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Le logement social, réponse à l’urgence, Patrice Leclerc*

La situation est catastrophique et elle va continuer de s’aggraver en matière de droit au logement. Le logement social, habitation à loyer modéré, doit redevenir le logement pour toutes et tous les salariés (au travail ou hors travail), l’outil du droit au logement. La pénurie organisée ne doit pas nous faire reculer sur cet objectif. Bien au contraire !

La ville de Gennevilliers s’est construite par et autour du logement social. C’est la richesse de notre ville, notre orgueil que d’avoir ainsi, équipe municipale après équipe municipale, de Waldeck L’Huillier à aujourd’hui, essayé de répondre au droit au logement pour tous, un droit auquel nous ajoutons une exigence de qualité.
Nous sommes comme un îlot d’exception dans ce Grand Paris, et surtout dans ce bain d’idéologie dominante, de pensée unique qui fait croire que le logement social est synonyme de problèmes, de cas sociaux. Nous avons perdu une bataille idéologique parce que nous avons repris les mots de l’adversaire : « mixité sociale ». Nous avons participé à faire croire que le logement social est synonyme de difficultés sociales et non les difficultés sociales responsables des difficultés des personnes.
Les spéculateurs immobiliers, les libéraux qui préfèrent un peuple endetté à un peuple combatif, ont gagné cette bataille des mots.
Résultat : personne ne construit suffisamment de HLM, les loyers flambent dans le privé, les délais d’attente s’allongent pour avoir un logement, les riches refusent les constructions dans leur ville, accentuant ainsi leur tendance à vivre entre eux.
Les salariés, celles et ceux qui n’ont que leur salaire, leur pension de retraite, ou leur indemnité de chômage pour vivre, sont chassés de la petite couronne parisienne, ils doivent s’expatrier de plus en plus loin. Le sentiment d’humiliation, le ressentiment, ne peuvent que grandir quand son habitat est dénigré, stigmatisé. La confusion est bien entretenue entre grande barre et grande cité « difficile à vivre » et HLM, Habitation à loyer modéré. Les lois Boutin, les financements privilégiant l’aide à la personne et non l’aide à la pierre participent de la guerre idéologique autant que de la modification de la réalité des peuplements des HLM.

Des pressions inadmissibles contre le logement social
C’est donc sans honte que le Premier ministre « socialiste » veut interdire la construction de logements sociaux dans les quartiers qui en ont plus de 50 %. Il est en convergence totale avec le « Républicain » Patrick Devedjian qui refuse de subventionner le logement social à Gennevilliers avec le même raisonnement. Ils sont à peine plus souples que Valérie Pécresse à la tête de la région qui met le plafond à 30 %. 50 % ou 30 % comme plafond, alors que 89 % des habitants de la Région Île-de-France sont éligibles, de par leurs revenus au logement social. Ils sont employés, ouvriers, enfants de cadre, jeunes couples… Ils sont la majorité de la société française. C’est sur la base de telles conceptions qu’en 20 ans, le nombre de logements sociaux dans les Hauts-de-Seine a reculé, le peu de villes de droite qui sont au-dessus des 25 % de la loi SRU prennent cela comme un plafond et non un plancher ! Il y a pourtant des terrains puisqu’ils construisent des logements de standing.
Le cynisme du gouvernement et de la droite départementale est total sur cette question du logement. S’ils interdisent à la ville de Gennevilliers de continuer de construire du logement social pour, disent-ils, « ne pas aggraver la situation sociale de la ville », ils n’hésitent jamais à imposer à notre ville le règlement des situations d’urgence.
Ainsi, lors de l’évacuation du bidonville de la Petite ceinture parisienne qui s’est faite brutalement et « sans solution de relogement viable », j’ai pu constater que le gouvernement a relogé 19 familles à Gennevilliers, d’autres à Stains et aux Ulis.

Donc d’un côté, il utilise ce mauvais argument de lutte contre la pauvreté en empêchant la construction de logements sociaux dans les villes qui disposent d’un nombre normal de logements sociaux et de l’autre, quand il s’agit de reloger en urgence les personnes en difficulté sociale, il les impose toujours dans les mêmes villes.
Rappelons que c’est aussi à Gennevilliers qu’il a installé 42 personnes, demandeurs d’asile, qui squattaient devant une mairie d’arrondis­sement de Paris. Que c’est à Gennevilliers que l’État a imposé plus de 40 % des places de foyer du département des Hauts-de-Seine et qu’ADOMA, qui les gère, transforme leur destination, à la demande de l’État, en logement d’urgence. C’est aussi à Gennevilliers que l’État donne l’agrément à la Croix rouge pour réaliser plus de 800 domiciliations par an. C’est aussi dans les hôtels de Gennevilliers que le 115 de Paris loge de nombreuses familles.

Construire des structures d’accueil dans toutes les villes
Plutôt que d’empêcher notre ville de construire des logements pour répondre aux besoins des habitants, le gouvernement devrait avoir le courage d’imposer des constructions de logements sociaux dans toutes les villes qui n’en ont pas assez. Il devrait travailler à des solutions durables pour les personnes mal logées.
Il faut construire des structures d’accueil pour les situations d’urgence dans toutes les villes. Mais de nombreuses urgences ne sont des urgences que parce que la pénurie de logements sociaux est bien entretenue ! Les femmes battues n’ont pas seulement besoin d’une place en foyer, mais rapidement d’un logement digne pour vivre éloignées de ceux qui les martyrisent. Les mal-logés, celles et ceux qui sont exploités par les marchands de sommeil, avec souvent des risques sanitaires, ont besoin de logements sociaux en nombre suffisant pour que l’attente soit moins longue en même temps qu’on éradique le logement insalubre. Les jeunes couples ne seraient pas contraints de se saigner avec des remboursements d’emprunt élevés, ajoutés aux charges, si le logement social était moins cher et en nombre et qualité suffisants pour répondre à leur besoin évolutif avec l’agrandissement de leur famille.
Il faut reprendre le combat pour le HLM, Habitation à loyer modéré, pour toutes et tous. Un lieu de qualité pour que le monde du travail et de la création vive dans sa diversité et construise ensemble. C’est un terrain de lutte d’une grande actualité qui participerait à rassembler le peuple. 

*Patrice Leclerc est maire (PCF) de Gennevilliers.

La Revue du projet, n° 55, mars 2016
 

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