La revue du projet

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Sécurité, démocratie, paix, Gérard Streiff,

Ce soir du 13 novembre, au Stade de France, dans l’Est parisien, au Bataclan, les tueurs avaient une stratégie, simpliste et radicale : il s’agissait de tétaniser l’opinion, déstabiliser la société, diviser et pousser à l’affrontement. Un piège grotesque ? Certainement.
Ce soir-là, en effet, et les jours qui suivirent, face au carnage, la société réagit avec dignité. La solidarité se manifesta de mille manières, dans la rue, les hôpitaux, entre voisins, lors de dons du sang, de moments de recueillement. Les services de l’État jouèrent parfaitement leur rôle. L’entraide, l’humanité ne furent pas de vains mots.

Pourtant le piège reste tendu. Cette société, minée par les inégalités et les discriminations, est fragilisée, ébranlée.

Protéger les Français, assurer la sécurité de tous nos concitoyens, sans distinction, garantir leur tranquillité et s’en donner les moyens, tout cela est urgent. En même temps, cette action doit se faire dans le respect du droit, et des droits de l’homme. Or des voix poussent au grand soir sécuritaire ; certains rêvent de « Guantánamo » à la française, montrent du doigt les migrants. Le défi à relever est d’assurer plus de sécurité et plus de démocratie.

Plus de paix aussi. Les tueurs du vendredi 13 sont les enfants tarés de vingt ans de chaos américain en Orient et au Proche Orient. La France, dans cette région, n’a pas su jouer son rôle. Rajouter de la guerre à la guerre est une impasse. Paris doit se doter d’une diplomatie de paix, chercher de nouvelles alliances, encourager le retour de l’ONU, miser sur le développement. Elle doit faire comprendre aux Kurdes, aux Palestiniens, aux peuples opprimés de la région qu’ils ne sont pas seuls.
Au passage, on ne fera pas l’économie d’un débat sur l’origine et le financement de l’« Etat islamique ». Les sponsors sont connus, du côté du Golfe ou de la Turquie. Il serait temps de leur demander des comptes.

L’alternative, dans les temps à venir, pourrait bien être : ou bien une solidarité à la française, républicaine, laïque, dans la liberté, l’égalité, la fraternité, ou bien, si les dérives sécuritaires, « identitaires » et bellicistes s’accentuent, la « chiennerie française » dont parlait l’écrivain Julien Gracq.

Plus que jamais, le rôle d’une revue comme La Revue du projet est d’en appeler à l’intelligence, de creuser le réel, d’expliquer les enjeux, de donner du sens à un monde dérouté. D’aider à comprendre des événements comme ce sinistre 13 novembre. C’est ce que nous faisons, à notre manière, avec des numéros récents comme celui sur « Les musulmans » (n° 47), « La (non) guerre des civilisations » (n° 49) ou le présent numéro sur « La laïcité ».

Et puisqu’il est question de démocratie, le scrutin, maintenu, des régionales devrait en être une expression grandeur nature. « Devrait », écrivons nous, car ce vote va se tenir dans des conditions aléatoires. Une campagne écourtée, une opinion désorientée, des média qui manient trop souvent la désinformation, voire la censure, tout particulièrement à l’encontre des communistes. Bref, participer à ce scrutin, trois semaines après les attentats, exprimera une forme de résistance au désespoir ambiant.

Les communistes, partout, ont tenté de rassembler. Ils se présentent dans des configurations différentes selon les régions mais partout ils défendent les mêmes choix de justice sociale, de démocratie réelle, de développement et d’humanisation des services publics, partout ils entendent œuvrer pour de vrais choix de gauche. Partout leurs élus seront de solides points d’appui en ces temps plus qu’incertains.

Le contexte est rude mais rien n’est joué.
Lecteurs, il vous reste quelques jours, quelques heures, pour convaincre des amis, des amis d’amis de faire le bon choix le 6 décembre. C’est dans ces derniers jours, ces dernières heures, au tout dernier moment qu’une large partie des citoyens se déterminent. Alors, intervenons, conseillons, argumentons. Parfois un rien suffit comme rappeler par exemple que c’est bien le 6 décembre qu’on vote.

Gérard Streiff,
Rédacteur en chef

La Revue du projet, n°52, décembre 2015
 

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