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Faire du logement une grande cause nationale, Stéphane Peu*

Élargir la mobilisation autour du logement pour empêcher l’approfondissement des inégalités.

Depuis plusieurs années, la crise du logement frappe de plein fouet toute l’Europe. En France, la pénurie de logements avoisine le million, dont 500 000 en Île-de-France. La part du logement dans le budget des ménages n’a fait qu’augmenter avec la crise : 27 % aujourd’hui contre 18 % en 2000, jusqu’à 40 % en zones tendues comme l’Île-de-France. Dans les métropoles, la spéculation immobilière s’accentue, avec des conséquences insupportables pour les plus modestes : loyers hors de prix, augmentation des impayés et des expulsions, marchands de sommeil qui gèrent des logements insalubres et surpeuplés, etc.

François Hollande, alors candidat à l’élection présidentielle, s’était engagé à faire du logement une priorité de son quinquennat. Presque quatre ans plus tard, son gouvernement est allé de renoncement en renoncement sur ce droit pourtant fondamental pour tout individu. Jamais il n’atteindra son objectif de construire 500 000 logements – dont 150 000 logements sociaux – par an. Ce chiffre n’est pourtant pas dû au hasard et s’il avait été atteint, il aurait dû permettre d’apporter une réponse concrète et efficace à la pénurie de logements qui frappe durement notre pays depuis 1945. Tous les acteurs du logement y ont cru, et aujourd’hui la désillusion est immense. Chaque année qui passe est plus catastrophique que la précédente en matière de production.

Des solutions existent
Les organismes HLM, garants d’un logement généraliste et bon marché, sont mobilisés pour être au rendez-vous de la production. Mais pour cela, un virage à 180 degrés de la politique du logement menée par l’actuel gouvernement est indispensable. Le logement doit être déclaré grande cause nationale et des mesures fortes doivent être prises dès maintenant.

Premièrement, les aides à la pierre doivent être réinscrites telles quelles dans le budget de l’État, et leur montant de 2012 doublé comme cela figurait dans le programme du candidat Hollande.

Deuxièmement, il faut incontestablement s’appuyer sur l’épargne populaire (Livret A). La Caisse des dépôts et consignations (CDC) doit, dès à présent, offrir des conditions financières plus avantageuses aux organismes HLM en allongeant par exemple, la durée des prêts et leur bonification.

Troisièmement, il faut lever immédiatement tous les blocages permanents de l’administration pour que les projets existants sur le foncier décoté de l’État soient plus rapidement lancés.

Quatrièmement, l’accumulation de normes contraignantes est également un frein considérable à la construction de logements, leur simplification est donc nécessaire. L’Ordre national des architectes foisonne de bonnes idées sur le sujet.

Il s’agit donc de quatre mesures concrètes visant à amorcer rapidement la relance de la production de logements qui peuvent être prises sans délai.

La politique du logement a besoin d’une relance efficace de la production par l’initiative publique. Il est temps que le gouvernement prenne réellement la mesure de la crise que nous traversons. Les erreurs du passé doivent être corrigées. Le marché ne peut en aucun cas être l’alpha et l’oméga de notre politique du logement car agir ainsi c’est ouvrir la porte à toutes les dérives spéculatives qu’autorise notre économie financiarisée, bancarisée. Aujourd’hui, on voit bien que le dérèglement du marché immobilier conduit à un accroissement constant du coût du logement qui pénalise en premier lieu les couches populaires et participe de l’accroissement des inégalités. Le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre est intraitable : le logement y apparaît comme « un facteur majeur dans l’approfondissement des inégalités, au cœur du processus de décrochage des couches populaires. »

Le logement
n’est pas une marchandise quelconque !

Le gouvernement s’entête à s’orienter vers des solutions libérales alors qu’elles ont toujours produit des catastrophes, comme en Espagne, en Grèce ou au Portugal. Le logement n’est pas une marchandise quelconque ! À l’instar de la santé ou de l’éducation, il s’agit à la fois d’un droit et d’un bien de première nécessité.
Les politiques fiscales, financières et l’engagement de la nation doivent en tirer toutes les conséquences. Les bricolages du gouvernement ces dernières années sont un non-sens absolu. Ils sont socialement injustes et économiquement contre-productifs pour la croissance et l’emploi. Il n’y a qu’à observer les résultats : la production est catastrophique, le nombre de personnes frappées de plein fouet par la crise du logement ne cesse d’augmenter – le dernier rapport de la Fondation Abbé Pierre est particulièrement édifiant à ce sujet, avec près 15 millions de personnes touchées –, les conséquences sociales et économiques sont dramatiques pour les personnes concernées et pour le pays. À en croire les dernières déclarations du Président de la Fédération du bâtiment, Jacques Chanut, le secteur devrait enregistrer cette année une perte historique de 45 000 emplois. Malheureusement, le secteur du bâtiment et du logement paye cash la politique d’austérité et le ralentissement de l’activité économique. Et ce, alors même que l’offre reste très inférieure à la demande.
La relance économique du pays doit pourtant passer par le monde HLM, grand pourvoyeur d’emplois non délocalisables, et donc moteur de la croissance retrouvée. Plus de 70 % des Français ont droit aux HLM et 81 % souhaitent qu’on développe cet habitat populaire. Qu’attendons-nous pour créer un véritable service public du logement social ?
Ce gouvernement qui a supprimé les aides à la pierre du budget de l’État, qui n’a de cesse de vouloir raboter les APL mais qui maintient en revanche les produits de défiscalisation, est un gouvernement aux inspirations purement libérales qui engendre davantage de spéculation, favorise la rente immobilière et la multipropriété au détriment de l’accès au logement du plus grand nombre.
Il faut que les choses changent et pour cela la bataille sur le logement doit être menée urgemment. Si elle rassemble largement au-delà de nos rangs politiques, aujourd’hui les luttes sont trop sectorisées. Pourtant les libéraux sont déterminés sur ces questions. Nous devons donc réfléchir et surtout agir rapidement afin d’élargir la mobilisation sur le logement. Il y a un enjeu énorme à faire converger les luttes sur ces questions. Le Parti communiste français doit être moteur de cette union.

*Stéphane Peu est président de Plaine Commune Habitat. Il est responsable du secteur Logement du Conseil national du PCF.

La Revue du projet, n° 55, mars 2016

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