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Refonder la République, Jean-Marc Coppola*

Des sujets politiques conscients, libres, égaux, souverains, acteurs pour un nouvel âge de la démocratie.

Nombreux sont les événements majeurs que nous n’osions jamais imaginer, qui interrogent, inquiètent et ajoutent du brouillard aux repères déjà fragiles de notre société. Les attentats dans nos sociétés soi-disant démocratiques, protégées, hypersurveillées, le Brexit au Royaume-Uni, l’élection du national-populiste Trump aux États-Unis, la multiplication des nationalismes les plus réactionnaires et des populismes les plus racistes, la renaissance de dictateurs comme Erdogan en Turquie et les guerres qui n’en finissent pas à quelques heures de notre pays, dans la plus grande indifférence des institutions internationales, sauf à souffler sur les braises de ces foyers de tension, sont autant de symptômes d’un capitalisme débridé et à la recherche d’un nouvel élan.
Ce système attise les méfiances, les peurs, les violences dans le seul but de diviser les peuples. Nous sommes face à une confiscation grandissante de la démocratie par les multinationales dans les mains de quelques familles prédatrices de tous les pans d’activité. La finance, les marchés financiers ne veulent pas que les peuples s’en mêlent et les relais en tout genre de l’ultralibéralisme s’attachent à détourner les citoyennes et les citoyens de la chose publique, de l’intérêt général et des biens communs. Les dirigeants politiques de l’alternance renvoient volontairement un sentiment d’impuissance, alors qu’ils ont abdiqué devant l’économie financiarisée quand ils n’en sont pas complices.

« Nous sommes à un tournant de civilisation », disait récemment le neuro­psychiatre Boris Cyrulnik, à propos de l’actualité qu’il décryptait, de l’instrumentalisation du burkini à l’analyse des attentats, en passant par le port du voile et au retour à un langage totalitaire… Pour lui, le manque d’éducation populaire conduit à un clivage entre éduqués et non éduqués et il propose l’éducation et la culture comme meilleurs remèdes contre le recours aux gourous maléfiques comme Trump, les chefs de Daech ou autres prophètes de la haine et des violences.
Éducation oui, pour redonner du sens aux mots, à la vie et à l’action publique.
Nous avons besoin de droits nouveaux pour permettre une véritable participation citoyenne. En commençant par le droit à l’éducation populaire pour construire une citoyenneté libre, souveraine, active et créatrice d’une véritable politique afin de conquérir de nouvelles avancées sociales et démocratiques à la hauteur des défis de notre époque. Il s’agit de mieux maîtriser les savoirs, les connaissances, les sciences.
C’est la seule façon d’éviter le piège tendu et de sortir par le haut d’une crise politique, dont l’issue proposée serait en 2017, en France, l’autoritarisme porté la droite et le FN ou la technocratie portée par ceux qui proposent des changements institutionnels sans convoquer l’intervention citoyenne, consciente et réfléchie.
Au moment où tout le monde, tous les partis politiques se réclament de la république, on ne sait plus très bien ce que recouvre ce mot. Les déclarations incantatoires sur la république ou les valeurs de la république sont ainsi vaines si elles ne sont pas suivies d’actes concrets visant à mettre en cohérence les ambitions et la réalité. Il est plus qu’urgent de passer aux actes pour construire une république, faite par la population la plus démunie et la plus dominée, pour passer de citoyens passifs à citoyens actifs, pour bénéficier de la totalité de la citoyenneté. Il est urgent de rompre avec la délégation de pouvoir, pour combattre pied à pied les inégalités et les restrictions de liberté par des arsenaux sécuritaires autant inutiles qu’inefficaces et coûteux.
La crise de la démocratie est abyssale. Nous sommes dans une démocratie représentative où la majorité de la population n’est pas représentée. Le présidentialisme est à son paroxysme, non pas seulement avec le président de la République, mais avec des collectivités monarchiques de plus en plus éloignées des populations et de leurs attentes, telles les métropoles, ou vidées de leurs prérogatives, comme les communes, creusets de la démocratie.
Les institutions de la Ve République ont fait leur temps. Leur présidentialisme a avivé la crise de la politique. Elles ne permettent pas de passer d’une logique de concentration des pouvoirs à une diffusion des responsabilités dans tout le corps social.

Nous sommes à un tournant de civilisation
Il s’agit de sortir de deux siècles où l’on a appris aux citoyens à se soumettre plutôt que d’agir en hommes et femmes libres. Le but étant de recouvrer la pleine capacité de gérer la chose publique au profit de la population et non pas laisser un État gouverner au profit de forces obscures que l’on peut identifier au capitalisme néolibéral. Nous nous plaçons donc dans la perspective d’une VIe République, fondée sur une démocratie moderne pleinement participative, citoyenne, dans une France débarrassée de la tutelle des marchés financiers.
Loin de nouveaux rafistolages constitutionnels, de bricolages peu responsables, il ne s’agit pas non plus de
tomber dans des propositions démagogiques, du style représentation par tirage au sort qui ouvrirait le chemin aux soi-disant experts et aux aventuriers. La priorité est d’approfondir la réflexion autour de sujets essentiels tels que l’exercice de la souveraineté nationale et populaire, les moyens de la démocratie directe, la démocratie parlementaire, la responsabilité effective du gouvernement dans la conduite des politiques, la suppression de l’élection du président de la République au suffrage universel.
Cette VIe République que nous appelons de nos vœux doit être à même d’affronter les enjeux les plus fondamentaux. Il ne suffit plus, aujourd’hui, de passer d’un numéro à un autre, d’une république à une autre. Il ne suffit plus d’améliorer le système, de mettre un peu d’huile dans les rouages. La démocratie tout entière doit entrer dans un nouvel âge, plus ouverte sur la société telle qu’elle est, sur le monde, plus active dans la sollicitation des citoyens et citoyennes, en un mot, plus participative. Nous voulons de l’égalité. De l’égalité des citoyens et citoyennes dans un cadre pluriel et ouvert. Nous voulons construire un nouveau pacte républicain qui place en son cœur la lutte contre toutes les discriminations, changer la politique et ses pratiques. Nous lancerons un processus constituant qui, au terme d’un débat citoyen national, aboutira à un nouveau projet constitutionnel soumis au référendum. Parallèlement, nous prendrons des mesures immédiates d’ordre législatif déjà largement débattues et attendues par nos concitoyens.

Et au-delà de propositions concrètes, la question qui nous est posée est l’action pour la conquête de droits nouveaux afin que la souveraineté du peuple soit effective et que les valeurs de la république entrent vraiment dans les actes politiques. Des droits pour se réapproprier la république et la démocratie en leur donnant le contenu tel que les révolutionnaires de 1848 en avaient exprimé l’aspiration : la souveraineté du peuple pour gérer les biens communs.

Un pacte d’engagements communs pour la France
C’est tout le sens du « Pacte d’engagements communs pour la France » que nous mettons sur la place publique pour réfléchir à un rassemblement le plus large possible des forces de gauche et de progrès qui veulent s’émanciper de toutes les dominations. Un pacte pour reprendre le pouvoir sur la finance et partager les richesses, pour un renouveau de la politique, pour sortir de l’austérité anesthésiante et investir pour l’avenir, pour l’égalité femmes-hommes, pour une France solidaire qui protège et incite à l’engagement, pour produire autrement en protégeant l’humain et l’environnement, pour changer l’Europe. Un pacte d’engagements qui propose un service public pour lutter contre les discriminations, un plan de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie, des droits nouveaux et étendus pour les personnes LGBT, la
reconnaissance de la citoyenneté de résidence et du droit de vote des résidents étrangers aux élections locales, la levée d’interdiction de travailler des demandeurs d’asile et la régularisation des sans-papiers, des droits plus forts pour les militants des organisations syndicales ou associatives, la refonte des institutions pour sortir du présidentialisme et redonner la primauté au Parlement avec de nouveaux pouvoirs aux citoyens, pour une nouvelle organisation territoriale de la république avec le droit à la ville, la ruralité et l’égalité des territoires, pour garantir le droit à la justice, son indépendance et moderniser notre système d’incarcération, pour promouvoir le pluralisme et garantir l’indé­­pendance des média, un des piliers de la démocratie… 

*Jean-Marc Coppola est membre du Conseil national du PCF. Il est membre du comité de pilotage du projet du PCF.

La Revue du projet, n° 63, janvier 2017

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