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Développement durable et droits humains sont indissociables ! Jean-Pierre Dubois*

Quels droits resterait-il à vivre si l’avenir même de l’espèce humaine était compromis par l’absence de prise de conscience et surtout de régulation de notre influence sur la planète, à l’heure de « l’anthropocène » ?

À quelques semaines de la Conférence de Paris sur le climat, le passage à un développement durable est une urgence pour la protection et la promotion des droits de l’Homme.

Or, les appétits financiers dérégulés et les politiques limitées au court terme compromettent déjà le droit à la survie de populations touchées, dans diverses parties du monde, par la montée des océans et par les catastrophes écologiques, et menacent, en France comme ailleurs, le droit à un « environnement équilibré », le droit à la protection de la santé, le droit à l’eau, le droit à une alimentation saine, etc.

Un contrôle démocratique indispensable
La Ligue des droits de l’Homme considère qu’aucun de ces droits ne peut être assuré sans déploiement démocratique de la citoyenneté. Cela suppose, face à l’opacité de puissants groupes de pression industriels, le respect du droit des citoyens à l’information, à la participation politique réelle aux débats et aux décisions (sans confiscation par l’expertise) et au contrôle démocratique de leur application. Les transitions vitales vers un développement « soutenable » doivent être gérées démocratiquement, ce qui n’est pas acquis dans la contradiction contemporaine entre la limitation croissante des ressources et le modèle « néolibéral » d’accumulation financière sans limites et de concurrence sans freins.

Les impératifs de survie de l’espèce humaine doivent être conciliés, dans une « transition juste », avec les droits économiques et sociaux : droits des producteurs et salariés face aux conséquences des évolutions nécessaires ; aspiration légitime des pays pauvres et émergents au progrès économique et social. Car si personne n’est entièrement à l’abri des conséquences du changement climatique, d’intolérables inégalités existent quant aux moyens de le prévenir et d’en limiter les effets, que ce soit entre pays ou entre classes sociales. Le développement durable doit donc être aussi un « développement humain » au sens du Programme des Nations unies pour le développement : pas d’effectivité des droits sans développement durable, mais pas de développement durable sans indivisibilité des droits (notamment sociaux et environnementaux).

Pour que les actes suivent les paroles, une nouvelle rationalité économique, fondée sur le développement des « communs », la promotion des énergies renouvelables, la relocalisation des productions et les transferts Nord/Sud de moyens de lutte contre le changement climatique, doit être définie et mise en œuvre par les autorités politiques, dont la mission est de fixer les règles applicables aux agents économiques et financiers. Cela suppose l’articulation d’actions locales, régionales, nationales et intégrées par régions du monde, mais rien de décisif n’est possible sans un accord légitime à l’échelle planétaire. Tel est l’enjeu, six ans après l’échec de Copenhague, de la « COP21 » qui se tiendra du 30 novembre au 11 décembre 2015.

Mais si les citoyens ne se mobilisent pas pour les y contraindre, gouvernants et diplomates ne résisteront pas aux groupes de pression industriels, aux égoïsmes nationaux et à la tentation des affichages sans engagements contraignants. La société civile française est en première ligne dans ce mouvement pour la justice environnementale et pour un avenir viable de l’humanité.

Des événements citoyens
C’est pourquoi la Ligue des droits de l’Homme appelle les citoyens à participer, et participe activement elle-même, aux initiatives des prochaines semaines : après le succès des villages « Alternatiba » (les 26 et 27 septembre 2015 à Paris, plusieurs dizaines de milliers de participants), de nombreux débats publics contribueront à alerter et à impliquer la société civile. À la veille de l’ouverture de la Conférence du Bourget, convergeront vers Paris des marches citoyennes les 28 et 29 novembre, et parallèlement à la Conférence se tiendront plusieurs événements « citoyens » dont le « Sommet citoyen pour le climat » organisé à Montreuil par la Coalition mondiale Climat 21. Enfin, au lendemain de la clôture de la Conférence la « Journée d’action pour le climat » de la Coalition signifiera publiquement, le 12 décembre, que la mobilisation mondiale des citoyens et de la société civile restera permanente.

Le combat pour la maîtrise du changement climatique ne doit pas être vu comme « un combat de plus » pour les droits fondamentaux et pour le progrès humain : il est la clef de tout espoir non seulement de survie même de notre espèce, mais aussi de plus d’égalité et de justice dans la construction d’une autre mondialisation. Les luttes démocratiques, sociales et écologiques ne peuvent réussir qu’en s’articulant et en se renforçant mutuellement. Rien n’est joué d’avance : cet avenir est entre nos mains à tous.

*Jean-Pierre Dubois est président d’honneur de la Ligue des droits de l’Homme.

La Revue du projet, n° 51, Novembre 2015
 

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