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The Autumnlands, Kurt Busiek, Benjamin Dewey, Jordie Bellaire

Urban Comics, 2016

Par Camille Ducrot

Signalons la sortie en France, chez Urban Comics du premier tome d’une série à suivre : The Autumnlands, écrite par Kurt Busiek, dessinée par Benjamin Dewey et colorisée par Jordie Bellaire.
Les amoureux d’heroic fantasy découvriront un monde imprégné de magie, avec des personnages animaux anthropomorphes, divisé entre des élites vivant dans des cités volantes et les tribus du sol, les « moindres », qui les fournissent en matériaux divers. L’histoire débute à une période où la magie s’affaiblit. Les « nuageux » comptent sur le retour du Champion pour les sauver et permettre au système de perdurer. Dunstan, un jeune chiot, fils d’un commerçant « nuageux », est le personnage principal au milieu d’une galerie très variée.
Mais cette bande dessinée ne se réduit pas à cela. Les précisions apportées sur le système politique qui régit le monde de la magie lui donnent une profondeur inattendue. Les « moindres » sont soumis et dominés car trop faibles pour résister à la magie. Ils sont sous le joug des magiciens envers qui ils développent rancune et colère ; et contre qui ils finissent par se révolter. La magie qui se transporte via des bijoux ou des gemmes est d’ailleurs utilisée comme monnaie d’échange tout au long de l’histoire : sa possession entérine les dominations. La lutte des classes n’est pas bien loin. Les échanges politiques au sein des magiciens sont aussi finement analysés, en particulier dans leurs reconstructions après la catastrophe qui ouvre l’histoire : alliance, trahisons, influence, jeux de pouvoir ont la part belle dans cette BD. Le Champion, dont l’arrivée entraîne à la fois la chute de la cité et l’espoir de la renaissance de la magie, est une sorte d’homme providentiel. Si ce n’est que ce rôle de héros est en fait très nuancé : lui-même ne comprend pas ce qu’il fait là et a un comportement parfois fort peu héroïque. Ce personnage permet d’ailleurs quelques touches d’humour bienvenues. Enfin cette magie, qui est en voie de disparition, semble faire écho à l’épuisement des ressources fossiles chez nous. Comment faire sans ? Faut-il essayer de la faire réapparaître ? Ce premier tome n’apporte pas de réponses à ces questions.
L’histoire est servie par des dessins dynamiques avec de beaux décors et des personnages expressifs. Elle est divisée en chapitres ouverts à la fois par des doubles pages superbement dessinées et par des textes qui font référence à des histoires passées de ce monde. Les couleurs rendent les ambiances plus palpables et accentuent la place de la magie dans l’histoire.

La Revue du projet, n° 61, novembre 2016
 

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