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Une stratégie patronale destructrice, Pascale Soulard*

Au-delà de la précarité de l’emploi, reposant sur un fort taux de chômage et se traduisant par des stages à répétition, des contrats à durée déterminée, du temps partiel subi, etc., la précarité s’instaure dans le travail au quotidien.

La précarité dans le travail au quotidien est le résultat d’une stratégie qui se traduit par des réorganisations constantes, des politiques de mobilité imposée, des révisions de priorités constantes, des déménagements… ce que Danièle Linhart appelle la « précarité subjective ». Véritable stratégie patronale, ces pratiques visent à détruire les collectifs de travail, à faire obstacle aux mobilisations collectives. Elles s’inscrivent dans une logique d’individualisation qui touche toutes les classes de la société. Ainsi, le recours au référendum instauré dans la loi El Khomri relève de cette logique où chaque travailleur est contraint de donner son avis individuellement, pour défendre ses intérêts particuliers au mépris de l’intérêt collectif. Il s’agit d’une stratégie politique qui engendre de graves régressions sociales, qui détourne le dialogue social sur des questions qui, au mieux, relèvent de la défense des acquis, et empêche toute revendication de progrès. Sur les lieux de travail, ces stratégies se traduisent par une dégradation de l’état de santé des salariés, des tensions, des collectifs et des solidarités qui disparaissent.

L’analyse du travail réel
Concernant le travail lui-même, il se dégrade également car les collectifs de métier, l’entraide et la coopération, indispensables pour faire face aux impondérables et aux difficultés du travail réel, ne fonctionnent plus. L’analyse du travail réel montre que, dans les équipes, l’encadrement a perdu toute crédibilité. Lorsqu’un cadre est nommé avec un nouveau projet, les salariés ne sont pas dupes, ils savent très bien que deux ou trois ans plus tard, un autre cadre sera nommé avec ses priorités et son projet. En conséquence, ils n’accordent plus aucune légitimité aux encadrants qui se succèdent. Ceux-ci ne bénéficient pas du soutien de leur hiérarchie et ne peuvent compter sur la reconnaissance souhaitée en retour de leur engagement dans le travail.
Ces politiques sont également génératrices d’une charge de travail « sans intérêt ni valeur ajoutée », faire et défaire en permanence conduit à une perte de sens et à une démotivation à tous les niveaux. Paradoxalement, les réorganisations constantes s’inscrivent souvent dans un objectif global de suppressions de postes au prétexte qu’une meilleure organisation permettrait d’optimiser les moyens et donc de supprimer des emplois. On aboutit alors à des situations d’intensification du travail avec des objectifs de réduction d’effectifs qui sont également source de dégradation de l’état de santé des salariés. Dans ce contexte, certaines entreprises vont jusqu’à prôner la coopération comme une injonction, culpabilisant les salariés victimes de ces pratiques et renforçant encore les situations de mal-être au travail.

De nouveaux droits pour les salariés
Ces stratégies patronales – au service des intérêts financiers – doivent être dénoncées et contrées. Partir du travail réel, tel qu’il est vécu par les salariés eux-mêmes, permet de démontrer les effets destructeurs de ces pratiques. Pour y répondre, il est indispensable d’accorder de nouveaux droits aux salariés leur permettant d’agir, non seulement sur les orientations économiques de leurs entreprises, mais aussi sur la définition des priorités, sur la conduite des projets, sur les stratégies managériales, sur la façon de travailler. Au-delà, il s’agit d’instaurer une nouvelle forme de gouvernement dans les entreprises, fondée sur la concertation, où chacun doit pouvoir participer à la définition des objectifs, à l’organisation et aux conditions de réalisation du travail.

*Pascale Soulard est ergonome. Elle est membre du secteur Travail du PCF.

La Revue du projet, n° 61, novembre 2016
 

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