La revue du projet

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Etre en résonnance avec les exigences populaires, Alain Obadia*

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La crise que nous vivons n’est pas une calamité tombée du ciel. Elle est la conséquence de décisions politiques  des Etats capitalistes les plus puissants depuis la fin des années 70. Libre circulation des capitaux, OMC, triomphe des thèses monétaristes, privatisation des services publics, dérégulation des économies et des échanges internationaux au profit des multinationales et des groupes financiers, réduction des politiques publiques à l’impuissance. Les peuples en payent aujourd’hui chèrement le prix.

La crise ne trouve pas ses racines dans la seule sphère financière. Elle est une crise systémique.La recherche du taux de profit maximum représente l’alpha et l’oméga des décisions essentielles. C’est la caractéristique même du capitalisme. C’est vrai, bien sûr dans la finance mais c’est vrai aussi dans le quotidien de la gestion des  entreprises avec les conséquences que l’on connait sur l’exploitation des salariés de tous les secteurs et sur l’étranglement des PME par les donneurs d’ordre et/ou par les banques.Mais la crise dépasse de loin l’économie. Elle est une crise de civilisation et frappe de multiples domaines.C’est une crise de la gouvernance mondiale, les mécanismes de coopération entre les peuples ayant été systématiquement affaiblis ou démantelés. C’est le triomphe de la mise en concurrence généralisée des travailleurs à l’échelle de la planète, de la course au moins disant social.  C’est la lutte à couteaux tirés pour s’assurer, parfois par la guerre,  la maîtrise des matières premières et des sources d’énergie. C’est la logique prédatrice du capital qui ravage l’écosystème.En France, comme dans de nombreux pays l’avenir apparait bouché pour la majorité du peuple et notamment pour la jeunesse, le chômage massif et la précarité galopante font des ravages. Cela engendre une crise profonde de la politique et de la démocratie représentative.C’est également une crise des valeurs dans une époque où tout est subordonné à l’argent prédateur : le travail, l’éducation, la santé, la recherche, la culture, les services publics. L’idéologie dominante tente d’imposer une vision du chacun pour soi selon laquelle les solidarités, les approches collectives n’ont plus lieu d’être. Sous divers angles, on nous répète que le progrès n’est plus de saison, on veut en finir avec la notion même de progrès humain.Dans ce contexte, la construction européenne, pourtant si nécessaire, vit une crise existentielle tant les institutions et les politiques de l’Union sont incapables de répondre aux défis de l’époque tant elles sont façonnées pour tenir les peuples à l’écart et tant elles sont orientées vers les désidérata du capital.Ainsi, le capitalisme confirme son incapacité à répondre aux grands défis posés à l’humanité dans une logique favorable aux peuples. Même son aptitude à développer des forces productives  est distordue par la dictature du profit. On le voit par exemple dans le domaine de la recherche scientifique et de ses avancées.

 

Edifier un nouvel âge du développement humain sur toute la planète,  telle est la responsabilité historique que doit assumer l’humanité. Dans cette perspective il est indispensable de s’appuyer sur la nouvelle donne que constitue l’essor et le dynamisme des pays émergents tout en initiant un nouveau mode de gestion des ressources sur une base durable,  solidaire, fondée sur la coopération.Ce nouveau mode de développement implique de prendre la mesure des révolutions qui sont à l’œuvre et de déterminer les politiques aptes à y répondre.

• révolution démographique avec les avancées rapides de la médecine,

 

• révolution informationnelle qui transforme fondamentalement l’acquisition des savoirs, bouleverse le travail et les modes de vie tout en étant porteuse d’une logique de partage ouvrant des horizons fondamentalement neufs,

 

• révolution écologique car il faut assurer une gestion rationnelle des matières premières, de l’énergie, prendre les mesures nécessaires face au réchauffement climatique, sauvegarder la bio diversité,

 

• révolution citoyenne car les décisions à prendre face à ces défis sont trop importantes pour être confisquées par une oligarchie. Et cette liste n’est pas exhaustive.Mais comme on le voit sur tous ces sujets il faut faire reculer jusqu’à la démanteler la domination de l’argent capital au service du profit.Etablir ces constats ne signifie en rien que le capitalisme s’effondrerait de lui-même  et qu’il connaîtrait aujourd’hui sa crise finale. Du « capitalisme vert » sauce libérale à la recherche d’un nouveau compromis mondial sur le dos des peuples, en passant par le  recours à l’autoritarisme ou aux escalades militaristes et bellicistes,  les pistes de survie ne manquent pas pour les tenants du système. Mais pour des millions de gens cela risque de se traduire par une régression massive et pour tous par un monde de plus en plus dangereux et inhumain.Ainsi la question est posée : que faire et comment avec quelles forces pour ouvrir un autre avenir ?L’une des données fondamentales de la situation depuis 2008 est que le regard porté sur le capitalisme a changé. Des millions de gens dans le monde du travail, dans les milieux intellectuels posent le même diagnostic accusateur. Les mouvements sociaux intègrent, de fait, l’idée selon laquelle un changement de logique est indispensable dans les domaines qui les concernent. Cela se vérifie également dans de nombreux pays d’Europe. Plus globalement le monde bouge l’exemple de la   Tunisie  et peut être demain de l’Egypte en sont une illustration éloquente.Cela ne signifie évidemment pas que les voies de l’alternative apparaissent clairement. Les défis à relever sont massifs, le sentiment qu’il faut déplacer des montagnes pour y parvenir est fortement ancré et les débats au sein des forces progressistes sont ardus.Mais ce changement de climat constitue un point d’appui essentiel. C’est bien en se fondant sur les exigences populaires et sur les luttes qui les expriment que nous pourrons avancer. C’est bien en travaillant à rassembler autours d’elles que se constitueront les fronts de résistances, de proposition et de transformation indispensables.Quelques grands axes transformateurs émergent de ce mouvement du réel.

 

Affirmer la légitimité du progrès humain comme objectif central.Non, l’humanité n’est pas condamnée à la régression que l’idéologie dominante tente de présenter comme inéluctable. Oui le travail humain est de mieux en mieux capable de répondre aux besoins à condition d’être vraiment reconnu et valorisé. Oui, les besoins peuvent être libérés de la gangue consumériste actuelle issue d’un modèle productiviste au service du profit.Ainsi, loin d’être des  « charges insupportables » augmenter les salaires, créer ambitieusement des emplois, promouvoir la formation, engager un nouvel essor de la protection sociale, sauvegarder de bonnes conditions de retraite,  résoudre les problèmes massifs du logement,  revitaliser les services publics tout en les démocratisant, placer le système éducatif,  le système de santé à la hauteur des défis de notre époque, ou bien donner une nouvelle dynamique à l’égalité hommes femmes et lutter contre toutes les discriminations constituent le moteur du progrès nécessaire

 

Relever le défi écologiqueL’intégration des objectifs de gestion durable des ressources et l’application de normes environnementales fortes dans les gestions sont une obligation impérieuse pour faire face aux enjeux écologiques. C’est notamment le cas en ce qui concerne la diminution des gaz à effet de serre et du CO2… C’est dans cette conception ambitieuse que s’inscrit la nécessité pour notre pays d’opérer une véritable renaissance industrielle afin de  faire face aux besoins d’emplois qualifiés, de se doter des ressources indispensables pour une grande politique de progrès social et humain  et de limiter l’impact des transports engendrés par les politiques de délocalisations.

 

Desserrer l’étau des marchés financiersPour que tout cela soit possible, pour qu’on puisse avancer dans ce processus, il est crucial de reprendre le pouvoir sur l’argent public, celui des banques, celui des entreprises. Réforme fiscale, création d’un pôle public de financement impliquant la nationalisation de certaines banques, mise en place de fonds de développements pour l’emploi aux niveaux régional, national et européen  initiant un nouveau crédit,  transformation des critères de gestion des entreprises impliquant de nouveaux pouvoirs pour les salariés, bataille pour de nouvelles normes comptables au plan international et européen, réforme de la BCE et de ses missions. Les chantiers ne manquent pas. Ils sont essentiels.

 

Redonner sens et dignité au travail.Eradiquer la souffrance au travail, mais aussi l’angoisse de la précarité et du chômage constitue à la fois un objectif du progrès humain et un moyen essentiel pour un nouveau mode de développement solidaire. Pour cela, les salariés doivent avoir prise sur l’organisation du travail et sur ses finalités. Les qualifications doivent être pleinement reconnues, les parcours professionnels doivent être  sécurisés dans le cadre d’un système public ouvert à tous, financé par la réforme des cotisations sociales et de leurs exonérations.

 

Sortir de l’hyperconcurrenceDe la même manière que l’ultralibéralisme s’est enraciné dans des décisions politiques, la phase nouvelle à ouvrir implique elle aussi la mise en place de  règles mondiales inédites. La France doit se placer à l’avant-garde des pays initiateurs de cette évolution. Elle doit pour cela faire entendre sa voix dans le concert des nations, elle doit aussi agir pour que l’Europe change de cap en ce domaine et rejoigne le camp des réformes. La construction d’une monnaie commune mondiale constitue un élément déterminant de la nouvelle donne, il en va de même de la prise en compte effective de normes sociales et environnementales dans les échanges internationaux ayant pour fonction de lutter contre la logique de dumping généralisé et de délocalisation ; logique initiée par les règles de l’OMC et le dogme libre échangiste de l’actuelle Union Européenne.

 

Réorienter la construction de l’EuropeIl s’agit de faire de la construction européenne un vecteur de progrès social, écologique et démocratique au service des peuples de notre continent mais également un acteur au service de règles novatrices de coopération et de relations pacifiques entre les peuples du monde. Les différentes évolutions nécessaires de la politique européenne ont été abordées dans les points qui précèdent tant il est vrai que l’Europe n’est plus aujourd’hui une dimension extérieure de l’action transformatrice. Dans cette perspective, le traité européen doit être refondu conformément à la volonté des peuples qui, lorsqu’ils ont été consultés, ont toujours rejeté l’Europe antisociale, au service des marchés qui se construit en dehors d’eux.

 

Des pouvoirs nouveaux pour les citoyens et les salariésMême lorsqu’ils se placent sous la bannière de la démocratie, les systèmes politiques actuels ont, de fait, institutionnalisé la captation des pouvoirs de décision par une oligarchie de l’argent. C’est notamment le cas en France. Il est indispensable de redonner le pouvoir aux citoyens. Cela concerne les institutions à tous les niveaux, le rétablissement de libertés publiques actuellement bien mal en point, la démocratisation des médias aujourd’hui sous contrôle du pouvoir ou de puissants groupes financiers, l’instauration de formes de démocratie d’intervention directe pour les citoyens ou pour les salariés dans l’entreprise. Le processus populaire d’élaboration d’une nouvelle constitution, celle de la VIème république, est ainsi l’une des grandes priorités de toute action transformatrice.Cette énumération souligne la cohérence d’un projet alternatif. Mais notre conception ne peut pas être celle du « tout ça ou rien ». Elle s’inscrit au contraire dans une démarche de processus. Nous ne changerons l’ordre des choses qu’en partant du réel. Nous savons que tous les points mentionnées feront l’objet d’un dur affrontement avec les forces du capital. Il est donc essentiel, tout en ne désertant aucun terrain, de dégager des points d’offensive prioritaires permettant, au-delà des proclamations, d’avancer effectivement sur le chemin de la transformation. Ces priorités, elles ne doivent pas être décrétées en vase clos. C’est en prise directe avec le mouvement social, avec les luttes, c’est dans une démarche de décision citoyenne et de rassemblement que réside le succès.

 

*Alain Obadia, est responsable « nouveau mode de développement» au pcf, il est membre du comité du Projet.

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le 09 février 2011

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