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Concevoir une production respectueuse de l’environnement, Hervé Bramy*

Les dégâts causés par l’exploitation capitaliste des ressources naturelles appellent un nouveau mode de production et de consommation.

Le productivisme est ce système qui augmente sans cesse la production et la productivité sans en mesurer les conséquences pour l’homme et la nature. Le capitalisme mondialisé et financiarisé est le moteur de cette vision du développement.

La course effrénée au profit immédiat
Notre condamnation de la dimension productiviste du capitalisme repose sur un constat : la course effrénée au profit immédiat est incompatible avec les temps longs des écosystèmes pour survivre et se régénérer. Cette vision court-termiste sert la concentration entre quelques mains (1 %) des richesses du monde. Ainsi la surexploitation des hommes comme des ressources naturelles est au centre des contradictions capital/travail mais également capital/nature.
La révolution industrielle a permis une fantastique accélération de la production et de la productivité sans que celles-ci permettent encore aujourd’hui, au plus grand nombre, de bénéficier de véritables améliorations de conditions de vie comme de la protection du milieu naturel.
Pour certains, le remède consiste à condamner définitivement le progrès, notamment scientifique et technique, du fait de sa captation au service du profit. Cette critique est pour une part recevable. Toutefois nous ne saurions la soutenir dans sa totalité. Car il nous faut lever une ambiguïté. Ce ne sont pas les avancées scientifiques et techniques qui sont responsables des
désordres du monde mais l’utilisation qui en est faite par les acteurs économiques et politiques. Nous ne portons pas la croyance en un perfectionnement global et linéaire de l’humanité. Le progrès représente plutôt une potentialité au service du progrès humain, social et environnemental. C’est sur cette analyse que s’appuie notre ambition d’assurer le développement d’une industrie respectueuse de l’environnement et de la préservation des ressources naturelles afin de satisfaire les besoins essentiels des populations.
Le productivisme place le milieu naturel sous pression permanente. L’essentiel des productions se réalise par l’exploitation et l’utilisation des ressources de la planète. Or il imprime un rythme effréné aux extractions de minerais et de ressources carbonées (charbon, pétrole, gaz). Nous le savons, leurs réserves sont limitées et, pour ces dernières, leur utilisation altère l’atmosphère et affecte le climat. Pour le pétrole il est admis que nous avons atteint le Peak-Oil (mo­ment où la production est à son maximum, celle-ci ne pouvant que décroître ensuite). Par ailleurs, on constate les dégâts à l’environnement liés à l’exploitation des gaz et pétrole de schistes.
L’ampleur des prélèvements sur la biodiversité est également très contestable. Ainsi la logique de rentabilité économique et financière dégrade et provoque la disparition d’espèces comme de leurs habitats. Le recensement de la disparition d’espèces végétales ou animales est effrayant. C’est le résultat, entre autres, de la chasse intensive, de trafics exotiques, de la disparition d’écosystèmes pour les animaux… C’est la déforestation pour l’agriculture comme par exemple celle liée à la production d’huile de palme dont l’enjeu d’une certification de la filière afin de soutenir la production et préserver la forêt est au cœur des relations entre le Nord (où sont concentrées les industries de transformation) et le Sud (où vivent et travaillent les producteurs).
Ainsi notre mode de développement actuel suscite pour le moins des dégradations du milieu naturel qui peuvent s’avérer catastrophiques pour la survie d’espèces jusqu’à des situations irrémédiablement tragiques comme leur épuisement ou leur disparition.

Notre perspective : le développement humain durable
Dans sa conception, le capitalisme produit le plus souvent en masse et c’est au marché de réguler l’écoulement des produits en usant de stratégies consuméristes que nous réprouvons. Dans ces conditions le marché devient producteur d’énormes gâchis.
Nous devrions agir pour faire évoluer le droit international de l’environnement. Il permet de protéger et réprimer les atteintes à la nature. Par contre il n’existe aucune réglementation réelle qui régit le rythme d’exploitation des ressources naturelles : il faut les créer.
Nous devons refuser les stratégies libérales de compensations telles les marchés carbones qui ont fait la démonstration de leur échec ou « banques » d’actifs naturels introduits dans la loi biodiversité et sortir des griffes du marché les biens communs vitaux tels l’eau, les sols, l’air…
Nous devons porter plus haut l’enjeu d’un développement responsable et d’une croissance maîtrisée dans son contenu : ni croissance financière, ni croissance de biens de consommation inutiles. Élaborer de nouveaux indices de développement humain. Voilà un enjeu d’importance pour nourrir notre perspective : le développement humain durable.
Nous devons agir pour un nouveau mode de production et de consommation, développer systématiquement l’écoconception, bâtir un système d’économie circulaire, accroître la recherche dans de nouvelles technologies telles les biotechnologies par exemple.
Défricher ces possibles nécessite un large débat public mondial avec des citoyens éclairés sur tous les enjeux. La sauvegarde des biens communs de l’humanité est à ce prix.

*Hervé Bramy est membre du comité du projet. Il est animateur du secteur Écologie du Conseil national du PCF.

La Revue du projet, n° 56, avril 2016
 

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