans les services publics, ne pas le transformer en un poste pérenne relevant du secteur public avec le statut correspondant ? Sont laissées en suspens les questions aussi peu secondaires que la formation et l’insertion durable des jeunes ainsi embauchés ou encore le devenir de ce type d’emploi, une fois les cinq années passées. La solution au chômage des jeunes réside-t-elle vraiment seulement là ? Le PS ne dit rien sur tous les instruments des capitalistes pour faire régner la précarité en matière d'emploi des jeunes. Rien sur le strict encadrement des stages, de l'intérim, rien sur le cadrage national des diplômes et leur  reconnaissance dans les conventions collectives. Rien sur la nécessaire remise à plat de tous les statuts d'exception financés à coûts d'exonérations de cotisations sociales qui n'ont eu pour seul effet depuis trente ans que de renforcer la précarité, augmenter le chômage et assécher le financement de la protection sociale. Le PS semble incapable de sortir de ces raisonnements et promet même de nouvelles exonérations aux employeurs.

 

L’allocation d’étude

Deuxième mesure-phare, l'allocation d'étude pour les jeunes en formation est proposée par le PS, idée reprise de plusieurs organisations de jeunesse dont le MJCF, mais là encore, aucune précision sur des aspects fondamentaux : montant, critères d'attribution, financement... Questions de taille et qui cachent des réponses peu engageantes : la fondation socialiste Terra Nova propose ainsi un montant équivalent à celui du RSA, soit 460 €… Comment ne pas légitimement craindre, dès lors, que le « parcours d’autonomie » promis relève du seul slogan ? Cette mesure figurait d’ailleurs dans les promesses de Jospin en 1997 et n'a jamais vu le jour... Concernant la formation initiale, si le secondaire n’est tout simplement pas abordé – chacun sait bien qu’il ne s’y pose pas de problèmes majeurs… –,  il est question « d'un nouveau pacte éducatif », de « donner la priorité à la réussite dans les premiers cycles universitaires », « de renforcer l’encadrement pédagogique » sans autres précisions. N’aurait-on pas pu attendre d’un parti de gauche des engagements précis sur les suppressions de postes, la carte scolaire, le processus d'« autonomisation » de l'université et des lycées ? Sur les moyens et budgets globaux de l'Éducation nationale ?Dès que l'on va au-delà du slogan, on s'aperçoit que le PS bute toujours sur le même problème : ne pas s'attaquer aux racines du système. Il préconise ainsi un grand emprunt européen pour financer les infrastructures et l'innovation mais ne dit rien sur le changement nécessaire du statut et des missions de la BCE, ni sur le traité de Lisbonne.En fin de compte, comme le précise d'ailleurs un responsable socialiste, « tout programme qui serait une mise sous respiration artificielle du système économique actuel, moribond, nous fera passer pour les infirmiers de la mondialisation ».L'urgence pour nos vies mérite mieux que des bonnes intentions. L'incapacité actuelle du PS à remettre en cause les logiques capitalistes et à tirer les leçons de la crise comme de ses échecs lors des dernières présidentielles et législatives, renforce toujours plus la nécessité de donner de la force à ceux qui ne renoncent pas à changer la vie. Aucune sortie de crise ne sera possible sans sortir du capitalisme. Affirmer l'inverse, c'est à nouveau risquer de lourdes déconvenues.

 

Pierric Annoot, secrétaire général du Mouvement des jeunes communistes.

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