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La place et le rôle des parents : ni consommateur, ni médiateur, mais citoyen, Ali Aït Salah*

Pour une école plus juste, plus solidaire et plus démocratique, les parents d’élèves ont un rôle et une place de citoyen à jouer au sein de l’école.

Au moment où la création d’un statut de parents délégués, promise en 2012, semble enfin être engagée par le gouvernement, la question de la place et du rôle des parents d’élèves, en particulier pour les plus éloignés de l’école, reste posée dans une système toujours plus inégalitaire.

Vers un statut de parent délégué… et citoyen ?
Suite au rapport (IGASS-IGAENR) remis en novembre, un projet de décret annoncé par la ministre de l’Éducation nationale vise à renforcer les mandats des 907 représentants élus des instances de l’Éducation nationale, Conseil départemental de l'éducation nationale (CDEN), Conseil académique de l'éducation nationale (CAEN) et Conseil supérieur de l'éducation (CSE), en créant une indemnité versée par l’État. Ce serait sans doute une avancée car, trop souvent les représentants sont des fonctionnaires bénéficiant d’un congé de représentation. Cette mesure, attendue par les fédérations de parents d’élève, dont la FCPE, permettra, peut-être, de mieux faire respecter la place et le rôle des parents dans les conseils départementaux, académiques ou nationaux.
En revanche, elle ne reconnaît pas pleinement l’implication quotidienne de plus de 500 000 parents dont 300 000 dans les instances électives des écoles primaires, collèges et lycées. La majorité de ces militants du terrain de l’école sont des femmes. De plus, il conviendrait aussi de renforcer le pouvoir délibératif des instances, en permettant de pointer localement les enjeux nationaux de l’éducation face à une école publique de plus en plus territorialisée. La réforme du collège qui doit s’appliquer à la rentrée 2016, enfoncera ce clou, en consacrant 20 % d’autonomie aux établissements. Il y a lieu enfin, que les élections des représentants de parents d’élèves qui concernent 17 millions de citoyens français et étrangers, soient considérées par les pouvoirs publics, comme un moment essentiel de la vie démocratique nationale.

Ce statut tel qu’il semble se dessiner ne prend pas non plus la mesure des causes qui, dans la société et dans l’école, expliquent les difficultés et les inégalités dans les relations des parents à l’école. Assouplissement de la carte scolaire, réformes des lycées et des rythmes, depuis plus de dix ans, les réformes, bien qu’elles aient parfois affiché le contraire, ont, au-delà, contribué à distendre et à individualiser les liens des parents à l’école, en cantonnant bien souvent ces derniers à un rôle de consommateurs.

Les réformes de l’éducation transforment les parents en consommateurs
Les réformes Darcos, en 2007, sur l’assouplissement de la carte scolaire des collèges, et Chatel, en 2010, sur les lycées, ont favorisé un éclatement de l’éducation nationale, à travers des parcours individualisés, pour, à coup d’options, organiser un nouveau tri social. La concurrence des établissements, des enseignants, des élèves et de fait des parents, s’aiguise toujours au détriment des familles les plus pauvres des quartiers populaires, en les « assignant à résidence » dans des établissements chichement dotés. Les dispositifs méritocratiques, comme les internats d’excellence, même rebaptisés de la « réussite » depuis 2012, ne font que justifier les inégalités, voire les aggravent en dépouillant les quartiers populaires des élèves qui s’en sortent le mieux.

Les réformes se sont également traduites par un désengagement de l’État dans l’école en réduisant les temps d’enseignements. Les exemples récents des réformes successives des rythmes scolaires des écoles primaires (Darcos en 2009 et Peillon-Hamon en 2013-2014) l’illustrent. Elles ont partagé le même objectif de réduction du temps hebdomadaire d’enseignement de 26 à 24 h, soit 72 h en moins par an pour les élèves. Pour mémoire, près de 1 000 h d’enseignement perdues sur les cycles maternelle et élémentaire en 45 ans. Ces réformes ont conduit à la suppression de l’école le samedi matin, avec pour conséquence directe d‘éloigner les parents de l’école, en particulier dans les quartiers populaires. L’école le samedi était, en effet, un espace de relations privilégié, et plus détendu, entre les parents et les équipes éducatives et avec l’institution scolaire. Ce temps précieux d’échanges informels entre parents devant et dans les écoles et d’organisation avec les associations de parents d’élèves, a, de fait, disparu au profit d’une relation individuelle et parfois faite d’injonctions contradictoire de la part de l’institution. La réforme du collège qui doit s’appliquer à la rentrer prochaine, obéit à la même logique.

Rendre aux parents
leur place de citoyen

On l’a encore vu, à l’occasion de la « grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la République », au lendemain des attentats de janvier 2015, les discours incantatoires sur la laïcité et les valeurs de la République sont d’autant moins opérants, que sur le terrain les inégalités se creusent et que le sentiment d’injustice et de défiance grandit.

Il y a urgence à mobiliser collectivement les parents pour toujours plus participer au débat sur les enjeux de l’école, c’est essentiel pour l’avenir.

Pour cela, il faut sortir les fédérations de parents d’élèves du rôle unique de médiateur qu’elles sont incitées à jouer dans les contentieux et différents avec l’école sur l’orientation, l’affectation, la discipline… Quand elles ne sont pas mises au service de l’accompagnement ou du copilotage des politiques éducatives. Trop souvent, elles sont aussi sollicitées pour compenser les manquements de l’État dans ses missions pédagogiques ou pour garantir la gratuité de l’école. C’est vrai pour la remédiation scolaire (soutien scolaire, préparation aux examens…), mais aussi pour alléger le coût de plus en plus supporté par les familles pour payer les fournitures, les sorties, voyages pédagogiques, ou même acheter les manuels scolaires.

Pour une école plus juste, plus solidaire et plus démocratique, les parents d’élèves ont un rôle et une place de citoyen à jouer au sein de l’école. Leur fédération, la FCPE, doit, pour cela, renouer avec son rôle de mouvement d’éducation populaire et progressiste.

*Ali Aït Salah  est président de la FCPE du Val-de-Marne.

La Revue du projet, n° 53, janvier 2016
 

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