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L’allongement de la scolarité, Brigitte Gonthier-Maurin*

« Mieux d’école », est-ce plus ou moins d’école ? Le PCF/Front de gauche propose un allongement de la scolarité obligatoire de 3 à 18 ans. Pourquoi ?

Face à des savoirs de plus en plus savants et une société qui se complexifie, les conditions d’exercice d’une pleine autonomie des citoyens exigent pour l’école un projet qui porte l’ambition du plus haut niveau de connaissances pour tous et toutes. À cela au moins deux conditions : des adultes en nombre suffisant aux côtés des élèves et formés pour atteindre cette exigence. La droite veut nous enfermer dans un débat idéologique, revendiquant de pouvoir faire « une meilleure école » avec moins d’adultes présents, et notamment moins d’enseignants. Son projet est constant, la dernière discussion des crédits budgétaires de la mission « enseignement scolaire » au Sénat l’a montré. Elle a ainsi déposé et fait voter un amendement supprimant des moyens dédiés au recrutement des stagiaires et des enseignants du second degré.

La capacité d’apprendre des enfants
Pour autant, les forces progressistes, et plus généralement l’opinion publique ont besoin de trancher un premier débat : est-ce que tous les enfants sont capables d’apprendre ?
Lors de la loi de refondation de l’école, les élus du PCF/Front de gauche ont défendu ce principe et l’ont fait inscrire dans le code de l’éducation, mais dans la réalité nous en sommes en loin.
Il ne s’agit pas pour le PCF/Front de gauche d’un « slogan », caractérisant une école « plus bienveillante », mais bien d’en faire le fondement de toutes les réformes à mener pour construire le service public d’éducation nationale en capacité de concrétiser le « tous capables ».
Pour cela, le service public a besoin de transformer la formation initiale et continue des enseignants, le rapport aux savoirs, à leur évolution, l’appréhension de la difficulté scolaire… La question du temps que l’on donne à l’école et aux enseignants, son organisation, est donc déterminante. En cela, la réforme des rythmes scolaires, et celle du collège, on peut le craindre, sont des rendez-vous manqués.
Sur les rythmes, comment a-t-on pu à ce point assécher cette question, alors que cette réforme aurait dû être l’occasion d’une interpellation sur les mécanismes d’entrée dans les apprentissages et donc sur les mécanismes de l’échec scolaire ; sur l’articulation des cycles entre eux ? Certes une matinée a été rétablie mais sans revenir sur les 24 heures hebdomadaires et sans réflexion approfondie, de concert avec les enseignants, sur l’organisation du temps scolaire et les méthodes pédagogiques.

Deuxième exemple : la réforme du collège. Elle poursuit la logique engagée en 2005 avec la loi Fillon de diminution du temps des enseignements communs.
Le refus d’inscrire l’allongement de la scolarité obligatoire à 18 ans maintient le collège dans un bloc « primaire-collège » toujours soumis à la pression de l’orientation, sans regard sur les difficultés en termes d’affectation. Les élèves qui rencontrent des difficultés à entrer dans les apprentissages continueront donc d’être sommés de choisir précocement leur avenir, alors qu’ils n’en n’ont ni les clefs ni le temps.

Une proposition
qui ne fait pas consensus

Pourquoi notre proposition d’allongement de la scolarité obligatoire de 3 à 18 ans ne fait-elle pas consensus ?
Englués dans la politique d’austérité et le dogme de réductions des dépen­ses publiques, le sempiternel argument du « coût » est invoqué pour refuser d’examiner l’allongement de la scolarité obligatoire.
Pourtant en France, près de 99 % des enfants de 3 ans sont scolarisés. De ce point de vue, rendre la scolarité obligatoire dès 3 ans, contre 6 actuellement, serait assez « indolore » financièrement. C’est la tranche des 16-18 ans qui impliquerait un engagement financier supplémentaire. Au moment de la campagne présidentielle de 2012, cet engagement avait été estimé autour de 240 millions d’euros par an. Une somme qu’il convient de rapprocher du coût du « décrochage scolaire » des quelque 140 000 jeunes qui sortent du système sans diplôme ni qualification. Il a été évalué par l’actuel gouvernement autour de « 230 000 euros » par élève, soit près de 30 milliards de dette contractée chaque année !
Dans le cadre de la stratégie Europe 2020, la France s’est ainsi engagée à abaisser le taux de jeunes en dehors « de tout système de formation et sans diplôme du second cycle du secondaire » à 9,5 % d’ici 2020. Si nous pouvons partager cet objectif, nous divergeons sur la réponse à apporter au décrochage scolaire. Là où nous répondons responsabilité et renforcement du service public de l’éducation nationale, notamment par cet allongement de la scolarité obligatoire, le gouvernement répond, lui, « système de formation », qui inclut le développement de l’apprentissage au détriment du statut scolaire, des écoles de la deuxième chance…
Nous croyons au contraire que la solution se trouve à l’école, mais dans une école profondément transformée.
Il faut donc imaginer sur un temps plus long, avec plus de souplesse, une organisation scolaire qui permette de mettre en œuvre le principe du « tous capables ».
Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’apprendre par cœur, de restituer un savoir mais de « comprendre », de « substituer », de mettre en relation des savoirs. Une exigence de « réflexion » qui se conjugue avec des contenus devenus plus notionnels. Des travaux de recherche montrent d’ailleurs que ces exigences croissantes se retrouvent dès l’école maternelle. Les réformes de la droite se nourrissent aussi de la panne bien réelle du processus de démocratisation scolaire qui portait l’exigence de poursuite d’études. Car, pour paraphraser Jean-Yves Rochex, « la démocratisation quantitative ne s’est pas accompagnée d’une diminution des inégalités sociales qui se sont juste décalées dans le temps ».
Ainsi, les outils employés à l’époque pour conduire cette massification – classes de 4e et 3e technologique, chute des redoublements – ont débloqué des verrous mais montré leur limite en ne parvenant pas à lutter réellement contre l’échec scolaire. Ainsi, depuis le milieu des années 1990, le taux de passage en seconde n’évolue plus ou que très lentement. La démocratisation est donc bien en panne.
C’est pourquoi, nous défendons l’idée qu’il faut non pas moins d’école, mais plus et mieux d’école.

*Brigitte Gonthier-Maurin est sénatrice (PCF) des Hauts-de-Seine.

 

Collège : construire du commun

La réforme du collège défendue par Najat Vallaud-Belkacem prétend aller dans le sens de l’égalité et de la réussite de tous. En concentrant le débat sur l’enseignement des langues anciennes et de l’allemand, le gouvernement a réussi à faire passer les opposants pour des « élitistes ».
Et pourtant... Si elle est mise en œuvre, chaque collégien aura 20% de ses heures de cours « à la carte », en fonction de choix locaux. Une éducation moins nationale, des parcours individualisés, une concurrence accrue... Le tout  assorti d’une baisse ou d’un redéploiement des moyens horaires, austérité oblige. On reconnaît les recettes libérales qui ont déjà présidé à la réforme Chatel du lycée et à la réforme des rythmes scolaires, et qui débouchent sur toujours plus d’inégalités.
Face aux tentatives du gouvernement de passer en force, la mobilisation est importante, mais très disparate. Pour que la résistance soit efficace, il est nécessaire de fédérer les luttes autour d’un projet global de progrès :

Relancer le collège unique, en faire une  étape  commune délivrée du poids du tri scolaire, dans le cadre d’une scolarité obligatoire prolongée jusqu’à 18 ans.
 Mettre fin à la compétition entre établissements et élèves, et respecter sur tout le territoire le principe d’égalité :
- égalité sociale, par la gratuité complète de tout ce qu’exige la scolarité au collège.
- égalité territoriale : l’État doit garantir à tous les collégiens la même formation de qualité, en unifiant programmes et horaires, en redistribuant les moyens supplémentaires pour atteindre les buts communs.
- égalité de cursus : « tous capables », les collégiens le sont. Aucune disparité de contenus de formation n’est acceptable.
Permettre une vraie révolution pédagogique : avoir pour référence l’élève qui n’a que l’école pour réussir à l’école, en donnant aux enseignants le temps et la maîtrise de leur formation et de leur métier.

La Revue du projet, n° 53, janvier 2016
 

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