La revue du projet

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Amplifier notre parti pris écologique !

Le Conseil National du PCF qui s’est tenu les 16 et 17 janvier a défini quatre grands axes de discussion pour déterminer notre projet collectif à l’occasion du congrès. Nous revenons ici sur l’un d’entre eux : « Une société du bien-vivre et du bien commun » avec Hervé Bramy, responsable du secteur Écologie. Cet entretien s’inscrit dans le contexte post-COP21 nous essayons de tirer les conclusions de cet événement qualifié « d’historique » par certains média.

 En décembre 2015, la France accueillait la COP21 (pour cette occasion La Revue du projet a consacré son N° 51 aux enjeux climatiques). Quelles conclu­sions pouvons-nous tirer de l’accord signé par les États ? Nous donne-t-il des raisons d’être optimistes ? Ce texte aurait-il pu aller encore plus loin dans ses exigences écologiques ?
D’abord, il faut noter que ce texte est d’une portée universelle presque inédite dans le champ écologique. Près de 195 pays ont signé l’accord de Paris ! C’est un véritable événement diplomatique. Personne ne voulait revivre l’échec de Copenhague en 2009.  
Une fois l’euphorie passée nous devons nuancer le résultat. En effet, le contenu de cet accord est loin d’être à la hauteur des défis climatiques qui nous attendent. Pour assurer la participation du plus grand nombre d’États à ce texte, il a fallu éviter les sujets qui fâchent. À l’inverse, d’autres États tenaient absolument à ce que leurs exigences soient mentionnées.
Par exemple, la question de l’énergie n’est pas traitée. Le mot n’est cité qu’une seule fois dans le préambule et non dans le corps de l’accord. De fait, on ne parle même pas de  l’incontournable diminution de l’utilisation des énergies carbonées responsables du réchauffement à la plus grande joie des pays pétroliers. Les États-Unis n’ont pas été inquiétés pour leur exploitation massive de gaz ou de pétrole de schiste. La question des énergies renouvelables, du nucléaire, de l’hydroélectricité, de la production électrique en général est aux abonnés absents. Le texte ne va pas au fond du problème de la réduction des émissions de gaz à effet de serre.
Les États se sont contraints sur le papier à ne pas dépasser les fameux 2 °C voire 1.5 °C de réchauffement pour satisfaire aux exigences des pays les plus vulnérables. Mais cela ne coûte rien car les engagements de chaque pays sont volontaires. En d’autres termes, un pays n’est soumis à aucune contrainte juridique internationale et il peut décider de quitter l’accord au bout de trois ans sans aucune sanction. Certes, la clause de revoyure [NDLR : engagement qui fixe le motif ou le délai avant une prochaine rencontre entre les parties signataires] est inscrite dans le texte pour forcer les signataires à se rencontrer tous les cinq ans mais seulement à partir de 2025. C’est beaucoup trop loin. Je pourrai continuer ainsi la liste des éléments qui me rendent sceptique sur cet accord. Il n’est pas aussi ambitieux que l’avait réclamé le président de la République, plusieurs autres chefs d’État parmi les pays en développement et surtout les acteurs de la société civile.
Finalement, l’accord de Paris traduit le rapport de force politique actuel à l’échelle du monde entre les promoteurs néolibéraux du système capitalisme mondialisé et financiarisé et le camp des forces progressistes. Il est évident que ce sont les premiers qui l’ont emporté. Leurs privilèges sont conservés. Le contexte national n’a pas été propice à la mobilisation populaire afin d’exiger un changement de système pour préserver le climat (la COP21 se situait deux semaines après les attentats de novembre et la campagne régionale battait son plein en France). Nous ne sommes pas parvenus à en faire une bataille suffisamment populaire et ce, en France, en Europe, et dans le monde. Si la manifestation du 29 novembre avait pu avoir lieu nous aurions pu faire une démonstration de force et peser dans le rapport de forces. Mais nous avons été privés de tout cela.
Faut-il être optimiste ou pessimiste ? Certains considèrent que c’est une étape importante à partir de laquelle on va pouvoir construire l’avenir. Nous autres considérons qu’effectivement tout est écrit mais que tout reste à faire et que nous en sommes pour le moment au point zéro.

« Une société du bien-vivre et des communs » est un des quatre grands axes du congrès pour construire un nouveau projet politique. Qu’entendons-nous exactement par ces expressions ?
Je considère que le bien-vivre et les communs sont liés, l’un ne peut pas se concevoir sans les autres.
Le bien-vivre est une vision du développement et de l’évolution de nos sociétés en plaçant l’humain au centre des priorités. Nous parlons de développement humain durable. Il s’agit d’un développement responsable qui préserve les ressources naturelles par une croissance maîtrisée dans son contenu : ni croissance financière, ni croissance de biens de consommation qu’il faudrait absolument produire. Le bien-vivre pose la question de ce qui nous est essentiel (éducation, santé, culture...) pour véritablement nous épanouir et donc s’émanciper de la séduction consumériste du capitalisme. Cette approche condamne définitivement le productivisme et, l’une de ses tares, l’obsolescence programmée. Cela suppose de bâtir un nouveau mode de production industriel au service du bien être. Nous devons penser une autre  croissance, uniquement calculée, aujourd’hui, sur la croissance économique et surtout financière du PIB. Par exemple, à partir des travaux engagés par l’ONU sur des nouveaux indices de développement humain (IDH) qui prennent en compte d’autres critères que la seule richesse matérielle et financière en intégrant des références comme le niveau d’éducation, la durée de vie en bonne santé, un niveau de vie décent… Sans oublier les indices d’inégalité de genre ou bien de pauvreté multidimensionnelle.
Les communs ou biens communs ce sont à la fois des biens matériels ou immatériels ; des éléments naturels ou des éléments artificiels. Ce sont des ressources que nous voulons mettre en partage, protéger du marché comme de la rentabilité financière. Il ne s’agit de penser leur utilisation au service de l’intérêt général. Ce sont les biens communs du plus grand monde ce qui pose la question du périmètre de ces biens. Qu’est-ce qui doit être extrait des griffes du marché ? Quels sont les biens à protéger et à exploiter de façon responsable ?
L’enjeu est aussi celui du débat public et démocratique, sur la façon de partager ces ressources, aussi bien à un niveau local que global. L’implication citoyenne est incontournable. Le développement capitaliste cause tellement de méfaits pour l’avenir de la planète et de l’humanité qu’on ne peut envisager l’avenir que par l’extension de la démocratie et la participation du plus grand nombre de citoyens et de citoyennes. Avec des citoyens et des salariés documentés, éclairés, qui peuvent véritablement donner vie à leur libre-arbitre. Citoyens actifs pour leur propre vie mais aussi dans le bienfait de la planète pour la préservation du bien commun.
Je pense que nous sommes précisément au cœur de l’idée communiste. Comme le dit souvent Pierre Laurent, dans le mot communiste, il y a commun.

Pourquoi un tel choix ? Est-ce la première fois que l’écologie prend tant de place dans un congrès ?
Une dichotomie s’est opérée dans les années 1970-1980. Durant cette période le parti considérait que ce n’était pas une question politique prioritaire et elle a été déléguée au mouvement associatif. A contrario, les élus communistes ont souvent innové. La réalisation du parc Georges Valbon à la Courneuve est un bon exemple, il est devenu un haut lieu de la biodiversité en Île-de-France. On ne peut concevoir aujourd’hui un projet politique sans intégrer les enjeux des rapports Homme-Nature, ceux de la protection de la planète en lien avec  le développement de l’humanité.
C’est un prolongement et un approfondissement de nos prises de positions  du 36e congrès. Pour le texte du congrès qui vient, c’est un axe d’action caractérisant encore plus notre engagement écologique pour la France et le monde.

Comment peuvent s’articuler dans notre discours les questions sociales et écologiques ?
Sur le terrain des inégalités celles-ci doivent être traitées dans un même mouvement. Il n’est pas acceptable que les familles les plus déshéritées soient exclues pour des raisons économiques de l’accès aux technologies « propres ». C’est un des défis de la lutte contre la précarité énergétique ou de la rénovation thermique des logements. Par ailleurs c’est également crucial dans le monde du travail et de l’entreprise. Les salariés sont les premiers à être concernés dans leur travail par les dégâts liés à la compétitivité. Pour cela, il faut leur donner la possibilité d’intervenir sur les choix stratégiques de l’entreprise comme sur les modes de production. Les organisations syndicales et les salariés doivent avoir des pouvoirs d’intervention pour faire en sorte que les productions soient le plus conforme avec leur intérêt de citoyen, de consommateurs et celui de la planète. Les formes de propriété sociale des moyens de production sont loin d’être une question neutre – je pense aux SCOP par exemple – comme celle de l’accès au crédit versés par les banques qui devrait être d’autant plus avantageux pour l’entreprise dès lors que la viabilité écologique d’un projet est avérée.  

Le parti a-t-il d’ores est déjà des pistes de réflexion ? Des propositions à formuler ? Quelles sont les initiatives à venir ?
Le débat avec les communistes doit s’installer. Mais avec notre campagne sur le climat nous avons engagé un important travail transversal de propositions qui doit se prolonger. Ce potentiel doit se traduire dans les luttes et les rassemblements en convergence avec la société civile très présente sur ces terrains. Au delà de ce qui est entrepris nous travaillons sur deux sujets. La préservation de la biodiversité alors qu’une loi est actuellement débattue au parlement. Les défis du traitement de nos déchets pour accélérer le passage à une économie circulaire. Pour réduire l’exploitation de la nature aujourd’hui chaque déchet doit devenir une ressource. Dans cette perspective la question de contenu et des moyens du service public sont à chaque fois déterminante.

Les futures échéances climatiques à ne pas manquer ?
Je citerai trois moments qui exigent notre attention et notre participation. Le parti propose l’organisation d’une conférence internationale avec les délégations présentes pendant le congrès qui intégrera les enjeux du développement. Deuxiè­mement, il y aura le Forum Social Mondial à Québec durant l’été. Enfin, il y aura la COP22 au Maroc, l’année prochaine.

 

Entretien réalisé par Quentin Corzani

La Revue du projet, n° 54, février 2016
 

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