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99 %, Pierre Laurent

Le Cherche Midi, 2016

Par  Maxime Cochard

Avec 99 %, Pierre Laurent intervient avec force dans le champ politique. Écrit au mois de février pour que la plus large majorité des citoyens se réapproprie la mobilisation politique, le livre du secrétaire national du PCF sort en plein mouvement social contre la loi travail. Syndicats à l’offensive, cortèges fournis, citoyens massivement concernés, nouvelles générations en voie de politisation, nouvelles formes d’intervention avec les pétitions en ligne, les Nuits debout ou la mobilisation des Youtubeurs : c’est peu dire que 99 % tombe à pic.
Innovant, cet écrit n’est pas un livre centré autour d’une personne mais bien un essai de désenfumage à l’attention du plus grand nombre. Il propose un style simple et des arguments tranchants au service de la bataille idéologique. Car il y a fort à faire pour convaincre les Français. Les politiques seraient tous pourris, les partis dépassés, et les principaux problèmes de nos économies seraient le coût du travail ou l’immigration et non l’échec du capitalisme… Pierre Laurent entend éventer ces contre-vérités qui paralysent la société française. Il s’appuie sur un fait aussi choquant que désormais incontestable : 1 % de la population possède plus que tous les autres. Ils sont peu mais ils ont tout.
C’est un tableau de cette puissante oligarchie que propose le premier chapitre : les inégalités planétaires qui battent tous les records, la finance folle, le hold-up de la crise de 2008, le patronat à l’offensive, l’Europe sous contrôle de la Troïka, la mainmise des grandes fortunes sur les média et les instituts de sondage, le pourrissement organisé de la démocratie, la corruption et la mise en valeur systématique du FN… Le 1 %, c’est la classe bourgeoise décrite par Marx et Engels en 1848 telle qu’elle a évolué : aujourd’hui, entre autres nouveaux outils de domination, les propriétaires des moyens de production et d’échange peuvent exfiltrer leurs milliards dans les paradis fiscaux… En décrivant les méfaits de cette oligarchie internationale et de ses représentants français, l’auteur invite le plus grand nombre à reprendre conscience de la permanence de la lutte des classes et de sa violence.
Face au rouleau compresseur du 1 %, Pierre Laurent met en avant le pouvoir citoyen. S’il est si important de clamer que « nous sommes les 99 % », c’est parce que la masse des citoyens dispose en réalité d’un pouvoir immense, celui du nombre. Rien ne fait plus trembler les puissants que la mobilisation populaire. Et cette vague, qui commence à déferler contre la loi El Khomri, peut faire tomber toutes les bastilles : le capital, les divisions au sein du peuple, l’omerta médiatique autour de nos idées, les institutions asphyxiantes de la Ve République… Classes populaires et classes moyennes ont un intérêt commun au changement, c’est devenu irréfutable en Grèce où la nécessité d’en finir avec l’austérité et de restaurer les protections sociales a conquis la majorité de la population. Cela nécessite de conscientiser la population, d’activer la participation de tous, de remettre en selle l’engagement militant. L’enjeu, en France, est de donner une nouvelle force aux propositions des communistes : il nous faudra devenir « notre propre média ».
99 % est aussi et enfin l’occasion d’esquisser la vision de Pierre Laurent pour le PCF avant les échéances politiques importantes : « Pas moi, nous ». Il s’agit de travailler à un processus collectif et rassembleur qui casse les logiques de personnalisation si prégnantes dans le champ politique. La grande consultation nationale « Que demande le peuple ? » constitue d’ores et déjà une mise en pratique du livre. Mobiliser les 99 % n’est pas un projet utopique de long terme, c’est ce à quoi les communistes s’attellent dès maintenant. « Si nous nous organisons, nous pouvons “réveiller la force” et rebattre les cartes. Notre temps est venu, le temps de la révolution politique. » 

La Revue du projet, n° 58, juin 2016
    
 

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