La revue du projet

La revue du projet
Accueil

Economie équitable, illusion ou réalité ? , Sylvie Mayer*

.
 
 
 
 

Il n’y aura pas de développement durable, humain et solidaire sans une économie équitable

Dans le numéro de mai 2010 de la Revue Ecologie et société, Pascal Lederer écrit : « La lutte pour la transformation sociale et pour le développement durable sont deux impératifs indissociables, qui impliquent des politiques contradictoires avec la domination du capital. Le dépassement du capitalisme et la résolution de la crise écologique sont des processus qui s’appuient sur le mouvement populaire pour faire mûrir la contradiction capital-travail et la contradiction nature-société jusqu’au changement qualitatif, par un processus qui ne peut être linéaire. »Par quel processus  accéder à une transformation sociale qui annihile l’exploitation capitaliste des humains et des ressources planétaires, qui relie égalité entre les hommes et les femmes, préservation des richesses naturelles, droits égaux à décider dans l’entreprise et la cité en se réappropriant le travail ?Comment atteindre ce nouveau mode de développement défini lors de notre 34ème congrès, « tout à la fois durable, renouvelable sur le plan écologique, générateur de nouvelles conquêtes et solidarités sociales, d’épanouissement individuel et d’émancipation humaine,… » ?Quels sont les ingrédients économiques, sociaux et politiques à mettre en œuvre dans un tel processus de maturation vers une économie équitable ? Tout n’est pas à inventer. Il y a  dans le monde, en Europe et en France des « expérimentations anticipatrices », comme aime à le dire Patrick Viveret, d’autres manières de produire, d’échanger, de consommer, de financer les activités humaines.

L’économie sociale et solidaire (ESS)

Développée dans le monde entier, elle recouvre en France recouvre 10 à12% du PIB pour 8 à 10% des emplois, nous propose des voies à explorer, redécouvrir et développer.“De cette économie sociale”, disent les Nations unies, plus particulièrement à propos des coopératives, “dépend la vie de plus de la moitié de la population de la planète. ” Elle constitue une base sociale innovante dans une période où de plus en plus de citoyens et de gouvernements cherchent des solutions hors de l'étatisme et du libéralisme. L’ESS, une autre forme d’appropriation des moyens de production et d’échanges.Ni tout Etat, ni tout marché, son système de propriété collective choisie, transmissible d'une génération à l'autre, d'un groupe de personnes à l'autre, son ancrage territorial la préserve des OPA et des délocalisations. Un droit de préemption des salariés sur leur entreprise lors d’une cession (Les patrons de 700 000 entreprises partiront à la retraite dans les dix ans qui viennent, soit 3 millions de salariés concernés) permettrait d’étendre les SCOP, sociétés coopératives participatives.

L’économie sociale et solidaire sort la formation des prix de la loi de l’offre et de la demande et des opérations spéculatives à travers :

•  Le commerce équitable Sud Nord (prix plancher assortis de primes de développement)

• Le développement actuel de circuits alimentaires directs entre paysans et consommateurs.

En matière de financement les banques de l’économie sociale, associées aux banques nationalisées dans le pôle de financement public et social que propose le Parti communiste , permettraient une autre orientation de l’utilisation de l’argent, vers la création d’emplois utiles et innovants, de logements sociaux, d’activités préservant l’environnement et les ressources naturelles, de développement territorial.Le développement d'une production de biens et de services par les entreprises d'économie sociale ne s'oppose pas à la responsabilité publique. L’économie sociale n’a aucune vocation à faire ce que l’Etat voudrait abandonner, pas plus qu’à laisser tous les secteurs rentables aux sociétés de capitaux. Aujourd’hui, le statut d'entreprise d’ESS n’est pas automatiquement synonyme d'entreprise idéale. Le poids de la concurrence des entreprises de capitaux, la nécessité de dégager des excédents d'exploitation, d'avoir des fonds propres,  dans un contexte général économique et idéologique ultra-libéral, impactent les entreprises de l'économie sociale, notamment les plus importantes d’entre elles, banques coopératives, assurances mutualistes.  Dès que le respect des valeurs fondamentales de l'économie sociale est édulcoré, sous quelque prétexte que ce soit, les dérives apparaissent. Il y a nécessité d’un retour vers les valeurs et pratiques initiales de l’ESS

Là, comme dans tout processus de transformation sociale, rien n’est automatique, rien n’est d’avance acquis sans approfondissement démocratique, investissant totalement les sociétaires aux côtés des salariés dans la responsabilité de la gestion de l’entreprise et des décisions stratégiques.

De grands services publics des biens communs (eau, énergie, santé, éducation…), une nationalisation ou renationalisation démocratique des secteurs clés de la production (grandes entreprises de l’agroalimentaire, de la  pharmacie) associée à un développement des entreprises de l’économie sociale ouvriraient la voie à ce nouveau mode de développement  vers une économie solidaire et de partage.

*Sylvie Mayer est responsable PCF, économie sociale et solidaire.

 

un exemple de scop (Société coopérative et participative)

On pourrait citer Chèques déjeuner, Ceralep, Ecf (école de conduite française), de belles entreprises coopératives

.La Scop Acome, spécialisée dans les câbles et fils électriques pour les télécommunications, le bâtiment, l’automobile, etc., va investir 20 millions d’euros en trois ans, à Mortain dans l’Orne, pour renforcer son outil industriel et répondre ainsi aux besoins liés au développement du très haut débit.Parmi les cinq plus grands fabricants européens de câbles pour les télécommunications et forte de 1 100 salariés à Mortain, mais aussi de 200 collaborateurs dans une filiale en Chine et de 50 autres au Brésil, la Scop, bientôt octogénaire, prévoit en 2010 un chiffre d’affaires de 350 millions d’euros.Forte de son statut coopératif, ACOME, première SCOP de France, a toujours beaucoup misé sur les valeurs humaines de son entreprise. Depuis sa création en 1932, l'engagement, l'excellence, la solidarité et le respect sont sources de cohésion interne contribuant à la pérennité. La stratégie de management d’ACOME est basée sur les notions de confiance a priori, de responsabilité et d'esprit d'entreprenariat. En instaurant au cœur de ses usines, des îlots de production (1997) répartis par produit ou métier, ACOME a consolidé la dimension humaine et participative de l’entreprise. En tant que société coopérative, la structure financière d’ACOME est conçue pour garantir sa pérennité. Les salariés-associés, détenteurs de l’entreprise ont l’assurance d’évoluer dans un groupe coopératif innovant, stable et dynamique lui offrant de nombreuses perspectives.

v

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.