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La France en commun, Igor Zamichiei

Igor Zamichiei, responsable de la coordination du comité du projet, revient  ici sur l’élaboration du programme du PCF pour les échéances électorales de 2017, La France en commun,  ses points communs et ses divergences avec L’Avenir en commun, présenté par Jean-Luc Mélenchon et la dynamique qu’il doit permettre de créer localement et nationalement.

Comment a été élaboré le programme du PCF pour les échéances électorales de 2017 ?
Au cours de ces derniers mois, sous diverses formes, les militantes et les militants du parti sont allés à la rencontre du peuple pour apprécier les préoccupations actuelles, les attentes, les idées et les espoirs portés. Des milliers de personnes, près de 65 000, ont rempli le questionnaire de la grande consultation citoyenne.
Les résultats de cette enquête dessinent un visage de la France qu’on ne voit pas dans les médias. Les priorités sont claires : de meilleurs revenus, une action forte pour l’environnement, la fin des discriminations, de meilleurs services publics et un meilleur vivre-ensemble. Et les solutions envisagées concernent de grandes transformations : limiter le pouvoir des actionnaires, arrêter les privatisations, changer la République, promouvoir l’égalité femmes-hommes, renégocier les traités européens sont notamment cités par nos concitoyens.

Parallèlement, les différents secteurs et commissions de la direction nationale du PCF ont travaillé sur les mesures essentielles d’un programme de gouvernement qui répondrait enfin aux exigences populaires. C’est donc à partir de cette grande consultation citoyenne et de nos propres propositions pour le pays, que le comité de pilotage du projet du parti a élaboré ce programme.

Après l’avoir présenté lors de la conférence nationale des communistes comme une contribution à Un pacte d’engagements communs nécessaire à gauche, nous l’avons finalement intitulé La France en commun car il est dans la continuité du projet élaboré en 2015. Nous avons en effet estimé que nous devions stabiliser un message politique pérenne autour de ce thème. Au regard de cette ambition, la nature différente de ce texte – un programme de gouvernement – et le travail spécifique ayant conduit à son élaboration ne justifiaient pas un nouveau titre.

Quels en sont les grands axes ?
Le programme est organisé en sept axes qui exposent les principales mesures permettant de faire reculer les logiques capitalistes et de faire progresser le projet communiste. Le premier intitulé « Prendre le pouvoir sur la finance et partager les richesses » exposent nos propositions pour placer les banques au service de l’humain, agir contre la fraude et pour la justice fiscale, pour de meilleurs salaires et retraites. Le deuxième axe « De la nouvelle République au renouveau de la politique » propose une véritable révolution politique et des mesures essentielles à la réalisation concrète de la liberté, l’égalité et la fraternité. Le troisième axe « Investir pour l’emploi et le développement de chacune et chacun » regroupe de grands enjeux d’avenir pour notre société comme la désaliénation du travail et la sécurisation de l’emploi pour éradiquer le chômage et la construction d’un grand service public de l’art, de la culture et de l’éducation populaire. Le quatrième axe « l’égalité femmes-hommes maintenant ! » traite de manière offensive la question centrale du partage des pouvoirs et de bien d’autres comme l’indispensable égalité professionnelle. Le cinquième axe « Une France protectrice, solidaire et ouverte sur le monde » vise à en finir avec les inégalités, engage un nouvel âge pour le service public et affirme de grandes orientations pacifistes et de solidarité à l’échelle internationale. Le sixième axe « Produire autrement pour l’humain et la planète » rassemble nos propositions pour libérer notre mode de production du dogme de la rentabilité et initier un nouveau mode de production humain durable, basé sur des critères sociaux et écologiques et contrôlé par les travailleurs. Le septième axe « À l’offensive pour changer l’Europe » propose que la France engage une offensive sans précédent pour construire une Europe de peuples et de nations, libres, souverains et associés et en faire le moteur du changement mondial.
Prenons le premier axe par exemple. Il concerne le combat contre la finance que, contrairement au gouvernement, nous refusons d’abandonner car central pour toute politique qui se réclame de la gauche. Il formule des propositions concrètes pour promouvoir une autre utilisation de l’argent des entreprises (les profits), de l’argent des banques (le crédit) et de l’argent public (impôts, cotisations sociales et leur utilisation par l’État, les collectivités territoriales et la Sécurité sociale). Une des principales propositions avancée est la création d’un pôle public bancaire avec la nationalisation de la BNP Paribas et de la Société générale. Pourquoi ? Parce que reprendre le pouvoir sur la création monétaire nous permettra de combattre la spéculation financière et le dogme de la rentabilité maximum, de développer les services publics et d’imposer avec les travailleurs des critères sociaux et écologiques dans les productions. Nous voulons également agir contre la fraude et l’évasion fiscale – 80 milliards d’€ de pertes annuelles pour l’État ! – et pour la justice fiscale en traitant tous les enjeux : réforme de l’impôt sur la fortune (ISF) et de l’impôt sur le revenu pour mieux faire contribuer les hauts revenus et les revenus financiers ; suppression du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE) et réforme de l’impôt sur les sociétés pour imposer des critères sociaux et écologiques dans les productions ou encore réforme de la fiscalité de la consommation avec la suppression de la TVA sur les produits de première nécessité. Enfin, nous proposons des salaires qui permettent de bien vivre et de meilleures retraites.

En quoi répond-il aux urgences populaires ?
Précisément, prenons ce dernier point concernant les salaires et les retraites. Le niveau actuel des salaires et des retraites est insupportable au regard du coût de la vie, de tous les besoins fondamentaux à satisfaire. Près de la moitié des salariés, 10 millions de travailleurs, gagnent moins de 1 700 € net par mois. Nous proposons une augmentation immédiate de 23 % du SMIC pour le porter à 1 400 € net environ et une progression visant 1 700 € net à la fin du prochain quinquennat. Indissociablement, les salaires de chaque premier niveau des grilles de classification des différentes branches doivent être augmentés. Par ailleurs, combien de nos concitoyens n’arrivent plus à boucler les fins de mois alors qu’ils ont une vie de travail derrière eux ? Nous proposons donc de meilleures retraites autour d’un principe : un taux de remplacement de 75 % minimum et en aucun cas inférieur au SMIC revalorisé pour une carrière complète de travail.
Un autre point concerne le développement de la protection sociale et du service public de santé. Chacun a constaté que c’est une cible privilégiée de la droite conduite par François Fillon au regard des milliards d’euros que pourrait détourner la classe dominante avec la casse du système actuel. Voilà également un enjeu essentiel pour la vie quotidienne de nos concitoyens. Concernant la Sécurité sociale, nous proposons une révision des modes de couverture et prestations prévus pour les ayants droit dans les quatre branches pour une meilleure protection sociale. Pour la branche maladie par exemple, nous voulons reconquérir progressivement la généralisation de la prise en charge à 100 % pour tous des soins. Le financement se ferait notamment par la modulation des cotisations sociales patronales et l’extension des prélèvements sociaux aux revenus financiers. Une nouvelle cotisation sur les revenus financiers au même niveau que les salaires garantirait des dizaines de milliards d’euros de recettes nouvelles !

Quelles convergences et différences avec le programme L’Avenir en commun présenté par Jean-Luc Mélenchon ? Comment faire progresser le débat de projet à gauche ?
Le programme que nous présentons est à la fois la contribution du PCF à la campagne présidentielle dans laquelle nous appelons à voter Jean-Luc Mélenchon et celui sur lequel s’engagent à agir nos candidats aux élections législatives pour les cinq ans à venir. Les convergences et divergences entre nos deux programmes doivent être abordées sans illusion ni caricature et avec une forte ambition d’intervention populaire.

Nous partageons beaucoup d’orientations politiques incontournables pour une politique de gauche : combattre la monarchie présidentielle et faire progresser la démocratie, lutter contre la finance et le pouvoir despotique des actionnaires, réduire le temps de travail et augmenter les salaires, un nouveau mode de développement social et écologique, développer les services publics ou encore respecter la souveraineté des peuples et promouvoir la paix. Aucun autre candidat de gauche à la présidentielle affirme aussi clairement ces objectifs communs. Et certaines propositions avancées dans L’Avenir en commun sont parfois rigoureusement identiques aux nôtres comme le salaire maximum par exemple ou le droit à la retraite à 60 ans.

Cependant sur l’ensemble de ces sujets, nous avons aussi des différences importantes. Je prendrai trois exemples : sur l’enjeu démocratique, beaucoup de propositions de Jean-Luc Mélenchon se concentrent sur le contrôle des élus alors que nous privilégions une innovation démocratique comme la création d’un statut de l’élu qui contribuerait à l’entrée massive d’ouvriers et d’employés au sein de l’Assemblée nationale. Sur l’enjeu écologique, nous pensons que la sortie du nucléaire est irréalisable à l’horizon proposé et incompatible avec la résolution du défi climatique et la réponse aux besoins énergétiques des populations. Et sur l’Europe nous ne pensons pas qu’il existe un plan B constituant un scénario de sortie unilatérale de l’UE favorable aux intérêts populaires : seule une France à l’offensive et une alliance de forces progressistes autour d’objectifs démocratiques, sociaux, écologiques partagés par des millions d’Européens peut permettre de combattre les institutions européennes actuelles.

Que ce soit avec Jean-Luc Mélenchon ou avec les autres forces de gauche, nous devons valoriser les convergences mais aussi assumer nos divergences lorsque la question est posée dans le débat public. C’est en engageant un effort sans précédent pour que les citoyens, les travailleurs, s’approprient ces débats, les investissent et les enrichissent que nous créerons les conditions qu’ils déterminent eux-mêmes la direction à prendre et les propositions à mettre en œuvre pour répondre à leurs intérêts. C’est indispensable si nous voulons faire avancer nos idées dans les campagnes électorales, contribuer à la reconstruction de la gauche autour d’un projet de transformation sociale et permettre une réelle maîtrise citoyenne des processus de changement.     

Comment faire connaître notre programme ? Comment s’en saisir localement dans les campagnes ?

D’abord, nous devons soutenir les luttes locales et les nourrir de ces propositions, qu’il s’agisse d’une mobilisation pour la défense d’un service public ou contre la fermeture d’une usine par exemple. Le meilleur moyen de faire connaître notre programme est de montrer en quoi il répond concrètement aux exigences populaires.

Partout sur le territoire nous sommes d’ores et déjà engagés dans des campagnes : contre l’évasion fiscale et le CICE et pour une autre utilisation de l’argent ; pour donner un prolongement au mouvement contre la loi travail avec notre proposition de loi de sécurisation de l’emploi et de la formation ; contre les politiques d’austérité et pour un service public du XXIe siècle ; contre les délocalisations et pour un renouveau industriel pour la France ; pour relancer un grand mouvement pacifiste ou encore pour la solidarité avec les migrants.

La direction nationale a par ailleurs décidé d’éditer ce programme en plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires. Ainsi les camarades pourront rapidement se l’approprier et nous proposons de le vendre dans nos initiatives publiques au prix de 2 €. Quatre affiches également éditées nationalement suivront et des modèles de tract thématiques à imprimer localement seront également bientôt disponibles.

Des initiatives nationales avec l’intervention de personnalités et du secrétaire national sont en préparation. Au-delà, dans chaque circonscription, des réunions publiques peuvent être organisées pour présenter le programme, ou l’un des axes en particulier, et en débattre avec des responsables syndicaux, associatifs, des citoyens engagés. Dans les circonscriptions où notre influence est forte, ces réunions devraient à mon sens associer nos candidats aux législatives pour montrer l’utilité de l’élection de députés communistes mobilisés pour un tel programme en juin prochain.

La Revue du projet, n° 63, janvier 2017

 

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