La revue du projet

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Droite : demandez le programme, Gérard Streiff

Le parti « Les Républicains » a un projet qui devrait s’imposer, peu ou prou, au candidat qui gagnera la primaire de ce mois de novembre. Quelques remarques sur une plate-forme droitisée, sécuritaire, ultralibérale. Et marquée par un européisme honteux.

La droite travaille son projet. En tout cas elle fait comme si. Depuis mars 2015, elle a multiplié les conventions thématiques, dix-huit au total, sur des enjeux comme le logement, l’immigration, l’économie, la culture, etc., pour structurer son programme. À l’occasion de ces réunions, les militants, assure-t-on, pouvaient répondre à quelques questions précises et le parti se prévaut de sondages mobilisant plusieurs dizaines de milliers de membres, entre 10 000 et 50 000 militants selon les conventions. C’est ce que dit le site de ce parti. Info ? Intox ? Difficile de vérifier. De manière générale, l’orientation des questions posées et surtout les taux de réponse permettent de légitimer une droitisation du programme de la droite. Par exemple, lors de la convention sécurité, on demandait aux sondés si les polices municipales des villes de plus de 10 000 habitants devaient être armées, ce que les sondés approuvèrent à 86 %.
Outre ces conventions, une douzaine de « rendez-vous », également thématiques, sur les PME, la santé numérique ou les entreprises, auraient été organisés. Ce travail d’élaboration a été piloté par Éric Woerth, nouvel idéologue de la droite après en avoir été un trésorier incertain, factotum de Sarkozy, et par une députée filloniste de Nantes. L’ensemble de ces textes constitue donc « Le projet d’alternance des Républicains pour 2017 », lequel a été adopté par la direction du parti de droite début juillet. Des présidentiables (Juppé, Le Maire) polémiquent un peu, parlent de « programme Sarkozy » et assurent ne pas se sentir tout à fait engagés. Eux-mêmes n’ont pas pris part au vote. Reste que ce plan de travail sera de fait la référence du vainqueur des primaires de la droite de novembre.
Certes, l’importance d’une plate-forme électorale est relative. Tout le monde a en tête l’énergie mise par Hollande, en 2012, dans son programme du Bourget, pour dénoncer la finance, qu’il s’est ensuite empressé de servir une fois élu. Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent, disait déjà il y a bien longtemps, le président du Conseil Henri Queuille. On connaît la musique, on est donc sur nos gardes. N’empêche, « Les Républicains » font ici passer un message. Essayons de le décrypter.

Une bataille sur les valeurs
Le texte, volumineux – 374 pages – disponible sur le Web, est agencé selon la chronologie des conventions, ce qui fait qu’il s’ouvre sur le logement et se termine, vingt chapitres plus tard, sur les institutions. Il est accompagné d’une synthèse, très politique, d’une quarantaine de pages. Cette postface dit en substance : « Non, ça ne va pas mieux, les Français sont inquiets, ils veulent que ça change, ils attendent un projet sérieux, nous sommes prêts. » La synthèse est articulée en « cinq priorités » : « Revendiquer nos valeurs », « Restaurer l’autorité », « Repenser l’économie et notre modèle de protection sociale », « Maîtriser notre destin » et « Retisser le pacte national ».
Traduction : la droite entend d’abord batailler sur les « valeurs » plutôt que d’argumenter sur des thématiques plus « classiques » comme l’emploi, par exemple, ou le « travailler plus » de 2012. Pourquoi ? Parce ce qu’elle sait bien que sa plate-forme économique et sociale est très proche de celle du social-libéralisme hollandais. Ce n’est pas sur ces thèmes qu’elle fera la différence. Alors elle va brandir la nation, avec des accents nationalistes ; elle va se gargariser des mots d’éthique, d’autorité, de responsabilité ; elle va ergoter sur la famille, horizon indépassable (sans toutefois oser reprendre les slogans de la Manif pour tous) ; elle va agiter le bâton pour les méchants, et ils sont nombreux, à commencer par les étrangers ; elle va sermonner l’islam ; elle va saluer sans vergogne l’enrichissement légitime, face à toutes les paresses ambiantes (voir la fonction publique ou l’assistanat…). Quitte à surenchérir sur la droitisation du PS et la dérive du FN.
La thématique sécuritaire, surfant sur l’actualité, est omniprésente. Le programme des « Républicains » est un manifeste de gendarmes : police, prisons, peines, répression, punition en sont les mots clés.
Au plan économique, c’est un programme plus libéral que jamais : tout pour l’entreprise, rien ou peu pour le salarié. « Tout devra partir de l’entreprise » proclame sans vergogne ce parti, qui calque les prétentions du MEDEF, moins d’impôts, moins de charges. Casse accentuée du Code du travail et fiscalité douce pour les riches. On connaît la musique, Valls nous y a habitués. La différence avec le programme hollandais, on l’a dit, n’est pas tant une différence de nature que d’intensité.
La droitisation au plan sécuritaire et économique l’est aussi au plan démocratique : le programme verrouille les expressions citoyennes, montre du doigt dans un élan poujadiste les élus. Et se contorsionne pour aboutir à cette proposition incongrue : profiter du second tour des élections législatives de 2017 pour organiser un référendum… demandant la suppression d’un tiers des postes de parlementaires !

Le malaise européen
Sur le dossier européen, la droite n’est pas très à l’aise. Le choix des « Républicains » d’un intégrisme libéral, donc austéritaire, est conforme à la doxa de l’Union européenne. Or cette orientation passe mal dans l’opinion, y compris dans l’opinion de droite. La pression du FN sur cet électorat est forte. Alors ? La droite tourne autour de la question européenne, elle manœuvre, chicane, hésite. On retiendra que l’Europe n’est qu’à la onzième place sur les quinze propositions officielles du parti. Et le mot Europe ne figure même pas dans l’énoncé officiel des cinq priorités.
Dans le préambule du chapitre Europe, on parle des « racines notamment chrétiennes de l’Europe ». Apprécions ce « notamment », formulation particulièrement faux cul. Dans tout ce chapitre, la rhétorique des « Républicains » frôle le néonationalisme. Le parti n’ose pas, et pour cause, remettre en cause la nature libérale des traités mais revendique « la maîtrise du destin national », met en avant les questions de fermeture des frontières, de peur des migrations, du terrorisme, de la Turquie menaçante. Le programme se drape alors de propositions étonnantes, prenant Hollande sur sa gauche (!) si l’on peut dire, en fustigeant la pratique des travailleurs détachés, en réclamant le principe « À travail égal, salaire égal » (!), en refusant les accords du TAFTA (refus plébiscité par 88 % des militants LR !). Autant de propositions que la droite qualifie ordinairement de populistes… Et dans le même temps, en loucedé, en catimini, sur un mode mineur, elle plaide pour une intégration économique renforcée, pour un gouvernement européen. En somme, elle veut tout à la fois « maîtriser le destin national » (Père, gardez-vous à droite) et accentuer l’intégration européiste ultralibérale (Père, gardez-vous à gauche). Tout et son contraire. Une posture bien difficile à tenir longtemps. Et des formules passe-partout comme : « Il faut un nouveau traité de refondation pour combler le déficit démocratique dont souffre l’Union européenne. » Comme dit l’expression, ça ne mange pas de pain.  

Le best of de la droite

• Rétablissement des contrôles aux frontières
• Création de centres de rétention hors de l’Europe
• Code du travail : discussions au niveau de l’entreprise
• Fin du monopole syndical pour les candidatures
• Assouplissement du licenciement économique
• Armement des polices municipales
• Construction de 20 000 places de prison
• Non-renouvellement d’un départ à la retraite sur deux dans la fonction publique
• Employés publics recrutés par contrat
• Suppression des régimes spéciaux de retraite
• 100 milliards d’économies de dépenses publiques
• Suppression de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF)
• Autonomie des écoles, des hôpitaux
• Service militaire obligatoire pour les « décrocheurs »
• Références aux racines « notamment » chrétiennes de l’Europe
La Revue du projet, n° 61, novembre 2016
 

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