La revue du projet

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Ariège : À la recherche de nouvelles perspectives

À Sabarat dans l’Ariège, voilà une vingtaine d’années que les communistes ouvrent annuellement un « espace citoyen » d’échanges politiques. Au-delà des adhérents du PCF, le rendez-vous « Sabarautomne », tel qu’ils l’appellent, réunit les progressistes des vallées de l’Arize et de la Lèze pour plusieurs débats. Parmi eux, l’atelier « Que peut-on faire aujourd’hui » auquel Guillaume Roubaud-Quashie, directeur de La Revue du projet, participe est l’occasion d’évoquer le texte La France en commun et sa triple ambition : projet, programme, mesures d’urgence.

Par Léo Purguette*

Ça n’a pas été le débat le plus simple, les gens sont pessimistes, beaucoup sont aigris, constatent tout ce qui ne va pas sans trouver d’issue, on milite dans un département où c’est très socialiste et donc très engourdi », résume Josée Fouque, secrétaire de section à l’indéniable franc-parler. « Mais Guillaume a bien relevé le gant », sourit-elle. Au cœur des échanges : l’importance de redéfinir un projet communiste de notre temps pour redonner de la lisibilité, de la cohérence et de la visibilité aux batailles militantes. « Je pense qu’on a tout intérêt à le faire, il faut qu’on fasse savoir ce qu’on veut, ce qu’on propose, après on peut s’allier à d’autres, largement », estime Josée Souque qui rapporte les interrogations de plusieurs participants sur la campagne des régionales menées en Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon en alliance avec EELV. « Il y a une envie qu’on retrouve nos couleurs, pas pour se faire plaisir mais pour poser les vraies questions et apporter les solutions sur les salaires, les retraites, les services publics » ajoute-t-elle, considérant que c’est en affrontant le Front national, projet de société contre projet de société,  qu’on pourra le faire reculer. La secrétaire de section alerte sur « les choses affolantes que l’on entend chez les personnes âgées en zone rurale, sur les étrangers notamment ». Dans le débat on considère qu’il est plus urgent de désamorcer les « bombes à retardement que sont le chômage et la misère » que de faire campagne en « tentant de se calquer » sur des constructions politiques existant dans d’autres pays européens. Pour plusieurs participants, il faut « des élus qui fassent plus de politique quand ils sont en responsabilité », mais un autre pointe les difficultés rencontrées par un PCF « qui perd des élus quand la gauche gagne et qui perd aussi des élus quand la gauche perd ».
Et pourtant à l’échelle locale des exemples permettent d’espérer : « je pense à un copain, le maire de Pailhes, Yvon Lassalles, qui pratique beaucoup la démocratie participative dans son petit village, qui est agriculteur, qui travaille sur l’écologie », indique Josée Souque.
Côté intervenant, Guillaume Roubaud-Quashie, confirme que, comme ailleurs en France, il ressent en Ariège « le désarroi et l’abattement, créés par l’austérité et le manque de perspective ». Pour lui, La France en commun est un outil de riposte idéologique, une affirmation de l’idée « qu’il est possible de faire autrement ». La question posée dans le marasme actuel est selon lui « comment est-ce qu’on avance ? » Guillaume Roubaud-Quashie croit à la vertu des batailles locales à condition qu’elles soient « pensées et mises en œuvre » dans une cohérence, celle du projet communiste. « Alors que notre peuple est partiellement désespéré à force de se voir expliquer que plus rien n’est possible, emporter des victoires locales c’est faire la démonstration concrète, dans la vie, du contraire », insiste-t-il. Pour cette raison, il appelle à se saisir de la dernière partie du texte qui liste des mesures d’urgence proposées par le PCF. « Il ne faut pas forcément les prendre comme telles, elles ont une caractéristique commune : elles sont perçues comme positives et crédibles par une large majorité », argumente le directeur de La Revue du projet. « Cela appelle des campagnes larges qui font converger les différentes batailles locales au plan national pour mobiliser un nombre important de personnes et les gagner », affirme-t-il convaincu que malgré « la terreur suscitée par Daech, la montée du FN qui est une réalité qui s’ancre et qui est utilisée de manière malsaine par une partie de nos gouvernants à travers la scandaleuse mesure de la déchéance de la nationalité, le pays ne vire pas majoritairement fasciste ». Dans la période, Guillaume Roubaud-Quashie estime que les communistes ont la responsabilité d’être à l’initiative et de multiplier les mobilisations populaires comme autant de « portes d’entrée » vers une perspective de transformation sociale à laquelle la première partie de la France en commun donne du sens.

Trois questions à Xavier Compain*

De vraies solutions pour les éleveurs

Comment le texte La France en commun, traite-t-il de l’agriculture et la ruralité ?
Les éleveurs français mobilisés expriment leurs colères et inquiétudes. Un vaste plan social qui n’en porte pas le nom guette les producteurs de porcs bretons et plus globalement l’élevage français. Le diagnostic est connu, démantèlement des outils de régulation, libéralisation des marchés, dumping social, concentration de l’agriculture au profit des géants de l’agroalimentaire et de la grande distribution. Faute d’affronter le sujet de prix agricoles rémunérateurs, comme celui des travailleurs détachés en Europe, les mesures gouvernementales de l’été dernier n’auront été qu’incantatoires !
C’est donc vers un autre chemin, celui du progrès humain, de l’appropriation sociale, des biens communs qu’il faut faire route à gauche et avec courage. Face aux défis est posée l’émergence d’un nouveau mode de développement social et écologique. L’enjeu alimentaire interpelle nos civilisations.
Notre combat est celui d’en finir avec la faim. À tous niveaux, monde, Europe, France, les politiques agricoles et alimentaires doivent planifier la production, se réapproprier la régulation des marchés et accompagner la transition écologique de l’agriculture

Quelles mesures d’urgence concrètes propose-t-il sur lesquelles construire des batailles locales ?
À travers une série de chantiers prioritaires, nous tentons de dire ce qu’il nous semble essentiel de porter, de confronter, et devrait s’engager en action de gouvernement de gauche. En ce sens, nous voulons reconstruire une production nationale qui réponde aux besoins. Nous proposons la création de fonds de soutien de l’agriculture paysanne, aux filières alimentaires relocalisées, à l’installation de jeunes paysans, à la transition écologique du modèle de production agricole.
Ces mesures sont pour nombre d’entre elles au cœur des propositions, programmes, mandatures des candidats et des élus du PCF. Il est indispensable de vulgariser les expériences de relocalisation menées actuellement, de développer les ventes paysans/consommateurs aux prix justes, montrer comment nous sommes éco-communistes en partant de l’alimentation et du projet agricole que nous proposons.

Comment mettre en débat ce texte dans les zones rurales ? Quelle forme adopter pour en débattre ? Quelle porte d’entrée ?
Ce texte La France du commun, ces mesures d’urgence si nous avions la responsabilité d’un gouvernement de gauche, font écho dans l’actualité. En effet, la proposition de loi déposée en septembre dernier par nos parlementaires est à disposition pour apporter de vraies solutions aux éleveurs. Nous proposons de légiférer sur la réduction des marges et pratiques abusives dans la grande distribution.
Les prix agricoles doivent faire l’objet de négociations annuelles et pluralistes à travers des conférences sur les prix. L’indication d’origine des produits agricoles et de la mer, transformés ou non, doit être appliquée.
Crise porcine, grippe aviaire, foires agricoles, initiatives du PCF au Salon de l’Agriculture, débats en fédérations, formations militantes… sont autant de portes d’entrées multipliables pour en déployer l’appropriation la plus large, comme l’activité militante.

*Xavier Compain est membre du Comité du projet.
Il anime le secteur Agriculture, pêche et forêt du Conseil national du PCF.

La Revue du projet, n° 55, mars 2016
 

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