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Communisme et écologie, une longue histoire , Luc foulquier

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On aurait pu écrire « environnement et communisme », mais il est « à la mode » de mettre « éco » partout : écotourisme, écoindustrie, écodéveloppement, écocondition, etc. On continue de parler « environnement, cadre de vie, nature ». La terminologie est le reflet de questions de fond et de bataille d’idées.

Les rapports homme-nature

En 1866 Ernst Haeckel écrit : « par écologie nous entendons la totalité de la science des relations de l’organisme avec l’environnement comprenant au sens large toutes les conditions d’existence ». L’écologie est une science. En 1988, le scientifique communiste Pascal Acot écrit une histoire de l’écologie (PUF). L’environnement concerne tous les éléments qui entourent un être vivant. Le débat sur la nature est permanent même si on s’accorde sur l’idée qu’elle désigne des espèces, des habitats, des écosystèmes ; d’où l’expression de « protection de la nature ».Les caractéristiques de l’espèce humaine font que le naturel et le culturel sont imbriqués. Le travail n’est-il pas un rapport social et un rapport à la nature ? Je peux témoigner que depuis mon adhésion au PCF un riche débat a toujours existé sur ces questions. J’ai conservé les textes. Notez que « Recherches Internationales » publie un numéro spécial (1974) « L’homme et l’environnement ». Il n’est qu’à relire Dialectique de la nature,  l’idéologie allemande  ou l’Anti-Dühring … jusqu’aux travaux de Lucien Sève pour noter que la question des rapports homme-nature est au cœur des recherches marxistes. Et pas qu’en « théorie » ! Engels s’inquiète de la misère et de la pollution atmosphérique à Manchester ; Marx explore une urbanisation nouvelle (écoville aujourd’hui ?).

Le PCF et  l’écologie, un grand malentendu !

L’écart est évident entre ce que ce parti a fait et la perception qu’en ont les gens et les communistes eux-mêmes. Chaque fois qu’on organise un débat sur l’écologie, nombreux sont ceux qui « découvrent » notre activité. C’est vrai d’autres sujets : le féminisme, l’immigration ou la lutte contre la misère… Pourtant le travail de nos élu(e)s est impressionnant. Je pense aux batailles sur l’eau, l’énergie, l’urbanisme, les transports, les services publics, la recherche… Toutes nos campagnes électorales sont marquées par des propositions fortes en matière d’environnement. Ce fut le cas dans Changer de cap  (1971), avant Le Programme Commun de Gouvernement (1972). Claude Quin quantifie « ce que coûte le capitalisme à la société » (1972) avec « la dégradation rapide de l’environnement naturel, la pollution, les nuisances » qu’il estime à 20 milliards de francs (Économie et Politique,1972).En 1975, dans une brochure Vivre libres, l’article 56 stipule « la république assure la protection de la nature et sa mise en valeur rationnelle en vue de satisfaire les besoins de coopération sans discrimination. Elle prend les mesures nécessaires à la protection de la flore et de la faune… ». En 1987 le programme du PCF Justice, Liberté, Paix  propose « l’utilisation pleine et entière des progrès scientifiques et techniques, un cadre de vie de qualité, la protection et la mise en valeur de l’environnement. On y trouve le « produire français » dans le cadre d’une grande politique industrielle. N’est-ce-pas une revendication actuelle si on veut rapprocher la production de la consommation ? Sylvie Le Roux (Sylvie Mayer), rédige en 1989 pour le groupe au parlement européen, 10 propositions qui traitent du développement, du rapport Brundtland, des pollutions industrielles, de l’agriculture… et de l’effet de serre. Le PCF développe en 1992 six propositions dont celle de « protection et de valorisation de l’environnement ». La revue Avancées scientifiques et techniques, créée par René Le Guen, édite un numéro spécial « l’environnement au quotidien ». Robert Hue fait « du développement humain, durable et solidaire » un axe fort de sa campagne électorale. En 2005, le PCF organise un forum national « pour un développement durable et solidaire de la planète ». En 2007, Marie-George Buffet place dans ses 15 engagements « l’écologie au cœur du développement ».On pourrait compléter avec les nombreux articles de  « l’Humanité ». Je pense à ceux du professeur d’écologie, Vincent  Labeyrie, les 9 mars et 16 novembre 1977 : « Importance et limite de l’écologie » ; « Qu’est-ce-que l’écologie ? » et de Jean-Pierre Kahane (23/01/1993) « Économiser les ressources naturelles, cela peut emprunter, et emprunte de fait, des voies détournées, imprévisibles a priori ».Dès 1980, Guy Léger intègre un groupe formé par la direction du PCF, qui aboutira à la naissance (1981) du Mouvement National de Lutte pour l’Environnement (MNLE) avec le professeur Schwartzenberg, Jean Ferrat, Alphonse Véronèse (secrétaire de la CGT), Suzanne Pommier sous l’impulsion de Camille Vallin, maire de Givors et de René Nozeran et Andrée Le Frère, membres du comité central. En1969, René Le Guen et Roland Leroy, mettent en place une commission pour travailler sur les questions scientifiques et techniques dont l’écologie. Robert Joly, 1974, est en charge du secteur « Urbanisme-Cadre de vie-Environnement ». Pierre Juquin prend le relais. Le 15 novembre 1975, la Commission produit un texte important « Avant-projet sur les points de règles essentielles pour la question de l’environnement ». Il servira de base au rapport de Pierre Juquin au comité central de juin 1976 : « Les communistes et le cadre de vie ». Il traite du fond philosophique, des besoins et des droits, du travail, du logement… « L’environnement devient également une machine à sous ». On avait vu venir le capitalisme « vert » ! On abordait la nature de la crise du cadre de vie et de l’environnement,… Le débat sur la croissance, le rôle de la science,… et de grands objectifs de lutte.

Une orientation non reconnue

Comment avons-nous eu tant de difficultés à faire partager ce qui était à l’époque une grande nouveauté, venant d’un Parti ? Pourtant la commission n’a pas cessé de travailler avec, comme responsable, Mireille Bertrand, Le Bihan, Sylvie Mayer, Alain Hayot et aujourd’hui Hervé Bramy. Cela a permis et facilité une profusion de textes (voir  Cahiers du Communisme , Économie et Politique, etc.) et l’édition d’ouvrages1.Tous les travaux de nos congrès (depuis le 22e en 1976) abordent l’environnement et l’écologie en fonction de l’actualité du moment. Le 34e congrès (2008) y insiste fortement à propos de la crise, de la mondialisation, du mode de développement, de la révolution des connaissances. J’ai vécu toutes ces discussions et réunions dans la « commission environnement ». Nous avons souffert de la notion de priorité ! Au moment du « Club de Rome » (1972), nous disions qu’on voulait aiguiller les salariés vers la décroissance… nous parlions « d’objectifs seconds et non secondaires que le mouvement ouvrier et démocratique ne dédaigne pas… ».  Des insuffisances nous en avons ; mais les textes et les luttes de notre parti témoignent que la caricature qui consiste à nous présenter comme « productiviste » et « anti écologique » n’a qu’un but : sortir les batailles environnementales du combat de classe. Je persiste et je signe : la science écologique ne saurait être la science des sciences. Protéger la nature, économiser, produire autrement sont indispensables pour l’existence même de l’Humanité. Mais utiliser cette nécessité profonde pour des raisons purement électoralistes ou politiciennes, en s’appuyant sur les « peurs », le « ni droite, ni gauche » des forces écologistes, nous éloignent de la lutte contre le système capitaliste et l’oligarchie qui le perpétue. Ce texte, peut être faudra-t-il en écrire plus ?, montre que nous avons besoin de formation pour s’emparer de nos propres propositions et ne pas les perdre, faute de ne pas les utiliser. Il faut être tenace. Le philosophe Schenckenburger écrit (Humanité du 19/02/2011), à propos d’un manifeste d’Eva Joly et de Noël Mamère, que le « vocabulaire renoue avec les thèmes portés dans les années 70 par la sociobiologie réactionnaire » ; «… mais on ne saurait faire de la politique une écologie… », « …mais il faut une écologie politique »;  Depuis 40 ans nous ne nous sommes pas battus pour rien !

Pourquoi ?

Il est difficile de démontrer que les enjeux de l’environnement sont des enjeux de classe et non des revendications ou du « désir de nature ou de naturel » ! Nous avons eu tendance à agir essentiellement sur « le cadre de vie ». Le « social », « l’économique » étaient prioritaires. La direction nationale n’a pas pu (ou su) lancer des campagnes avec nos propositions. Il n’y a pas eu un autre conseil national sur l’écologie. L’expression « forces de gauche et écologistes » a laissé ce sujet aux « verts », y compris dans notre presse. Le temps est pris par « la stratégie » et « les élections ». Les moyens donnés à la « commission écologie » étaient trop faibles. Mais surtout le travail morcelé (recherche, économie, énergie, agriculture, écologie,…), peut se « perdre » faute de cohérence, de projet. Quelle fédération, quelle section a diffusé les derniers tracts sur l’écologie, le climat, la taxe carbone, l’eau ? Qui impulse ?Ne nions pas les reculs idéologiques. Les « non débats » du style « non » aux nanotechnologies, aux O.G.M., au nucléaire, au TGV… exploitent les peurs et ne permettent pas la construction commune de réponses. Il faut relancer la bataille sur les connaissances.Une vision globale sur les rapports « homme-nature- société » est nécessaire pour lier le « vivre mieux et autrement » avec une autre conception de la croissance et du développement.Depuis quelques temps une demande et une offre de formation sur « l’écologie » se développe, la Revue du Projet  existe et en parle. Si on utilise nos propositions, on peut inverser la perception que les gens ont de notre politique environnementale. Qu’en pensez-vous ?  

Luc Foulquier, est chercheur en écologie – membre de la Commission Écologie du Conseil National.

Guy Biolat (Luc Foulquier), Marxisme et environnement,1973 ; Catherine Claude, Voyages et aventures en écologie, 1978 ; Jean-Marie Legay, Qui a peur de la science ?, 1981 ; René Le Guen, Les enjeux du progrès, 1983 ; Sylvie Mayer, Parti pris pour l’écologie, 1990 ; Sylvie Mayer, Quelle planète lèguerons-nous ?  ; Paul Sindic, Urgences planétaires, 2011 ; André Chassaigne, Pour une terre commune, 2011

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