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Stop aux crimes climatiques : sortons de l’âge des fossiles, Maxime Combes*

Les entrailles de la Terre contiennent suffisamment de pétrole, de gaz et de charbon pour déclencher le chaos climatique, avec un réchauffement supérieur à + 10 °C selon le célèbre climatologue américain James Hansen. À ce jour, le réchauffement planétaire moyen atteint 0,85°C et les conséquences sont déjà palpables.

Des Philippines aux États-Unis, de l’Australie au Pakistan, du Sahel au Proche-Orient, de la Russie à l’Amazonie, tous les pays sont touchés, avec le risque de cataclysmes aussi bien dans les pays du Sud que dans les pays du Nord. Le constat est clair. Il est documenté et scientifique. Selon le 5e rapport du GIEC « le réchauffement du système climatique est sans équivoque et, depuis les années 1950, beaucoup de changements observés sont sans précédent depuis des décennies, voire des millénaires ».

Geler  les réserves d’énergie fossiles
En cuisine, lorsqu’une marmite commence à déborder, personne ne se contente d’en essuyer les rebords. Chacun sait qu’il faut réduire la puissance du feu de la cuisinière, au plus vite, pour stopper les frais et éviter la catastrophe. Réduire la puissance du feu, voilà ce qui devrait être fait en matière de lutte contre les dérèglements climatiques. Pour avoir une chance raisonnable de ne pas dépasser les 2 °C de réchauffement climatique mondial d’ici la fin du siècle, objectif que les États se sont fixé, les climatologues montrent qu’il faut geler deux tiers à trois-quarts des réserves prouvées d’énergies fossiles. À moins d’être climatosceptique ou complètement insensé, chacun doit convenir qu’il y a, sous terre, trop de pétrole, trop de charbon et trop de gaz. En cumulé et chacun pris à part. C’est un trop-plein, pas une pénurie. Nous sommes donc condamnés à apprendre à vivre en laissant dans le sol des énergies fossiles dangereusement surabondantes.
Le pari est difficile, c’est évident. Certains le disent inaccessible, utopique. Mais quelle est l’alternative ? Un monde majoritairement invivable à + 4 °C ou plus, où l’on se contente d’essuyer les rebords de la marmite ? Et ce, alors que les promesses de l’âge des fossiles ne sont pas remplies : plus 1,2 milliard de personnes vivent toujours sans accès à l’électricité en 2010, soit autant qu’en 1990 tandis que plus de 2 milliards d’êtres humains vivent toujours avec moins de 2 euros par jour. L’âge des énergies fossiles est donc l’âge des inégalités couplées à la catastrophe écologique, que les systèmes économiques et politiques construits sur l’utilisation de combustibles fossiles ne cessent d’aggraver et ne savent pas résoudre.

Une inaction structurelle des gouvernements
Tout bien réfléchi, le choix est vite fait. Un seul scénario est acceptable et enviable. Il faut sortir de l’âge des fossiles pour rouvrir le champ des possibles. Ce d’autant plus que l’ère du pétrole est une brève parenthèse de l’histoire humaine : plus de la moitié du total de pétrole consommé entre 1860, début de l’industrie pétrolière moderne, et aujourd’hui l’a été à partir de 1980. Ne pas réduire drastiquement et immédiatement l’exploitation des énergies fossiles revient à accepter la dégradation irréversible des écosystèmes de la planète et la mort assurée de centaines de milliers d’hommes et de femmes, la persécution et la migration forcée de dizaines de millions d’autres.
Ce serait un crime climatique. Un crime prémédité et collectif, tant il est aujourd’hui dûment renseigné et documenté. Un crime dont ses auteurs sont eux aussi dûment identifiés : quatre-vingt-dix entreprises seulement sont responsables des deux tiers des émissions de gaz à effet de serre depuis le début de la révolution industrielle. Un crime encouragé par tous ceux qui se déclarent « déterminés à agir », mais n’entreprennent jamais rien de déterminant, tous ceux qui mettent des trémolos dans leurs discours publics sur le climat le dimanche, mais font tout le reste de la semaine comme si tout pouvait perdurer comme à l’accoutumée. Un crime enfin permis par les règles fondamentales qui organisent l’économie, la finance et le commerce mondial et qui fonctionnent comme des entraves à toutes transitions écologique et sociale d’envergure.

Osons « l’impossible »
L’inaction des gouvernements n’est donc pas le fruit d’un manque d’information ou d’un manque de clairvoyance. Cette inaction est structurelle. Elle n’est pas accidentelle. Nous avons de très nombreux scénarios et propositions (du scénario de Négawatt à l’agroécologie paysanne en passant par les milliers d’alternatives concrètes mises en évidence dans le processus Alternatiba) qui nous permettraient d’avancer concrètement sur le chemin de la transition. Si ce n’est pas (encore) le cas, c’est parce que de nombreux verrous et pièges se dressent devant nous. Ce sont ces verrous qu’il nous faut lever afin de déclencher la transition, sans tomber dans les pièges technico-marchands et technoscientifiques qui nous sont tendus.

Face à l’urgence climatique et sociale, les chefs d’État et de gouvernement osent ne rien entreprendre de déterminant. Nous avons le droit de nous défendre. Le droit de désobéir. Osons donc l’impossible pour « déverrouiller, déminer et déclencher » la transition ! Voilà le véritable enjeu autour de la COP21.  

*Maxime Combes est économiste.
Il est membre d’Attac France.

La Revue du projet, n° 51, Novembre 2015
 

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