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Défi terroriste, défi politique

Depuis la fin des déchaînements meurtriers de l’OAS, notre pays jouissait du privilège d’être relativement épargné par ce phénomène ancien et fort répandu de par le monde : le terrorisme. Voilà maintenant vingt mois que ce privilège est aboli. Le terrorisme n’est plus cette calamité exotique terrible mais mal compréhensible s’abattant sur des peuples lointains ; il est entré dans l’horizon de millions de nos concitoyens, il s’est ancré dans notre horizon national.
Se répand depuis lors cette légitime question parmi notre peuple : que faire pour que pareille horreur ne se reproduise plus ? À cette forte question politique, d’aucuns, sans surprise, apportent des réponses aussi tonitruantes que condamnées à l’inefficacité parce qu’elles se trompent – et tâchent de tromper – de cibles ou se refusent à les envisager toutes ; d’autres tentent à présent de faire passer le terrorisme dans ce hors monde politique qu’est la « nature des choses », contre laquelle, comme chacun sait, on ne peut rien – le terrorisme rejoignant ainsi la liste des calamités « naturelles » comme le chômage, les inégalités sociales, l’égoïsme de l’être humain… D’autres encore pensent, in petto, que la question est secondaire et qu’elle sert essentiellement de masque aux problèmes plus importants : dès lors, il s’agirait de ne pas en parler voire de dénoncer cette question comme fausse question, comme question écran.

Disons-le d’emblée : ces trois pistes – division, renoncement, évitement – sont à nos yeux de redoutables impasses. Le terrorisme n’est pas une donnée de nature, indépassable ; il est possible de le conjurer ; le conjurer est une question majeure, même si elle n’épuise pas le tout de notre combat ; le conjurer ne passe pas par l’installation de trois portiques et le redéploiement de deux gendarmes, pas plus que par la désignation de boucs émissaires n’en pouvant mais, ou la mise en sommeil des libertés. Comment, alors ? Le difficile de l’affaire est que si on veut vraiment éradiquer le terrorisme, ce sont de très fortes mesures, de très radicales ruptures qu’il faut initier et ce, dans plusieurs domaines où de lourds intérêts sont engagés : politique extérieure, politiques économiques, sociales, culturelles, de sécurité publique…

Que ceux qui nous gouvernent ou ceux que les sondages donnent favoris pour les remplacer l’année prochaine en soient incapables – et n’aient sans doute pas la volonté d’affronter jusqu’au bout toutes les forces contraires sur cette route – est de l’ordre de l’évidence pour tout un chacun. Que, malgré ce sinistre paysage politique, il soit possible de relever ce défi : voilà qui relève d’une démonstration à mener.

Assurément, nos positions en la matière demandent à être mieux connues et sans doute avons-nous à les rendre plus accessibles. Ce n’est pas le moindre préalable et appelle le renforcement du Parti communiste et une édition 2016 puissante de la Fête de l’Humanité.
Pour autant, le doute, profond dans notre peuple, sur la politique vient là encore nous rattraper. Lancinante et dubitative interrogation : peut-on, ensemble, changer vraiment le cours des choses ? Sur ce chemin comme sur tous, s’impose ainsi la question de cette indispensable confiance populaire dans la capacité collective de faire, de faire nombre, de faire la bascule.

C’est parce qu’en force de proposition et en force d’écoute, nous prenons cette question au sérieux, que notre congrès a retenu cette démarche d’ampleur, précisément tournée vers cet objectif : « Que demande le peuple ? ». C’est parce que la crédibilité de l’action collective comme réponse efficace pour préserver le bien commun est aussi en jeu le 15 septembre contre cette loi Travail si résolument refusée, que nous avons déployé, déployons et allons déployer encore tant d’énergie pour en faire un succès. Dans les deux cas, et aussi loin que cela puisse paraître aux observateurs superficiels et modestement intéressés à la résolution des problèmes populaires, quelque chose se joue dans notre capacité aujourd’hui et demain à relever le défi du terrorisme et tous ceux qu’ensemble, il faudra bien relever aussi. 

Guillaume Roubaud-Quashie, directeur de La Revue du projet

La Revue du projet, n°59, septembre 2016
 

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