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Produire autrement, Trois questions à Jean-Claude Cheinet*

En quoi est-il important pour vous de travailler au projet communiste pour le XXIe siècle?
Point n’est besoin d’insister sur la gravité de la crise que nous vivons avec ses aspects économiques, sociaux, sociétaux ou environnementaux : une crise de civilisation et le capitalisme qui a envahi la planète est incapable de gérer inégalités et ressources limitées de façon durable. La recherche du profit maximum et immédiat pour quelques uns se heurte à une logique de gestion sur le long terme pour le bien de tous. D’ailleurs, Marx de façon de plus en plus nette et Engels (Dialectique de la Nature) ont abordé d’un même pas transformation de la société et gestion durable des équilibres naturels. Enfin le rassemblement conscient de ceux qui veulent agir pour dépasser le capitalisme demande la prise en compte de la diversité des questions posées à la société. Expliciter un projet communiste contribue à cette perspective et donne cohérence aux actions de chacun de nous.

La question écologique y tient une place importante. Diriez-vous qu’elle s’additionne à la question sociale ?
Parler d’addition suppose celle de deux objets différents. Or les différents aspects de la crise sont étroitement imbriqués. Lorsque le gouvernement renonce à l’écotaxe sur les poids lourds devant le groupe de pression des transporteurs « bonnets rouges », lorsqu’il recule les interdictions de produits nocifs, toxiques ou cancérigènes pour des raisons de « compétitivité » (néonicotinoïdes, bisphénil, etc...), lorsqu’il permet la privatisation des barrages hydrauliques au détriment d’une gestion de service public ou lorsqu’il autorise la privatisation de la forêt, il y a capitulation devant les intérêts privés et atteinte à un environnement sain et de qualité. J’ajoute que les capitalistes ont une longueur d’avance: ils donnent une valeur monétaire à la nature, placent en bourse des actions sur telle ou telle espèce.... tout est prétexte à réaliser du profit.

N’y a-t-il pas un risque de voir l’écologie instrumentalisée par les adversaires du progrès humain ?
Oui, la prise de conscience progressive de l’urgence écologique conduit certains à essayer d’en profiter. Mettre sur un produit l’étiquette « bon pour ma planète » est un argument de vente, s’appuyer sur l’aspiration à des énergies décarbonées pour vendre panneaux photovoltaïques ou éoliennes est un bon business (du reste encouragé par les avantages accordés par le gouvernement au détriment des autres usagers) . Mais ces décisions sectorielles n’empêchent pas les incohérences et trouvent vite leurs limites.
D’autres mettent en avant la nocivité de la production et prônent la « décroissance » en oubliant les besoins de milliers de gens, y compris dans notre pays, la misère du tiers monde et la dette climatique à son égard.
Car il y a surtout nécessité de produire autrement des biens durables (en minorant destructions, gaspillages et obsolescence programmée) tout en préservant les ressources et la biodiversité. De ce point de vue, toute opposition entre la production, l’emploi et l’environnement, la nature est contre-productive en ce sens que cela ne correspond pas à une approche globale et efficace des questions posées par la crise, et d’autre part qu’en opposant différentes sensibilités, on crée un obstacle sur le chemin du nécessaire rassemblement de ceux qui s’opposent au capitalisme.

*Jean-Claude Cheinet est militant communiste et responsable associatif
Propos recueillis par Léo Purguette

La Revue du projet, n° 51, Novembre 2015
 

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