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Europe, l’expérience grecque. Le débat stratégique, Alexis Cukier, Pierre Khalfa (dir.)

Éditions du Croquant, 2015

Par Victor Laby
Depuis l’arrivée de Syriza au pouvoir en Grèce, les forces de gauche européennes ont partout débattu de la stratégie qui devait être adoptée par Tsipras face aux gouvernements conservateurs coalisés. Les divergences qui existaient alors au sein de la gauche radicale européenne, par exemple sur la question de la sortie de l’euro ou sur l’échelle (nationale ou européenne) à laquelle il convient de mener la lutte contre l’austérité, se sont creusées après la signature forcée d’un troisième mémorandum par le chef du gouvernement grec.
Ce petit livre des éditions du Croquant constitue une parfaite synthèse de ces discussions. On passera rapidement sur l’intervention d’Alexis Cukier, qui voit en Tsipras le chantre de l’austérité à la solde de l’eurogroupe et fait du PCF un parti pour lequel « il n’y aurait pas d’alternative au néolibéralisme ».
Il en va autrement de l’article de Frédéric Boccara. Celui-ci mérite une attention particulière. Pour l’économiste, « le devoir d’une gauche digne de ce nom n’est pas de prétendre soutenir Tsipras en vantant son imaginaire ralliement à l’austérité [...], mais de le soutenir vraiment en élargissant le front de lutte européen contre l’austérité, et en le faisant porter pour des financements allant de la création d’emplois et de richesses, aux services publics, ainsi que pour la restructuration de la dette. »
Étienne Balibar et ses confrères philosophes ne disent pas autre chose. Il s’agit pour eux d’intensifier le combat à l’échelle du continent pour qu’enfin émerge une Europe solidaire. C’est elle qui donnera un nouveau point d’appui à l’extraordinaire puissance démocratique qui s’est manifestée en Grèce il y a quelques mois avec la victoire du OXI (non). Car, comme le rappelle justement Balibar, ce qui a placé Syriza dans la situation où elle se trouve aujourd’hui, c’est dans une grande mesure l’insuffisance d’un rapport de forces européen favorable.
Quant à un éventuel retour aux monnaies nationales, les avis sont là aussi partagés.
D’un côté, Alexis Cukier et Cedric Durand reprennent une structure argumentative apparemment radicale… Sortir de l'euro et essayer de reprendre le flambeau des luttes nationales en s’insérant dans les combats internationalistes sans relais européens.
De l’autre, Pierre Khalfa, coprésident de la fondation Copernic, met en évidence le coût que représenterait pour le peuple grec un retour à la drachme. Pour lui comme pour Frederic Boccara, ce sont les forces dominantes qui balisent le débat. La seule alternative serait « restez dans l’euro sans rien changer ou sortez-en ».
Catherine Savary (membre fondateur d’Espaces Marx) reprend la même rhétorique et rappelle « qu’aucune monnaie au monde n’a nulle part empêché une diversité de politiques possibles, voire de changements de système », n’en déplaise à ceux qui semblent avoir oublié que bien avant l’adhésion à l’euro, les libéraux imposaient déjà dans toute l’Europe des cures d’austérité. n

La Revue du projet, n° 55, mars 2016
 

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