La revue du projet

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Toujours œuvrer à un espoir, ne rien lâcher

Olivier Dartigolles est porte-parole du Parti communiste français. Il est chargé du groupe de travail, élu lors du dernier Conseil national pour animer la discussion des communistes jusqu’à la conférence nationale.
Pour La Revue du projet, il expose les différents choix qui s’offrent aux militants et analyse la situation politique, ses dangers, mais aussi les perspectives d’espoir, les possibles issues progressistes.

Le Conseil national a fait le bilan de la dernière période politique et des difficultés de rassemblement. Pouvez-vous nous en livrer les grandes lignes ?
Le rapport introductif présenté par Pierre Dharréville au Conseil national des 24 et 25 septembre présente un panorama sur l’évolution politique de la dernière période. Il est question des risques et des dangers, notamment le péril de marginalisation des idées de solidarité et de progrès, avec une société prise dans les filets d’une surenchère sécuritaire et identitaire. Cette opération, qui dispose de relais politiques et médiatiques colossaux, vise à empêcher l’irruption des questions sociales dans le débat 2017. Des millions de personnes ne sont pas dupes, elles cherchent le prolongement politique au dernier printemps social, elles se désolent d’une gauche de transformation fragmentée. C’est pour cela que les appels de Pierre Laurent à des convergences sur l’essentiel commencent à trouver un réel écho.

La grande consultation citoyenne a été l’occasion de dizaines de milliers de discussions. Qu’en retenez-vous ?
J’en retiens d’abord qu’il existe dans notre peuple des ressources considérables pour ne pas livrer la France à une droite radicalisée et un FN banalisé. La grande restitution de cette enquête dessinera le portrait de cette France solidaire et progressiste, avec, bien évidemment, des contradictions, de la complexité. À partir de cette consultation, il est aujourd’hui possible de rendre visibles les grands axes de ce que « demande le peuple » et d’en faire le mandat populaire, d’appeler au rassemblement, à l’union pour 2017 et après. Nos objectifs de rassemblement pour les élections législatives peuvent vraiment s’ancrer dans la démarche initiée par la grande consultation qui va se poursuivre sous différentes formes à l’échelle des territoires. J’attire l’attention sur une dimension : le nombre considérable de jeunes qui, lors de la Fête de l’Huma, ont répondu à cette enquête, se sont sentis pris en considération, ont formulé des avis, des propositions.

Vous avez été désigné responsable d’un groupe de travail pour préparer les échéances de 2017, quelles sont ses missions ?
Le relevé de décisions du Conseil national précise le mandat de cette commission. La discussion des communistes jusqu’à la conférence nationale doit permettre d’approfondir nos analyses. La qualité du débat, sa sincérité, sa transparence dans le respect des différentes opinions exprimées seront très importantes. Faut-il poursuivre, après nos décisions de congrès, notre démarche de rassemblement ? Avec quelles nouvelles initiatives, quelles traductions concrètes ? Ou alors faut-il choisir ? Le paysage politique n’est pas figé, il va se passer des choses. La commission nationale chargée de l’animation et du suivi des débats préparatoires à la conférence nationale a pour mission de collecter, en lien avec la vie du parti, et de synthétiser les avis afin de formuler une proposition de résolution à soumettre à la conférence nationale. Il y a aujourd’hui des hypothèses. Dans quelles conditions permettent-elles d’atteindre nos objectifs politiques ? Pour les élections de 2017 et pour la suite.
 
Quel est l’ordre du jour de la conférence nationale et la feuille de route jusqu’à sa tenue ?
La conférence nationale a, à son ordre du jour, l’analyse de l’évolution de la situation et les élections de 2017, la présidentielle et les législatives. D’ici le 5 novembre,nous devons à la fois créer les conditions de l’information et du débat des communistes tout en poursuivant ce qui a été engagé avec la grande consultation. Le 8 octobre, Pierre Laurent lancera un appel pour le rassemblement dans l’esprit de sa tribune publiée dans le journal Le Monde. Il va y avoir un effet de souffle de la primaire à droite, la question de l’unité à gauche, une gauche qui tourne la page de Hollande, et ne renonce pas à une politique de gauche va grandir semaine après semaine.

Des points de vue divergents s’expriment sur la présidentielle, comment décider dans l’unité ?
L’unité des communistes est essentielle. Je crois qu’elle se construit dans le débat, dans l’écoute, les arguments et la fraternité… pas forcément sur les réseaux sociaux. C’est justement l’une des questions que la commission chargée de l’animation et du suivi des débats préparatoires à la conférence nationale va suivre de près. Il nous faut instruire collectivement le débat pour permettre à tous les communistes de prendre ensemble une décision.

La campagne des législatives est-elle envisagée séparément de celle de la présidentielle ? Quelles sont les ambitions du PCF pour cette échéance ?
Nous avons l’ambition d’en faire la grande bataille pour 2017. Je ne comprends toujours pas comment on peut défendre l’idée d’une VIe République, comme nous l’avons fait avec l’Humain d’abord, et comme nous allons continuer à le faire, en croyant qu’un hom­me, « seul face au peuple » – l’élection présidentielle dans tout ce qu’elle a de plus antidémocratique – puisse y répondre. D’où la nécessité, l’urgence, d’engager le débat citoyen sur la question « De quel-le député-e de gauche avez-vous besoin dans votre circonscription ? ».

Certains considèrent les élections de 2017 comme perdues d’avance pour les forces progressistes. Faut-il s’y résoudre ? Qu’est-ce qui est en jeu pour la France ?
Non. C’est d’ailleurs la clé de tout. S’y résoudre, ou pas, cela nous fait voir les prochaines semaines d’une manière différente, et cela ne nous met pas devant les mêmes responsabilités. Ne pas s’y résoudre, c’est toujours œuvrer à un espoir, ne rien lâcher. C’est maintenir une exigence permanente pour les convergences, le rassemblement, pour des majorités d’idées et des majorités politiques. Il est donc question de l’actualité et du devenir du combat progressiste pour les années à venir, dans un moment où la droite et le FN s’organisent, avec des rapprochements qui dessinent un bloc réactionnaire très dangereux, pour des politiques extrêmement régressives et violentes. Il faut regarder cette réalité en face. Ne pas détourner les yeux, y faire face. En commençant par dire : il n’y a aucune fatalité à la catastrophe, à condition de montrer un autre chemin et de s’y engager avec le plus grand nombre. Il faut en même temps dire que c’est possible. Et mieux encore : que nous allons réussir. Qui décide, au final, de ce qui est possible ? Cela ne serait pas mal d’en saisir directement le peuple. L’exigence démocratique va devenir incontournable.
Je sais bien que, face aux obstacles, qui ne manquent pas, cela peut provoquer du doute, de la résignation. La présidentielle est la broyeuse des aspirations populaires, c’est l’un des verrous les plus serrés contre le changement, pour maintenir le système en l’état.
Ce qui est en jeu pour la France ? J’ai envie de dire la France elle-même.

La Revue du projet, n° 60, octobre 2016
 

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