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Rassembler contre l’austérité pour les élections régionales 2015, Yann Le Pollotec

À la veille des élections régionales, Yann Le Pollotec, membre du secteur Élections du Conseil national du PCF, présente la dynamique de rassemblement qui a guidée le PCF dans la constitution de listes autour de politiques ancrées à gauche et de résistance à l’austérité.

Les compétences des régions ont changé, quels sont les nouveaux enjeux de ces élections ?
La nouvelle organisation territoriale est développée dans la loi NOTRe adoptée le 16 juillet dernier par le Parlement. Derrière la recomposition des nouvelles grandes régions, il y a la volonté de démembrer la République. On affaiblit le pays pour mieux imposer les politiques européennes. L’État se désengage. Les régions auront des pouvoirs importants mais pas toujours les moyens pour assumer ces nouveaux pouvoirs. Ce qui pose évidemment le problème de l’égalité des territoires. Elles auront en charge l’aménagement du territoire, l’environnement et le développement économique.
La mobilisation des communistes dans ce cadre est d’autant plus importante que les régions auront plus de poids dans nos vies. Plus que jamais, nous devons empêcher la droite et l’extrême droite de prendre les régions.

Quelle a été la stratégie du PCF pour construire sa campagne ?
Le rassemblement le plus large possible a été le maître mot de notre action ces derniers mois. Le Parti n’est pas dans une démarche stricto sensu d’alliance, nous avons eu l’objectif de dépasser les frontières partisanes habituelles en partant des contenus et des aspirations populaires. C’était d’ailleurs, la feuille de route décidée lors du Conseil national qui avait suivi les élections départementales. La question des alliances entre partis politiques ne doit pas prendre le pas sur la volonté de rassembler le plus largement possible autour des contenus, des luttes contre l’austérité et des espoirs de changements.
Sur fond de chaos politique à gauche, notre orientation de rassembler est évidemment commune à toutes les régions même si le résultat est parfois différent selon les territoires. Au final les listes où nous sommes partie prenante, n’ont pas toutes le même arc de rassemblement même si la dimension citoyenne est partout présente. Si dans certaines régions, le rassemblement a pu aller jusqu’à Europe, écologie, les verts (EELV), le Mouvement citoyen et républicain (MCR) et à nombre de socialistes en rupture de ban avec la politique gouvernementale, dans d’autres cas, malgré tous nos efforts, les conditions du rassemblement sur une même liste de toutes les composantes du Front de gauche n’ont pu aboutir. Partout les communistes, les directions régionales et départementales du Parti ont recherché le même objectif : le rassemblement le plus large possible pour empêcher que les régions basculent à droite et à l’extrême droite et indissociablement créer les conditions de nouvelles majorités profondément ancrées à gauche. Contrairement aux régionales de 2010 et dans un contexte politique très différent, il n’y aura aucune liste de 1er tour commune avec le PS.
Le risque que la droite et l’extrême droite fassent un grand chelem est bien réel. Il va sans dire que le Parti socialiste et le gouvernement portent une responsabilité majeure dans cette situation dramatique.
Il y a donc urgence à la fois empêcher la droite et l’extrême droite de faire main basse sur le pouvoir régional au détriment des intérêts populaires et, indissociablement, de se battre afin d’ancrer les régions sur des politiques de gauche et de résistance à l’austérité.

Quels sont les marqueurs qui vont différencier nos listes ?
Comme je l’ai dit, c’est évidemment la résistance contre l’austérité. Mais partons du réel, cette résistance s’inscrit dans un processus qui se construit à partir de rapport de forces avec la volonté de le bouger. Admettons que nous gagnons une région, l’austérité ne disparaîtra pas du jour au lendemain de ce territoire, car celui-ci est partie prenante de notre pays, de l’Europe et du monde. Même si cela reste une étape déterminante bien sûr. Les questions que nous devons nous poser à chaque fois sont celles-ci : comment peut-on changer le rapport de forces et comment pouvons-nous être utiles au peuple ? Cette question se pose y compris dans des majorités de gauche et des exécutifs. Sur ce sujet, nous sommes très clairs : on portera jusqu’au bout nos revendications et donc cela signifie entrer dans les exécutifs partout où cela est possible et utile. Et cela passe par l’élection d’un maximum de conseillers régionaux PCF et FDG utiles aux populations.
Notre cheval de bataille est donc d’améliorer la vie des citoyennes et citoyens. Prenons un exemple évocateur : l’Île-de-France (IDF). Elle est la région la plus riche de France, voire d’Europe. Symétri­quement, c’est aussi l’une des plus inégalitaires. Les inégalités s’accroissent : culturelle, territoriales… Sur le plan de la santé, on trouve aussi bien des déserts médicaux qu’une surpopulation de spécialistes dans certains espaces.
Les gens n’attendent pas seulement des postures politiques. Ils veulent des élues et élus avec qui ils peuvent cheminer et gagner des choses. Ils attendent des actes et du faire. Lors de la dernière mandature régionale en IDF nous avons gagné la zone unique alors que nous étions en 2004 ultra-minoritaires sur cette question. Les élus doivent porter concrètement les besoins populaires en s’appuyant sur les luttes et les mobilisations. Pour dire « non » au gouvernement, hors le PS presque tout le spectre politique peut répondre présent y compris le FN. Mais si c’est une condition nécessaire, elle est tout sauf suffisante pour faire une politique progressiste et reconstruire l’espoir à gauche.

Quelle est la dynamique du PCF et du Front de Gauche dans cette campagne ?
De notre démarche de rassemblement, découle naturellement notre volonté de mettre en mouvement nos concitoyens. Partout, nous essayons d’aller au plus près d’eux, ainsi nous aurons des listes avec parfois plus d’un tiers de citoyens.
Pour continuer mon exemple sur l’Île-de-France, un outil a été créé : la Fabrique coopérative. Cet outil a vocation à perdurer après l’élection. C’est un lieu qui permet de libérer la parole citoyenne et les forces du mouvement social. La première réunion a eu lieu le 7 juillet, depuis nous en avons fait près de 150 sur des thématiques précises : la jeunesse, les questions du féminisme... À chaque fois sur des thèmes transversaux les gens prennent la parole, font des propositions et s’engagent parfois jusqu’à la candidature.
L’essentiel de la campagne va se jouer en allant vers les gens, où ils habitent, où ils étudient, où ils se transportent, où ils sont en lutte et où ils travaillent. C’est une campagne presque exclusivement tournée sur le terrain. Les militants communistes et nos structures locales y jouent un rôle essentiel et sont à l’initiative du maximum de rencontres entre nos candidats et la population. Nous participons aussi à tous les mouvements et manifestations de résistances et d’alternatives comme Alternatiba. Et nous intégrons toutes les propositions et réflexions qui s’en dégagent dans notre campagne et, de fait, notre force collective s’élargit, notre front commun se renforce. On cherche à mettre les gens en mouvement et être l’un des maillons politiques des revendications sociales et économiques des citoyennes et citoyens. On participe à apporter une dimension de cohérence politique à des choses de fond qui se construisent dans notre région.
Malgré une situation générale lourde de danger où le FN et la droite sont en dynamique, toutes nos listes ont un espace politique potentiel important comme en témoignent nombre de sondages même si de telles enquêtes ne mesurent que des intentions de vote. Ainsi, par exemple en Île-de-France, notre score est estimé entre 8 % et 9,5 %, soit de 1,5 à 3 points au-dessus de ce qu’on a fait la dernière fois et cela constituerait l’un de nos meilleurs scores depuis que les élections régionales sont ouvertes au scrutin universel. Dans la région Midi-Pyrénées-Languedoc-Roussillon, notre liste commune avec EELV est donnée à 16 % par certains sondages.
Ces bons sondages doivent nous interpeller sur le fait que dans la majorité des régions le Front de gauche est uni sur une démarche de rassemblement large alors que EELV est au bord de l’explosion et que le PS connaît une crise politique sans précédent. Car notre peuple est à la recherche de ce qui l’unit et non de ce qui le divise. Cependant il nous reste à réaliser ce potentiel en des votes réels et en un rapport de force politique qui apporte enfin l’espoir d’une alternative, c’est tout l’enjeu de l’engagement et de la mobilisation militante des communistes dans les semaines qui nous séparent du 6 décembre.

La Revue du projet, n° 51, Novembre 2015
 

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