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CAPITALISME VERT : ILLUSIONS ET APORIES

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ENTRETIEN AVEC CORINNE LUXEMBOURG* RÉALISÉ PAR GUILLAUME QUASHIE-VAUCLIN*

lLa thématique du « capitalisme vert » tend à prendre une place croissante dans le discours politique, managérial et publicitaire. Qu'en pensez-vous ?

Corinne Luxembourg.

Le capitalisme vert est présenté comme un modèle de transition du capitalisme qui réussirait à prendre en charge les problèmes environnementauxen même temps que s’ouvriraientde nouveaux marchés et donc denouvelles possibilités d’accumulation. Onn’a d’ailleurs, depuis quelques temps,jamais autant entendu parler de « productionverte », dût-elle être délocalisée, de« croissance propre », peu importe qu’elleinduise comme la « croissance sale » desrestructurations salariales.En affichant les résolutions du protocolede Kyoto visant à réduire les gaz à effet deserre et les rejets de carbone en particulier,tout se passe comme si les risques industrielsn’existaient plus : exit les victimes deBhopal comme celles de l’amiante. Parier sur le capitalisme vert comme une nouvellecroissance, un nouveau stade d’un capitalismepropre, c’est confier à la seule capacitéd’innovation technologique à la fois larésolution des enjeux climatiques et la définitionde ce nouveau régime d’accumulationcapitaliste. Mais cette fusion de l’écologieet de l’économie capitaliste n’est nicrédible, ni réaliste.

l Le capitalisme vert ne serait donc pas l’issue crédible à la crise environnementale qu’on nous présente ?

C. L. : Ce capitalisme vert n’est une solutionà rien, sinon au besoin d’ouverturede nouveaux marchés et au développementdu marketing. En réalité le capitalismevert est une publicité mensongère.Si l’on décide de prendre le développementdurable, tel qu’il a été développé àl’origine dans le rapport Brundtland en1987 puis lors de la conférence de Rio en1992, comme objectif pour la société dedemain, alors il est nécessaire de remettreen cause la totalité de l’économie actuelleet son fonctionnement. Pour rejoindre Hervé Kempf : « Pour sauver la planète,sortez du capitalisme ». On ne peutraisonnablement pas construire desusines aux normes environnementalesparticulièrement strictes si dans le mêmetemps les transports, la consommationglobale d’énergie continuent d’augmenter.De la même façon, parler d’exigencede durabilité est absolumentincompatible avec les délocalisationsindustrielles ou le productivisme agricolequi n’obéissent qu’aux exigences derentabilité financière.

l Concrètement ?

C. L. : Prenons quelques exemples.Depuis une vingtaine d’années, la surviede l’espèce humaine redevient un paramètreéconomique essentiel. Nourrir leshommes pose fondamentalement lechoix d’un projet de société : ou bien leproductivisme à l’oeuvre qui, en caricaturantà peine, fait que manger devientdangereux et pour soi et pour la planète ;ou bien le respect des hommes, desclimats et des sols. C’est la même alternativepour la production des biens deconsommation : ou bien l’économiemondialisée qui fait délocaliser des usinesdes anciens Bébés Tigres vers des régionsencore moins soumises à des législationssociales et environnementales pourbaisser les coûts ; ou bien une mondialisationd’innovation sociale et citoyennepréférant la proximité des marchés.Autre exemple à une échelle plus grande :la ville. L’heure est aux écoquartiers,slogan, marketing ou réelle inquiétudede développement durable ? Selon leschoix qui seront faits l’écoquartier conforteraune ville privatisée ou une villeouverte. Le risque est grand aujourd’huique ces quartiers en portant les meilleuresinnovations technologiques entermes d’isolation, de faible consommationd’énergie, ne soient réservés qu’àune élite urbaine, en renforçant mécaniquementla spéculation foncière déjàviolente dans les grandes agglomérationset, de fait, l’injustice spatiale.

*Corinne Luxembourg est maître de conférenceà l’université d’Artois

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