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Dette publique : sortir du catastrophisme, Bruno Tinel

Éditions Raisons d’agir, 2016

Par Igor Martinache

La réduction de la dette publique, ou plus exactement du rapport de cette dette au produit intérieur brut (PIB), semble avoir été   en priorité absolue dans la zone euro suite à la crise des subprimes, transformée par un tour de passe-passe des banques en « crise des dettes souveraines ». Et pourtant, ce ratio d’endettement public ne cesse de poursuivre sa progression, à l’inverse de l’activité intérieure et de l’emploi qui, eux, stagnent désespérément. C’est ce faux paradoxe que vient éclairer ici Bruno Tinel, économiste à l’université de Paris-1, en s’appuyant notamment sur les outils du courant dit postkeynésien, c’est-à-dire des héritiers de Keynes qui ne l’ont pas trahi pour tenter de faire la synthèse entre ses analyses et celles du courant néoclassique dominant. En résulte un ouvrage à la fois très pédagogique (même si on n’échappe pas à quelques équations) et politiquement affûté, qui vient remettre à l’endroit ce que certains responsables politiques et médiatiques ne cessent de présenter à l’envers. L’auteur propose ainsi dans un premier temps un certain nombre de clarifications essentielles sur la dette publique, expliquant par exemple comment celle-ci constitue le soubassement nécessaire de toute activité économique, et se traduit en contrepartie par un ensemble d’actifs qui fait que, loin d’être endettés dès leur naissance comme aiment à l’ânonner certains commentateurs autorisés des média, tous les Français sont en réalité détenteurs d’un patrimoine commun équivalent à presque 10 000 euros par personne. L’auteur explique ensuite de manière convaincante comment seule une politique de relance budgétaire peut permettre de réduire le ratio dette publique/PIB, tandis qu’à l’opposé des politiques pro-cycliques, c’est-à-dire d’austérité en temps de crise, viennent au contraire alimenter la récession et ce faisant à la fois creuser le déficit public et freiner l’accroissement du PIB. Enfin, dans une dernière partie, l’économiste met en évidence les enjeux redistributifs, entre classes bien plus qu’entre générations, qui sous-tendent la question de l’endettement public, à travers la structure des prélèvements obligatoires, la politique monétaire et la financiarisation de la dette publique mise en œuvre dans l’Hexagone il y a maintenant trois décennies. Bref, un ouvrage à lire avec attention, et à diffuser largement auprès de nos élus et des journalistes intoxiqués par la doxa libérale.

La Revue du projet, n° 60, octobre 2016
 

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