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Être de droite, Gérard Streiff

C’est quoi « être de droite » ? L’institut Harris Interactive a interrogé un large panel pour savoir ce que les Français pensent de la droite et surtout pour mesurer l’état d’esprit des personnes qui s’autodéfinissent comme « de droite » : valeurs, propositions, modèles…

L’enquête réalisée début mars auprès de 2 000 personnes par Harris avait été commandée par Valeurs actuelles, un journal très à droite. L’enquête est par moments complaisante (commanditaire oblige) mais le résultat mérite notre attention.
Harris s’est interessé aux sondés se définissant eux-mêmes comme « de droite », soit des personnes qui, sur un axe politique, se positionnent « au centre-droit », « à droite » ou « très à droite ». Les auto-définitions sont variées. Certains se disent « contre la gauche », ce qui est davantage le cas des sondés Front national. D’autres mettent en avant des valeurs de « respect », chez des gens de l’Union des démocrates et indépendants notamment, ou de « travail », ce qui est beaucoup le cas des sympathisants Les Républicains (LR).
La note détaillée de Harris souligne ensuite qu’une des caractéristiques qui reviennent le plus, au Modem par exemple, c’est : « être de droite, c’est être libéral ».
77 % des personnes se déclarant proches de la droite se définissent comme libérales (dont 22 % tout à fait). Ils sont encore 70 % à se définir comme « gaullistes » (28 % tout à fait) et 63 % « nationalistes » (20 % tout à fait). Moins d’un tiers se disent « souverainistes ». Les sondés Front national, ici, se distinguent : ils sont « nationalistes » à 84 %, « souverainistes » à 45 %, « libéraux » à 60 % et « gaullistes » à 61 %.

Dans la hiérarchie des valeurs de droite, on trouve « la liberté » (64 %), le « travail » (62 %), la « famille » (60 %). L’égalité n’est pointée qu’à 44 % et la fraternité à 38 %.
Curieusement, si les gens de droite se disent « libéraux », le « libéralisme » n’a la cote que chez 24 % des sondés (15 % au FN). Comme si ces gens, libéraux dans l’âme, avaient honte du libéralisme.
La note Harris montre ensuite que les gens de droite privilégient plus les valeurs « liées à une exigence individuelle » (travail 62 %, responsabilité 59 %, mérite 57 %) que les valeurs évoquant « un ordre collectif » (sécurité 58 %, éducation 57 %, justice 51 %).
L’État n’est connoté très positivement que par 26 % d’entre eux, chiffre faible qui s’explique en partie par l’image de l’État-Hollande chez ces personnes mais surtout par une détestation croissante de l’État. Une posture très idéologique alors que la droite prétend tenir à distance les « idéologies » dont la cote d’amour est faible : conservatisme 10 %, capitalisme 10 %, féminisme 17 %, libéralisme 24 %, humanisme 35 %.
« La religion est perçue avec ambivalence », dit Harris : 13 % des sondés de droite en ont une image très positive mais 37 % saluent la « laïcité » (compris sans doute dans un sens étroit).
Les valeurs financières (marché, argent) n’ont une connotation « très positive » que chez un sondé sur cinq, les « frontistes » se montrant un peu plus séduits que les autres électorats de droite.

Les trois droites
Quand on les interroge sur 2017, ces sondés de droite sont, à l’égard de leur candidat, dans une double attente : au plan politique, la répression ; au plan économique, le recul de l’État.
Ils disent souhaiter « une intransigeance envers des figures incarnant à leurs yeux une certaine dérive » : comme mesures prioritaires, ils optent, pêle-mêle, pour frapper d’inéligibilité tout élu condamné pour détournement de fonds publics, corruption ou fraude fiscale (77 %), supprimer les aides sociales aux personnes reconnues coupables de fraudes (76 %), expulser les délinquants étrangers (72 %), supprimer l’aide médicale aux étrangers en situation irrégulière (61 %).
La volonté de réduire le poids de l’État dans l’économie est forte : il faut alléger les cotisations sociales des entreprises (72 %), diminuer la dette de la France (71 %), réduire les impôts (61 %).
Là est le socle de base du citoyen de droite modèle 2016 : libéral et autoritaire. Avec un rapport ambivalent à l’État. On veut à la fois que l’État s’affirme pour réprimer et que l’État s’efface en économie.

Mais là encore, nuançons : la femme, l’homme de droite est libéral avec des nuances. Une personne de droite sur deux souhaite abroger en priorité les 35 heures (51 %), certes ; et elle attend « des réformes en profondeur du système social français » comme la fin du statut de fonctionnaire (47 %), la réduction des contrôles pour les entreprises (36 %), mais elle ne juge « pas prioritaire » de remettre en cause les fondements du modèle social français, pour reprendre la formulation des sondeurs.
La suppression de l’ISF n’est prioritaire que pour 28 % des sondés ; donner aux Français le choix entre la Sécurité sociale et une assurance privée n’est prioritaire que pour 22 %.

De la même manière, cet électorat ne juge pas « particulièrement prioritaire » de revenir sur les lois de l’ère Hollande, ce qui peut se comprendre concernant les axes sociaux libéraux du pouvoir, mais seuls 20 % par exemple se prononcent pour l’abrogation de la loi sur le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels.
Quelles sont les figures historiques qui hantent cette population de droite ? Jeanne d’Arc (67 %), associée à l’idée de « libération » de la France, Henri IV (34 %), Napoléon (20 %) et Louis XIV (18 %). Bref, un imaginaire entre le Moyen Âge et l’époque moderne, les contemporains venant loin derrière : Clemenceau (12 %), de Gaulle (9 %), comme Clovis…
Les lieux de mémoire privilégiés à droite sont les plages de Normandie (40 %), Versailles (33 %) ou l’Arc de Triomphe (31 %), les espaces religieux venant ensuite : Notre-Dame de Paris (28 %), le Mont-Saint-Michel (20 %) ou le Sacré-Cœur (8 %). Douaumont est cité par 16 %, comme la place de la République. Suivent Colombey-les-Deux-églises (13), le Mont-Valérien (8) comme le Puy du Fou.
Quant aux personnalités de droite les plus saluées, on trouve dans l’ordre Alain Juppé, Le Maire, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen.

L’enquête permet aussi, selon les sondeurs, de distinguer plusieurs familles de droite. On se souvient que René Rémond, dans un ouvrage qui reste, depuis 1954, la bible des étudiants en sciences politiques, Les Droites en France (voir encadré) évoquait trois familles de droite, issues de 1789 : les légitimistes, les orléanistes et les bonapartistes.
Au-delà de valeurs qui leur sont largement communes (libéralisme, individualisme), Harris croit utile de repérer également trois droites. La première, disons centriste, plutôt Modem et UDI, se dit libérale mais pas nationaliste ; il faut moins d’État, pas forcément plus de répression. La deuxième, majoritairement LR, se présente comme libérale et gaulliste. La troisième, qui penche vers le FN mais mord sur LR, se dit nationaliste, ou souverainiste, répressive et antieuropéenne. n

Les trois droites de René Rémond

Dans Les Droites en France, René Rémond développe sa démonstration autour de trois axes. D’une part, il affirme que la dualité droite/gauche structure la vie politique en France, ce qui était contesté à l’époque de la première publication en 1954 (droite et gauche étaient alors divisées et les gouvernements au pouvoir reposaient sur des majorités parlementaires larges à cheval sur la droite et la gauche). D’autre part, il avance une thèse novatrice selon laquelle il n’y aurait pas en France une seule droite, mais trois, issues des conflits de la Révolution française :  légitimiste (droite contre-révolutionnaire), orléaniste (droite libérale) et bonapartiste (droite césarienne). Tout au long de son ouvrage, il s’efforce de retrouver dans chaque courant de la droite l’essence de ces trois idéologies, et analyse successivement les divers avatars de la droite pour y déceler l’héritage du légitimisme, de l’orléanisme et du bonapartisme. Ainsi, troisième axe, son étude met en évidence une continuité, une filiation entre les diverses expressions de chacune de ces tendances au sein de la droite depuis le début du XIXe siècle. Ainsi, le régime de Vichy se rattache essentiellement à la droite contre-révolutionnaire ; Antoine Pinay ou Valéry Giscard d’Estaing relèvent de la filiation orléaniste et le gaullisme est issu du bonapartisme.
Sources Wikipédia

La Revue du projet, n° 58, juin 2016
 

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