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À propos de l’uberisation

Vous soulignez avec raison que la révolution numérique menace moins la place du travail dans la société que l’évolution de l’emploi et des formes de celui-ci. Cependant, c’est parce que le patronat a investi la question des conséquences de cette révolution que l’on retrouve principalement ses arguments et ses conclusions dans le débat public.
De ce fait, on associe à une révolution technique une conséquence juridique avec « l’uberisation de la société ». Certes, il est indéniable que les plateformes transforment les modèles économiques, questionnent les positions acquises des monopoles privées, mais in fine, Uber n’a finalement lancé qu’un mouvement de redécouverte d’une structure juridique répandu en France : le système de franchises. On peut reconnaître qu’à ce système, somme toute classique, Uber ajoute un zeste d’exotisme lié à son système d’optimisation fiscale particulièrement agressif et une capacité à surfer sur l’accès facile aux liquidités et à la spéculation boursière en cours sur les entreprises du numérique (qui ont des valorisations sans rapport avec leur modèle économique actuel dont les doutes commencent à s’accumuler sur la viabilité de leur modèle futur).

Avant de débattre de l’effet de l’uberisation de tel ou tel métier ou de tel, ou tel secteur, nous ferions mieux de rappeler, probablement avec plus de pédagogie, probablement avec plus de talents qu’ici, ces premiers principes pour lever le voile et distinguer réellement ce qui relève d’une évolution/révolution technologique et ce qui relève d’un habillage, aussi habile soit-il.

Il ne tient d’ailleurs qu’à nous, militants communistes et plus largement acteurs du mouvement progressiste, de faire du numérique un vecteur de changement. Le numérique pourrait être un vecteur de réindustrialisation de notre économie (relocalisation de la production), à condition qu’on refasse de l’investissement un débat sérieux dans le pays. La notion d’« usine du futur » pourrait nous permettre de sortir de l’injonction au moins-disant social, mais elle en constitue en réalité aujourd’hui un prétexte pour libéraux de tout poil !
Il en va de même pour les effets du numérique sur les conditions de travail. On ne peut se contenter aujourd’hui de dénoncer l’arnaque intellectuelle des méthodes de management aboutissant au concept d’« entreprises libérées », dont on affuble n’importe quelle société à n’importe quel titre même le plus oppressant sur le plan des méthodes.
Il est tout à fait vrai que le numérique peut aboutir (et semble aboutir) à une nouvelle intensification du travail, mais, si le rapport de force social était tout autre, il pourrait permettre d’améliorer la sécurité, la santé, voire même l’organisation démocratique au travail. n

Sébastien, économiste.

La Revue du projet, n° 62, décembre 2016

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