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Droites populistes en Europe, Elisabeth Gauthier, Joachim Bischoff et Bernhard Müller

Éditions du Croquant, 2015

Par Igor Martinache
Triste consolation : la montée de ce qu’il faut bien appeler l’extrême droite n’est pas une spécificité française, mais concerne bel et bien l’ensemble du continent, avec toutefois d’importantes nuances selon les contextes sociopolitiques nationaux. Pour affronter ce phénomène, tant intellectuellement que par l’action militante, il importe donc de ne pas s’en tenir à un cadre hexagonal, mais de se mettre au niveau européen. C’est ce que propose ce petit ouvrage écrit à six mains, initialement paru en allemand. Ses auteurs proposent ainsi une présentation en trois temps du phénomène en question, suivant une trame assez classique : état des lieux, analyse des facteurs et pistes d’action. Dans un premier temps, ils présentent ainsi les traits caractéristiques de ce qu’ils qualifient de « droite populiste modernisée » pour la distinguer de l’extrême droite traditionnelle, en pointant les glissements tactiques opérés par les formations concernées pour acquérir une aura de respectabilité, et donc d’éligibilité : détachement vis-à-vis du fascisme, défense d’une certaine démocratie directe, vernissage culturel du racisme et un renouvellement de l’imagerie des « ennemis », où les juifs ont laissé la place aux musulmans, mais aussi à tous les défenseurs du multiculturalisme, du « politiquement correct » ou encore de l’intégration européenne. Trois thèmes structurent ainsi au-delà des différences le discours porté par cette extrême-droite new look : la dénonciation des élites politico-économiques, le rejet de l’Union européenne et la volonté d’exclure de la protection sociale les migrants et ceux qui ne « voudraient pas travailler ». Après avoir dressé une cartographie détaillée, pays par pays, des partis qui se rangent sous cette bannière – complétée en fin d’ouvrage par la présentation plus approfondie de trois cas : France, Allemagne et Suède – les auteurs pointent des facteurs socio-économiques de leur « succès » dans les urnes : le creusement d’une fracture sociale, et surtout le ressentiment croissant qui l’accompagne et que ces entrepreneurs politiques savent jusqu’à présent mieux que quiconque canaliser à leur profit. Dès lors, il s’agit, expliquent finalement les auteurs, pour la gauche de proposer « une réponse nouvelle, originale et créative à la question de savoir si la politique peut encore produire des effets positifs ». Question complexe s’il en est, comme ils le reconnaissent, qui consiste néanmoins à savoir stallier avec les mouvements de la société civile déjà engagés sur ces voies, sans chercher simplement à les instrumentaliser, et à produire une stratégie crédible de dépassement du capitalisme financiarisé, par laquelle les gouvernements successifs ont organisé leur propre « impuissance ». La tâche est ardue mais pas impossible, comme le montrent les succès, certes non dénués de contradictions, de Syriza ou Podemos.

La Revue du projet, n° 56, avril 2016
 

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