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De la terre Mère à la «Terre commune», André Chassaigne

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“Il appartient donc aujourd’hui à tous ceux qui font le constat des conséquences de la logique capitaliste, de démolir le mur de l’argent qui condamne l’humanité et la biosphère. La reprise en main par les peuples de leur devenir écologique est plus que jamais une nécessité. La voie n’est pas bouchée, illusoire ou «utopique», comme certains feignent de le proclamer par facilité intellectuelle ou pour mieux prôner un réformisme d’accompagnement. Je le dis et le redis en leitmotiv de mon engagement politique : les peuples doivent prendre enfin leur vie en main... et donc se réappproprier «leur commun». Ils doivent pour cela moboliser tous les outils, toutes les ressources intellectuelles, scientifiques à leur disposition pour paver un autre chemin. L’exemple de l’initiative au Sommet de Cochabamba en Bolivie, en avril 2010, a fait date. Conjurant le syndrome du fantôme de Copenhague, ce sommet a fait appel à l’intelligence collective, au croisement des connaissances, des expériences, des analyses, qui permettent d’éviter les textes de «3 pages» vides de sens du type de celui de Copenhague. Les participants ont élaborés une résolution globale faisant part de l’accord des peuples représenté à s’engager sur des objectifs précis pour lutter contre le changement climatique, soumise à la communauté internationale et aux institutions spécialisées des Nations Unies. N’est-ce pas aussi ce genre de concrétisation que les forces associatives, syndicales et politiques progressistes, traversées par leurs propres analyses et contradictions, attendent depuis longtemps ?Ce texte reprend comme concept phare de la pensée écologique anticapitaliste, l’idée de la «Terre Mère», Pachamama, si chère à la culture amérindienne. J’ai dit combien cette approche a été déterminante à ma prise de conscience, d’autant plus qu’elle marque bien le rejet de l’appropriation privée de la Terre et des ressources. Mais elle peut prendre, à mon sens, un caractère trop restrictif en considérant que l’humanité n’est unie que par un lien maternel, une simple filiation entre la Terre nourricière et les hommes. Certes, la parabole de la maternité comme socle de l’humanité marque un symbole d’attachement commun fort, mais je substituerais volontiers au lien de filiation le concept de «Terre commune», qui affirme une société de mise en commun sur la base d’un héritage partagé et d’une appétence à transmettre cet héritage aux générations futures.Le terme de «Terre commune» permet d’insister sur le caractère collectif du bien «Terre». Avec ce concept, nous pouvons déconstruire plus facilement son pendant capitaliste, celui d’une terre privatisée et échangeable. C’est aussi un moyen  efficace de souligner les menaces qu’engendrent le système capitaliste qui exclut en permanence de son raisonnement l’idée que les hommes puissent mutualiser ce bien commun sous tous ses aspects, s’organiser et coopérer pour conduire l’exploitation équilibrée des ressources indispensables à la satisfaction de leurs besoins de la reproduction des grands cycles naturels. Déterminer de façon collective l’avenir de la Terre, n’est-ce pas là l’objet essentiel de la conscience d’une Terre commune ?“

 

Extrait du livre d’André Chassaigne Pour une terre commune, les éditions Arcane 17, 2010, pp. 202-203

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