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Figures de Dieu, entre masculin et féminin : La longue marche. Antoine Casanova

Editions L’Harmattan

Par Yvette Lucas
Le titre intrigue. Une citation de l’historien marxiste britannique Eric Hobsbawm : « Les statuts, les représentations et les normes, qui avaient pris l’apparence d’une invariante essence, aujourd’hui s’effondrent ou entrent en crise », nous en offre une première clé. Avec sa solide formation d’historien marxiste et sa longue fréquentation des textes et actes de l’Église catholique, Antoine Casanova expose, en deux grandes séquences, de longueur équivalente, la longue histoire du patriarcat et les bouleversements de notre temps. La première partie, « La domination d’Adam : de l’aube de l’histoire au capitalisme industriel », survole 5000 ans de règne d’un patriarcat engendré par l’apparition des classes hiérarchisées (notamment en Syrie et Mésopotamie), dans une lente gestation où patriarches, princes, dieu(x) et père(s) affirment leur domination au sein de rapports sociaux de plus en plus fondés sur la dépendance. Malgré l’apparition de rapports de production nouveaux, de nouvelles structures sociales, la figure de Dieu-Père-Seigneur perdure, basée sur « les conceptions  idéologiques et les constructions symboliques qui font des êtres humains de sexe masculin les seuls à être porteurs et agents, par fonction ontologique, de l’Ordre et de la Loi – divins, cosmiques, naturels, sociaux, familiaux ». Un changement apparaît en France au Siècle des Lumières, précédant le développement du capitalisme industriel où les femmes accèdent au salariat. Il faut néanmoins attendre la fin du XXe siècle pour que la libération des femmes opère une véritable révolution culturelle et s’impose comme « urgence » pour l’Église. L’intitulé de la seconde partie : « La revanche d’Ève : crise des rapports sociaux et enjeux anthropologiques » éclaire le processus actuellement en cours. La situation nouvelle des femmes dans la société, fruit d’un mûrissement des rapports et des rôles sociaux, se traduit dans les relations entre hommes et femmes jusqu’au sein des familles elles-mêmes transformées. De même, dans la sphère religieuse, les représentations du Dieu patriarcal comme celles d’un ordre « naturel » sont bouleversées par les exigences de pleine égalité entre hommes et femmes, allant jusqu’à la demande expresse d’ordination des femmes. Cela ne va pas sans résistances et contre-offensives qui, à l’orée du troisième millénaire,  stimulent de nouvelles recherches et la quête de repères signifiants en vue, non pas d’inverser l’ordre ancien, – matriarcat vs patriarcat – mais d’établir enfin une égalité réelle et reconnue entre les sexes, recherche d’égalité dont l’Eglise elle-même se fait aujourd’hui l’écho.
La densité du texte, son érudition, les nombreuses références dont il se nourrit, offrent au lecteur une approche savamment construite d’un des problèmes les plus stimulants et les plus épineux actuellement en débat.

La Revue du projet, n° 53, janvier 2016
 

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