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Les Français et la fraude fiscale

Le sondage Odoxa/Le Parisien (avril 2016) sur les Français et la fraude fiscale est doublement intéressant. D’abord parce qu’il montre que les citoyens sont conscients du problème, que la condamnation populaire de cette pratique est très forte.
Neuf Français sur dix considèrent que la fraude fiscale est un problème important qui nuit à l’économie. Une écrasante majorité pense qu’elle n’est pas assez sanctionnée ni suffisamment traquée (83 %). Alors qu’à ses yeux, c’est une pratique immorale (81 %). Bref une opinion lucide et critique.

Mais une partie des questions de la même enquête, ainsi que les commentaires des sondeurs et de la rédaction, tendent à banaliser le sujet, à effacer l’enjeu autant que faire se peut. On colle en effet dans le questionnaire des questions telles que « Est-ce qu’il vous est arrivé de payer au noir un garagiste ou une personne faisant du baby-sitting ? » ou encore des bavardages comme « Si vous aviez beaucoup d’argent… » Bref, on détourne l’attention. Et de ce genre de questions, Gael Sliman d’Odoxa se permet de tirer cette conclusion : « C’est ce rapport très ambivalent des Français à la fraude qui rend si compliquée la lutte contre ces pratiques. »... D’où les titres du journal qui euphémisent à mort, genre « Fraude fiscale : le paradoxe français » (en Une) ou « La fraude fiscale, une ambiguïté bien française » (en pages intérieures) ; En somme, nous sommes tous des Cahuzac (en puissance). Enfin, pour conclure l’opération, il y a « l’expert » qui ramène sa science, en l’occurrence Pascal Saint-Amans, de l’OCDE, qui nous explique, angélique, que la fraude, c’est quasiment de l’histoire ancienne, que les lois anti-fraude sont aujourd’hui impitoyables, que « Panama papers, c’est le dernier soubresaut d’un monde qui appartient au passé » et que « le compte en Suisse, c’est fini ! ».
Voilà comment, partant d’un fait grave et d’une vraie colère populaire, on détourne, on manipule, on ment, effrontément. Jusqu’au prochain scandale où il faudra renouveler l’argumentaire.

La Revue du projet, n°59, septembre 2016

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