La revue du projet

La revue du projet
Accueil
 
 
 
 

L’ambition d’un avenir meilleur, Camille Ducrot et Marine Roussillon*

Il y a un an, au lendemain d’attentats d’une violence inouïe, la France s’est tournée vers son école. L’éducation s’est trouvée au cœur d’une manipulation politique et médiatique visant à occulter le débat sur la politique étrangère du pays et à diviser la population au nom « d’identités » religieuses et culturelles réductrices. Ce débat, ravivé par les attentats de novembre et par la montée de l’extrême droite, révèle cependant aussi combien les Français attendent de l’école : elle porte l’ambition d’un avenir meilleur, la nécessité de construire du commun, de faire vivre l’égalité, la fraternité et la liberté. Et face à ces ambitions légitimes, les acteurs de l’éducation se sentent aujourd’hui démunis. La difficulté des enseignants à répondre aux quelques élèves qui « n’étaient pas Charlie », qui « ne sont pas Paris », est révélatrice du manque de temps, de moyens, de formation, non seulement sur la question de la laïcité, mais sur l’ensemble des questions, et notamment sur la question essentielle : comment faire réussir tous les élèves, leur permettre de construire ensemble et à égalité une culture commune émancipatrice ?

Une école de l’égalité
et de l’émancipation

Cette question est essentielle pour l’avenir du pays. Elle est centrale pour le projet communiste : ne s’agit-il pas de faire, pour la première fois, l’expérience du collectif et de ce qu’il peut apporter à chacun ? d’apprendre à construire ensemble un avenir commun ? Le savoir est un pouvoir : l’appropriation par tous les futurs citoyens et travailleurs de savoirs complexes est nécessaire pour qu’ils puissent agir ensemble sur le monde et le transformer. C’est pourquoi La Revue du projet, qui avait déjà consacré son n° 3 à l’école (2010, « Quelle école pour demain ? »), y revient aujourd’hui. Depuis, un gouvernement socialiste a fait passer une loi de « refondation de l’école ». Mais la rupture avec les politiques libérales n’est pas au rendez-vous. Réforme des rythmes scolaires, réforme du collège, régionalisation des formations professionnelles, austérité… La construction d’une école à plusieurs vitesses, qui divise la société et le salariat se poursuit. La crise de l’école s’approfondit et met toute notre société en danger. Car quand on ne peut plus espérer un avenir meilleur pour ses enfants, quand les rêves et les ambitions de la jeunesse sont méprisés, quand l’avenir est bouché, l’individualisme, le repli sur soi et la peur de l’autre triomphent.
Il y a donc urgence à construire un projet d’avenir : un projet pour l’école, c’est-à-dire aussi un projet pour la société. C’est ce à quoi travaille le PCF, dans un dialogue permanent avec toutes les forces qui veulent transformer l’école, notamment au sein de la nouvelle revue du réseau école, Carnets rouges. Notre ambition, c’est celle d’une école de l’égalité et de l’émancipation : une école qui donne à chacun les moyens de maîtriser son avenir et de participer aux choix collectifs qui engagent l’avenir du monde. Pour la construire, nous voulons élaborer avec toutes les forces disponibles un plan Langevin-Wallon du XXIe siècle. Comme au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, il faut créer les conditions d’une nouvelle phase de démocratisation et d’une reprise en main par le peuple du destin collectif.

Ce dossier analyse la cohérence des politiques scolaires libérales et montre que les savoirs sont aujourd’hui un enjeu central de la lutte des classes. Il dessine les grands axes d’un plan d’urgence pour l’école : une révolution pédagogique, pour refonder les contenus et les pratiques sur le modèle de l’élève qui n’a que l’école pour réussir à l’école ; une révolution démocratique, pour que l’école soit un lieu d’émancipation individuelle et collective ; un allongement du temps scolaire pour transmettre des savoirs plus complexes à plus d’enfants ; la reconstruction d’un service public national, pour assurer l’égalité sur tout le territoire. Ce dossier est aussi un appel à l’action : face à la crise que traversent l’école et toute la société, des solutions existent. Elles sont déjà largement partagées : syndicats, associations, forces politiques portent beaucoup de propositions communes. Reste à construire le mouvement capable de s’en emparer et de les imposer. C’est urgent et c’est notre responsabilité.

*Camille Ducrot est responsable de la rubrique Lire.   
Marine Roussillon est collaboratrice de La Revue du projet.  

Elles ont coordonné ce dossier.

La Revue du projet, n° 53, janvier 2016
 

Il y a actuellement 0 réactions

Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires.