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Libérer le sport. 20 débats essentiels, Nicolas Bonnet-Ouladj et Adrien Pécout

Éditions de l’Atelier, 2015

Par Igor Martinache
Le titre de l’ouvrage a de quoi intriguer : de quoi faudrait-il exactement libérer le sport ? De l’intervention publique, de l’emprise des dirigeants ou de celle des logiques marchandes ? Les réponses qu’en donnent les deux auteurs, Nicolas Bonnet-Ouladj et Adrien Pécout, ne laissent plus de doute à l’issue de la lecture, mais ont de quoi prendre à contre-pied les lectrices et lecteurs se croyant incollables sur le sport et les enjeux qui le traversent, mais aussi celles et ceux qui ont tendance à minimiser ces derniers, voire à croire qu’il s’agirait d’une question apolitique. Respectivement responsable de la commission sport du PCF et président du groupe communiste-Front de gauche au Conseil de Paris et journaliste sportif au quotidien Le Monde, les auteurs passent ainsi en revue 20 débats relatifs à l’organisation des pratiques et spectacles sportifs, allant de l’opportunité de la candidature parisienne à l’organisation des Jeux olympiques de 2024 à celle du maintien de représentations nationales pour les athlètes de haut niveau, en passant par le financement du sport, la place du bénévolat, la démocratie dans les fédérations, l’EPS scolaire, les salaires des sportifs professionnels, le dopage, le handisport, les paris, la quête de performance ou encore le rapprochement entre sport et art. Sans prétendre faire le tour de la question à chaque fois, les auteurs résument en quelques pages et de manière pédagogique les enjeux en jeu en partant à chaque fois d’un exemple concret et en s’appuyant sur les avis de divers spécialistes – sociologues, économistes, physiologistes, mais aussi organisateurs, syndicalistes et pratiquants –, avant de proposer quelques voies à suivre pour faire du sport un levier de libération. Ils évitent ce faisant de tomber dans ce fréquent écueil consistant à naturaliser les propriétés du sport, que ce soit pour les enchanter – en érigeant celui-ci comme un facteur de cohésion, de santé ou d’intégration en soi – ou pour le diaboliser. De même qu’il n’y a pas de sports de riches et de sports de pauvre ou de sports de filles et de sports de garçons par nature, comme le rappellent également les auteurs, le sport n’est que ce que l’on en fait à l’instar des autres éléments qui composent notre culture commune. Charge à nous de créer les cadres pour en faire une pratique émancipatrice sur le plan individuel et collectif, plutôt que d’aliénation, comme quand il est laissé aux griffes du capital. D’aucuns pourront trouver certaines propositions un peu trop vagues ou naïves, à l’instar de celle d’organiser un grand relais mixte de 24 heures et sans classement réunissant les athlètes de tous les pays à la fin des Jeux olympiques ; il n’empêche qu’elles ont incontestablement le mérite de balayer nombre d’idées reçues et de bousculer le fatalisme et le cynisme qui entourent trop souvent ces questions dans les discours publics. Et de convaincre que le sport constitue bel et bien un enjeu éminemment politique.

La Revue du projet, n°59, septembre 2016
 

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