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Israël - Palestine : que doit faire la France ? Taoufiq Tahani

Il faut d’abord avoir une vision globale de l’action diplomatique et politique. Certains sont tentés penser que la question palestinienne est désormais de second ordre. Il y aurait dans le monde des points beaucoup plus chauds et urgents que ce « conflit de basse intensité » qui pourrait indéfiniment se poursuivre sans plus de dommages.

C’est une vision très dangereuse qui ne mesure pas que derrière une immobilité apparente (on s’est depuis si longtemps accoutumés à l’enlisement puis à la disparition du « processus de paix ») des forces sont à l’œuvre qui mènent au pire. C’est-à-dire à faire quitter le terrain politique, le seul qui permette un règlement du conflit, pour celui du religieux et de la guerre de civilisations.

Il faut donc une vision et une cohérence politique. Oui ou non la « solution à deux États » est-elle le passage obligé pour le règlement du conflit ? Oui ou non l’impressionnant corpus des diverses résolutions de l’ONU depuis le plan de partage de 1947 constitue-t-il la seule base possible pour ce règlement ?

Si la réponse est oui (et qui ose dire le contraire ?), alors l’action politique et diplomatique à mettre en œuvre est claire.

Il faut sans plus tarder reconnaître l’État de Palestine. Une reconnaissance qui certes n’aura pas d’effet immédiat sur le terrain, mais qui ne sera pas simplement symbolique : elle marquera qu’aux yeux de la France (et d’autres qui la suivront) Israël est un État qui en occupe un autre. On ne pourra continuer, comme si de rien n’était, à vanter la démocratie israélienne et promouvoir des coopérations économiques ou universitaires telles que celles du programme européen Horizon 2020 dont bénéficie Israël.

Le deuxième point est évidemment la question de savoir comment contraindre les dirigeants israéliens à renoncer à leur politique de colonisation de la Palestine. Il faut les isoler sur la scène internationale et les sanctionner.

Tout ne se fera pas en un jour, mais la France doit cesser toute coopération militaire et policière : Israël est le plus mal placé en matière de combat contre le terrorisme, lui qui a érigé depuis longtemps le « terrorisme d’État » comme moyen d’action politique, de l’assassinat extrajudiciaire au bombardement délibéré des populations civiles.

Elle doit interdire l’entrée sur le marché français des produits venant des colonies israéliennes, alors qu’elle traîne les pieds pour appliquer l’étiquetage décidé par l’Union européenne (UE).

Elle doit appeler l’ensemble de ses partenaires à suspendre l’accord de coopération UE-Israël qui équivaut pratiquement à faire de ce pays le 29e membre de l’Union.

Ce ne sont pas les moyens d’action qui manquent, mais la volonté politique. S’il en fallait une preuve supplémentaire, les attaques judiciaires et les condamnations de militants qui appellent au boycott montrent au contraire la force du groupe de pression pro israélien dans notre pays. C’est aujourd’hui un enjeu de notre combat en France : refuser toute assimilation à de l’antisémitisme la critique de la politique d’un État qui bafoue les droits d’un peuple et menace la paix. Pour notre part nous poursuivrons en toute clarté ce combat politique dans le contexte difficile de l’après 13 novembre.

Taoufiq Tahani est président de l’Association France Palestine.

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