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La mondialisation sera ce que nous en ferons, Francis Wurtz*

Le fil conducteur doit être une approche solidaire et responsable en rupture profonde avec les dogmes mercantilistes, court-termistes et irresponsables en vigueur.

Faut-il avoir peur de la mondialisation ? La « démondialisation » est-elle une option ? Par-delà les querelles de mots, un débat serein et ouvert mais sans ambiguïté doit être mené à ce propos pour éviter que des préoccupations légitimes nourrissent des comportements régressifs. Le fond de la question n’est-il pas de bien distinguer ce qui, à notre époque, constitue une donnée irréversible de ce qui relève de choix stratégiques et de rapports de force ? Ce qui est irréversible, c’est avant tout l’interdépendance : aucun pays, fût-il le plus puissant d’entre eux, ne peut plus ignorer le reste du monde. Ce qui, en revanche, relève de choix – notamment, disons le mot : de choix de classe –, c’est la façon de gérer cette interdépendance. En imposant des rapports de domination et la mise en concurrence des peuples ou en choisissant une approche solidaire et responsable.

Changer les orientations
Voici un exemple particulièrement révoltant d’une attitude à prohiber : un mythe à la mode consiste à voir dans l’Afrique subsaharienne « le nouvel eldorado » pour l’Occident. Pourquoi ? Parce que de sordides calculs ont établi que les décennies à venir verraient s’ouvrir, grâce à l’émergence d’une « classe moyenne solvable » dans cette région du monde, un marché de plusieurs milliards d’euros. Le fait que, dans cet « eldorado », 47,3 % des 15-24 ans sont au chômage (chiffres de 2011), que le nombre de pauvres (moins de 1,25 dollar par jour) y est en augmentation et que les inégalités territoriales s’y creusent dangereusement est le cadet des soucis de ces prédateurs ! Nous sommes là aux antipodes des exigences de notre époque !
 
Un autre exemple, tiré de l’actualité, est également éclairant : parallèlement à la poursuite des négociations transatlantiques sur le TAFTA, la commission européenne examine en ce moment même la question de l’attribution à la Chine du statut « d’ économie de marché », ce qui reviendrait à baisser ses barrières commerciales et à encourager les importations massives et le dumping social. On évalue à plus de trois millions le nombre d’emplois menacés dans l’Union européenne par cette décision éventuelle ! En outre, cela irait totalement à l’encontre des mutations économiques et commerciales induites par la lutte contre les dérèglements climatiques (un mois après la COP21...). C’est bien de choix stratégiques qu’il s’agit. Pour faire simple, la mondialisation sera ce que nous saurons en faire. La question n’est pas d’en « sortir », mais de mener le combat pour en changer les orientations.

Des opportunités d’échanges et de rapprochements
Une autre caractéristique de notre époque est, à cet égard, prometteuse : la révolution de la communication accentue spectaculairement le poids des sociétés, de citoyens associés ou organisés, dans la construction des rapports de force, à l’échelle nationale, régionale et mondiale. Cela ouvre des perspectives d’action et crée des opportunités d’échanges et de rapprochements dont il faut apprendre à se saisir de façon plus offensive.
Dans ce contexte, la politique de coopération internationale que l’on peut souhaiter pour la France doit être en rupture profonde avec les dogmes mercantilistes, court-termistes et irresponsables en vigueur. Elle doit reposer sur une vision stratégique fondée sur le « développement humain durable ». On entend par là, notamment, la lutte contre les inégalités de développement, pour la promotion des capacités humaines, pour la gestion multilatérale des biens publics mondiaux, pour la prévention des conflits. Elle passe, dès lors, par une maîtrise des échanges associant tous les pays qui le souhaitent à une régulation respectant les intérêts légitimes de chaque partenaire – y compris son droit à fabriquer sur place ce qu’il consomme s’il en a la capacité. Dépassant les concepts traditionnels de libre-échangisme versus protectionnisme, notre option est celle de travailler à l’émergence d’une nouvelle civilisation de partages à l’échelle de toute l’humanité.

*Francis Wutz est député européen honoraire (PCF).

La Revue du projet, n° 54, février 2016
 

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