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L'apport du PCF à l'écologie, Roland Charlionet et Luc Foulquier*

Au tournant des années 1968, le PCF s’est saisi de l’analyse de la dialectique être humain-nature développée par Karl Marx et Friedrich Engels pour préciser au rythme des congrès et des écrits sa pensée sur l’écologie.

On pourrait pour mettre en valeur les apports du PCF à l’écologie, prendre appui sur les nombreuses réalisations des communistes dans les communes et les départements dont ils ont partagé la responsabilité de gestion. Cela montrerait avec éclat l’importance de leurs actions dans ce domaine. Mais ce n’est pas le propos de cet article. Nous voulons plutôt souligner l’indispensable apport théorique et pratique que constitue l’analyse de la dialectique être humain-nature développée par Karl Marx et Friedrich Engels et comprendre comment le PCF s’en saisit et l’actualise notamment à partir des années 1970.

Antagonisme entre le capitalisme et l’environnement
La pensée marxienne en écologie peut être résumée ainsi :
- inscrire toute activité humaine dans les cycles naturels, car l’homme appartient à la nature ;
- reconnaître le double rôle de l’humain comme producteur et con­som­mateur, lui permettant par l’intermédiaire de son travail, de rendre la société compatible avec le renouvellement des écosystèmes ;
- analyser concrètement le métabolisme des rapports homme-nature pour déceler et combattre à chaque instant toute contradiction entre eux ;
- développer les biens communs de l’humanité.

L’antagonisme entre le capitalisme et l’environnement était évident pour les socialistes du XIXe puis les communistes du début du XXe siècle (bien plus qu’il ne l’est aujourd’hui pour la majorité des écologistes). L’influence de la critique de Marx sur la question environnementale se manifeste dans les écrits et les actions de penseurs marxistes majeurs, comme par exemple Karl Kautsky (qui évoque déjà en 1899 le cercle infernal des engrais !), Nicolaï Boukharine (qui, dans son ouvrage La théorie du matérialisme historique en 1921, aborde les problèmes écologiques en s’appuyant notamment sur l’équilibre qui doit s’instaurer entre la société et la nature), ou parmi bien d’autres, Vladimir Lénine (qui fonde en 1919, dans le sud de l’Oural, la première réserve naturelle établie par un gouver­nement à des fins exclusives d’étude scientifique de la nature et qui participe efficacement dans ses livres et déclarations à l’approfondissement de la problématique environnementale). À la mort de Lénine, Staline triomphe et beaucoup d’écologistes sont accusés de bourgeoisie de telle sorte qu’à la fin des années 1930 le mouvement écologique soviétique est décimé, la déconnexion de la pensée soviétique des questions écologiques s’installe et le productivisme prend le dessus. Cette évolution touche également – plus ou moins fortement – le mouvement communiste occidental jusqu’à une époque relativement récente, avec cependant de grandes exceptions de personnalités savantes travaillant dans les sciences de la nature et se réclamant ouvertement du marxisme tels en France, Marcel Prenant (Bio­logie et marxisme,1935 réédité en 1948), et l’école anglo-saxonne qui va du britannique J.B.S. Haldane (La philosophie marxiste et les sciences, 1946) jusqu’à l’américain J.-B. Foster (Marx écologiste, 2011).

Le PCF et la pensée écologique
Concernant le Parti communiste français, la renaissance d’une pensée écologique marxienne commence à se manifester après 1968. Les prémisses en furent les luttes pour l’arrêt des essais nucléaires. Frédéric Joliot-Curie notamment animait la campagne mondiale contre le péril atomique et en novembre 1959 la revue Recherches Internationales édita un numéro spécial Explosions nucléaires et retombées radioactives. Mais c’est à la fin des années 1960 que le PCF s’organise pour impulser une véritable réflexion collective sur l’écologie.
Dès 1968-69 sous l’impulsion de René Le Guen et Roland Leroy se met en place une commission qui travaille les questions scientifiques et techniques du moment. Ce travail débouche sur la création de la revue Avancées scientifiques et techniques. Elle fournit un travail remarquable sur le problème de l’énergie notamment et permet au PCF d’aborder la crise du pétrole de 1973 avec de bonnes analyses. La commission, appelée alors Environ­nement, publie en novembre 1975 un texte servant de base au rapport que Pierre Juquin présente ensuite au Comité Central de 1976 : « Les communistes et le cadre de vie ». Le PCF est alors le premier parti qui réunit son instance dirigeante sur un sujet écologique ! À la tête de la commission se succèdent plusieurs animateurs et animatrices dont le rôle sera d’impulser et coordonner les luttes, de produire des articles et des livres et de mettre à disposition des militants et élus du Parti des informations sur l’environnement. Et le travail de la commission ne tarde pas à se voir, notamment par le traitement de l’écologie et de l’environnement dans les textes de congrès.

En 1976, le 22e Congrès mentionne l’écologie, certes dans un seul petit paragraphe : « …Le capitalisme dégrade et gaspille la nature. La société que nous voulons mettra au premier plan de ses préoccupations la protection et la mise en valeur rationnelle de la nature, le maintien des équilibres écologiques, la préservation des liens des hommes avec la nature… ». Au 23e Congrès (1979) un autre petit paragraphe confirme : « …À l’opposé d’un productivisme aveugle, nous luttons pour mettre en valeur la nature et même l’enrichir, en prenant en compte les nécessités écologiques, en développant le recyclage des produits et les techniques antipollution… ». Des précisions sont apportées dans les congrès suivants et en 1990, au 27e Congrès, un chapitre entier s’intitule : « Nous voulons protéger et valoriser l’environnement ». C’est un tournant car toutes les questions sont posées : déchets, pollutions, normes, techniques de production, stockage, recyclage, transports, sécurité, le bruit, l’eau, la pêche, la chasse, les accords internationaux, l’énergie, la conception des rapports homme-nature, l’ampleur de la révolution scientifique, technique et informationnelle ainsi que le rôle de la science dans la protection de la nature. Le PCF renoue dès lors avec la tradition marxienne sur l’écologie. Cela se précise et s’amplifie dans les congrès suivants jusqu’au dernier en date, le 36e (2013), au cours duquel l’écologie occupe une place centrale : « L’Huma­nifeste » commence à bâtir un projet de société qui lie le social et l’écologie dans un communisme de nouvelle génération. Il n’y a plus LE paragraphe consacré à l’écologie, car la question écologique imprègne tout le document. Certes on y trouve des propositions concrètes, des axes de réflexion mais ce n’est plus une démarche strictement programmatique. Au contraire, les portes sont grandes ouvertes vers un travail pratique et théorique impliquant que le regard sur les rapports homme-nature soit à la hauteur des enjeux d’aujourd’hui : ni écocentré, ni anthropocentrique, mais les deux à la fois ! Il s’agit d’une visée qui ne coupe pas la lutte des classes en morceaux et englobe une réflexion dialectique sur le local et le mondial. Cette manière de vouloir « rallumer les étoiles » se retrouve dans les publications du PCF (Progressiste, La Revue du Projet, Économie et Politique…) qui chacune aborde à de nombreuses reprises les différents aspects des problèmes écologiques actuels. Parmi les ouvrages marxistes publiés dans les décennies récentes sur l’écologie et en ne citant que quelques exemples, on peut commencer par le livre de Guy Biolat en 1973 (Marxisme et environnement, Ed. Sociales), continuer avec l’important travail éditorial de Sylvie Mayer (en particulier en 1990 Parti pris pour l’écologie et en 1996 Quelle planète lèguerons-nous ? Ed. Sociales Messidor), puis dans la dernière période les ouvrages en 2010 de Paul Sindic (Urgences climatiques, Le temps des cerises), d’André Chassaigne (Pour une terre commune, Arcane 17), en 2011 de Pierre Laurent (Le nouveau pari communiste, Cherche midi, ainsi que l’ensemble des discours qu’il a prononcés depuis sur l’écologie), en 2013 de Louise Gaxie et Alain Obadia (Nous avons le choix – pensez le souhaitable pour ouvrir d’autres possibles, Fon­da­tion Gabriel Péri) ainsi que de Roland Charlionet et Luc Foulquier (L’être humain et la nature, Quelle écologie ? Fondation Gabriel Péri) dans lequel la liste, encore non-exhaustive, des publications communistes sur l’écologie, de 1959 à 2013, peut être trouvée. Nous citerons enfin Gérard Le Puill et ses très nombreux articles dans l’Huma­nité et l’Humanité Di­man­­che ainsi que ses ouvrages dont le dernier vient de paraître pour la COP21 : L’écologie peut encore sauver l’économie : Paris climat 2015, Editions. Pascal Galodé.
Manifestement une pensée marxien­ne sur l’écologie est de retour.  Qu’on se le dise !

*Roland Charlionet est biologiste. Luc Foulquier est ingénieur et radioécologue. Ils sont membres de la commission Écologie du Conseil national du PCF.

La Revue du projet, n° 56, avril 2016
 

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