La revue du projet

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Enseignement de l’histoire - Enjeux, controverses autour de la question du fascisme, Joëlle Fontaine, Gisèle Jamet

ADAPT/SNES Éditions

Par Séverine Charret
Cet ouvrage, écrit par deux enseignantes du secondaire, s’inscrit dans une réflexion plus large, menée par le SNES-FSU, sur les transformations de l’éducation nationale. Ainsi, l’adaptation de l’école publi­que française à la stratégie de Lis­bon­ne visant à faire de l’Union européenne « l’économie de la connaissance la plus compétitive du monde » a abouti à une remise en cause des principes hérités du Conseil national de la Résistance devant permettre l’élévation générale du niveau de culture et de formation. À l’appui, une citation extraite du rapport Thélot de 2004 : « La notion de réussite pour tous ne doit pas prêter à malentendu. Elle ne veut certainement pas dire que l’École doit se proposer de faire que tous les élèves atteignent les qualifications scolaires les plus élevées. Ce serait à la fois une illusion pour les individus et une absurdité sociale puisque les qualifications scolaires ne seraient plus associées, même vaguement, à la structure des emplois. »
La conséquence pour l’enseignement de l’histoire a été ce que les auteures décrivent comme une « normalisation insidieuse » à travers la remise en cause de la continuité chronologique au profit d’un découpage thématique, l’accent mis sur quelques concepts (brutalisation, guerre d’anéantissement…) plutôt que sur les événements, la charge contre la notion de causalité, le poids pris par les compétences sur les connaissances…
Pour les auteures, ces choix, entrés en force dans les programmes dans les années 1990, se sont traduits par des apprentissages plus superficiels, une baisse de l’intérêt des élèves pour l’histoire, une perte de sens. Mais ils ont surtout abouti à une « lecture dogmatique de l’histoire » qui se reflète dans l’enseignement du fascisme.
La notion a en effet purement disparu des programmes, tout comme la crise de 1929, la guerre d’Espagne, l’antifascisme et dans une moindre mesure l’Italie de Mussolini, tandis que l’étude du système concentrationnaire allemand, centré sur le génocide des Juifs et des Tziganes, laisse dans l’ombre les centres de détention pour les opposants au nazisme et les résistants. L’accent est désormais mis sur le concept, pourtant controversé, de « totalitarisme » qui permet « une criminalisation du communisme » au détriment d’une analyse sérieuse de son histoire et efface le caractère propre du fascisme, notamment son anticommunisme et sa nature contre-révolutionnaire, la violence qu’il exerce contre les syndicalistes et son lien étroit avec les classes capitalistes.
Alors que les programmes font la part belle à l’esprit critique, les élèves sont peu à peu privés des outils leur permettant de penser. Joëlle Fontaine et Gisèle Jamet rappellent donc l’importance de défendre l’enseignement de l’histoire, aussi parce que la discipline forme à une citoyenneté consciente des rapports sociaux et des luttes, bien loin d’une promotion incantatoire des valeurs de la République.
La Revue du projet, n°59, septembre 2016

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